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Abraham Lincoln

Homme d'État américain

7 min01/01/2024
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Abraham Lincoln naquit le 12 février 1809 dans une modeste cabane en rondins à Hodgenville, dans le Kentucky. Issu d'une famille de pionniers pauvres, il grandit dans des conditions d'une dureté extrême, d'abord dans l'Indiana où sa famille s'installa en 1816, puis dans l'Illinois à partir de 1830. Sa mère, Nancy Hanks Lincoln, mourut de la fièvre du lait quand il n'avait que neuf ans — un deuil qui marqua profondément l'enfant. Sa belle-mère, Sarah Bush Johnston, encouragea en revanche sa passion pour la lecture et le savoir. Lincoln fréquenta l'école à peine quelques mois au total mais, autodidacte acharné, il dévora tout livre qu'il pouvait se procurer et apprit le droit en étudiant seul, sans jamais passer par une faculté.

Admis au barreau de l'Illinois en 1836, Lincoln s'établit comme avocat itinérant, parcourant le circuit judiciaire de l'État à cheval pour plaider dans les tribunaux de campagne. Son éloquence naturelle, son sens de l'humour et sa réputation d'honnêteté — qui lui valut le surnom d'« Honest Abe » — lui attirèrent rapidement une clientèle fidèle et une popularité locale. Entraîné peu à peu vers la politique, il rejoignit le Parti whig et fut élu à la Chambre des représentants de l'Illinois dans les années 1830, puis à la Chambre des représentants des États-Unis pour un unique mandat au cours des années 1840. Il s'opposa alors à la guerre contre le Mexique, position impopulaire qui freina momentanément sa carrière politique.

La question de l'esclavage, explosive et omniprésente, redéfinit le paysage politique américain dans les années 1850. Lincoln s'était toujours personnellement opposé à l'esclavage, qu'il jugeait moralement inacceptable, mais sa position publique était plus nuancée : il ne prônait pas son abolition immédiate là où il existait déjà, mais s'opposait fermement à son extension dans les nouveaux territoires de l'Ouest. En 1858, il affronta le sénateur Stephen A. Douglas dans une série de sept débats mémorables à travers l'Illinois — les débats Lincoln-Douglas —, qui lui valurent une notoriété nationale. Sa formule selon laquelle une nation ne peut demeurer « éternellement mi-esclave mi-libre » résonna dans tout le pays.

Fort de cette réputation, Lincoln fut choisi en 1860 par le jeune Parti républicain pour représenter ses couleurs lors de l'élection présidentielle. Dans un pays profondément fracturé, il remporta la majorité des États du Nord sans obtenir un seul grand électeur sudiste. Sa victoire provoqua une crise immédiate : avant même son investiture, plusieurs États esclavagistes du Sud firent sécession et formèrent les États confédérés d'Amérique, élisant Jefferson Davis à leur présidence. Toutes les tentatives de compromis échouèrent. Le 12 avril 1861, les canons confédérés ouvrirent le feu sur le fort Sumter, en Caroline du Sud, marquant le début de la guerre de Sécession.

Lincoln fut dès lors un président de guerre, confronté à la crise la plus grave qu'ait connue la République américaine. Il exerça des pouvoirs exécutifs extraordinaires : il suspendit le droit d'habeas corpus, permettant l'arrestation et la détention sans procès de milliers de personnes soupçonnées de sympathies sécessionnistes. Il supervisa de près la nomination et le remplacement de ses généraux, cherchant longtemps le commandant capable de mener les armées de l'Union à la victoire avant de confier en 1864 le commandement suprême à Ulysses S. Grant. Au sein de son cabinet, il réunit intelligemment ses anciens rivaux républicains et des démocrates favorables à la guerre, créant ce que l'historien Doris Kearns Goodwin appellera un siècle plus tard un « équipe de rivaux ».

La question de l'esclavage évolua dans son esprit et dans sa politique au fil des années de guerre. Le 1er janvier 1863, il signa la Proclamation d'émancipation, déclarant libres tous les esclaves des États en rébellion contre l'Union. Cette proclamation, de portée juridique limitée en pratique — elle ne s'appliquait pas aux États esclavagistes restés dans l'Union —, avait une signification morale et stratégique immense : elle transformait la guerre en croisade abolitioniste, décourageait une reconnaissance diplomatique de la Confédération par les puissances européennes et permitait le recrutement de soldats afro-américains dans l'armée de l'Union. Le processus aboutit à la ratification du 13e amendement à la Constitution en décembre 1865, donnant à tous les esclaves du pays leur liberté définitive.

Réélu en novembre 1864 malgré les incertitudes militaires du début de l'année, Lincoln prononça en mars 1865 l'un des discours inauguraux les plus beaux de l'histoire américaine, appelant à la réconciliation nationale avec « malice envers personne, charité pour tous ». La guerre se conclut par la reddition du général confédéré Robert E. Lee à Appomattox le 9 avril 1865. Cinq jours plus tard, le 14 avril, Lincoln était mortellement blessé d'une balle dans la tête par John Wilkes Booth, acteur et sympathisant confédéré, lors d'une représentation au théâtre Ford à Washington. Il mourut le lendemain matin, le 15 avril 1865, sans avoir repris connaissance.

L'assassinat de Lincoln provoqua un deuil national immense et consacra sa légende. Son cercueil parcourut en train les États-Unis pendant plusieurs semaines, permettant à des millions d'Américains de rendre hommage à celui qui avait préservé l'Union et aboli l'esclavage. Les historiens le classent régulièrement parmi les plus grands présidents de l'histoire des États-Unis, aux côtés de Washington et Roosevelt. Son image orne aujourd'hui le billet de cinq dollars et la pièce d'un cent. Le mémorial Lincoln à Washington, inauguré en 1922, est devenu l'un des sites les plus symboliques de la démocratie américaine — c'est devant ce monument que Martin Luther King prononcera un siècle plus tard son célèbre discours « I Have a Dream ».

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