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Zumbi dos Palmares

Zumbi Dos Palmares, né en 1655 et mort le 20 novembre 1695, fut l'un des chefs de guerre l

4 min01/01/2024
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Dans les forêts épaisses du Nordeste brésilien, au dix-septième siècle, une expérience politique et humaine extraordinaire vit le jour : le quilombo de Palmares, communauté autonome fondée par des esclaves insurgés qui refusaient leur condition. Et parmi les hommes qui défendirent cette liberté chèrement conquise, Zumbi dos Palmares s'imposa comme la figure la plus emblématique, icône impérissable de la résistance africaine en Amérique.

Né vers 1655 dans l'actuel État d'Alagoas, Zumbi vit le jour dans un territoire qui échappait encore au contrôle colonial portugais. Sa vie fut dès l'enfance marquée par la violence du système colonial. Vers 1662, alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années, il fut capturé par des soldats portugais lors d'une expédition aux frontières du territoire autonome, commandée par Bras da Rocha Cardoso. Par une chance extraordinaire, il échappa à la mort. Remis au père jésuite Antonio Melo à Porto Calvo, il reçut le baptême et un nouveau nom chrétien : Francisco.

Les années qui suivirent furent celles d'une double formation. Auprès du père Antonio, le jeune Francisco apprit le latin et le portugais, aidait à la messe et s'initiait à la culture européenne. Mais cette assimilation forcée ne put éteindre en lui la mémoire de ses origines et l'appel des forêts de Palmares. Vers 1670, à peine âgé d'une quinzaine d'années, il s'enfuit et retourna au quilombo de Palmares, reprenant son identité africaine sous le nom de Zumbi.

Le quilombo de Palmares représentait une réalisation unique dans l'histoire de l'esclavage américain. Fondé au début du dix-septième siècle par des esclaves en fuite, il avait développé au fil des décennies une organisation politique et sociale complexe, synthèse des traditions africaines et des adaptations nécessaires à la survie dans l'environnement brésilien. Cette communauté autonome put compter à son apogée sur plusieurs dizaines de milliers d'habitants, déjouant pendant des décennies les tentatives portugaises de la réduire.

Dès 1675, alors qu'il n'avait que vingt ans, Zumbi révéla ses dons militaires exceptionnels lors des combats contre les soldats du sergent Manuel Lopes. Sa maîtrise tactique, son courage physique et son charisme en firent rapidement l'un des chefs de guerre les plus redoutés du quilombo. Il devint pour son propre peuple une figure quasi mythique, certains affirmant qu'il était en partie habité par les esprits africains, les Orixas, et qu'existait un lien entre sa personne et la divinité Ogun, dieu de la guerre et du fer dans la tradition yoruba.

En 1678, la pression militaire portugaise contraignit le chef suprême de Palmares, Ganga Zumba, à envisager la capitulation. Pedro de Almeida, gouverneur de la région du Pernambouc, proposait aux insurgés de se rendre en échange du pardon et de la possibilité de poursuivre leur vie sans punition ni exécution, au prix du retour au statut d'esclave. Ganga Zumba, las d'une guerre sans fin, accepta cet accord qui constituait, pour Zumbi, une trahison inacceptable. Ce dernier refusa catégoriquement de se soumettre et prit la tête d'une résistance qui s'organisa dès 1680. Selon certaines sources, Zumbi aurait même éliminé Ganga Zumba pour avoir collaboré avec les Portugais, installant ainsi sa suprématie sur le quilombo.

Zumbi partagea son existence et sa lutte avec Dandara, dont il eut trois enfants, et qui fut elle-même une guerrière redoutable. Pendant une quinzaine d'années après sa prise de pouvoir sur Palmares, il maintint une résistance armée contre les expéditions punitives portugaises successives, déjouant les assauts et préservant l'indépendance du quilombo grâce à une connaissance parfaite du terrain et à des tactiques de guérilla raffinées.

La fin vint de l'intérieur et de la force brute. En 1694, les commandants Domingos Jorge Velho et Bernardo Vieira de Melo lancèrent un assaut décisif contre Palmares, appuyés d'une puissante artillerie que la forêt avait jusqu'alors rendu inopérante. La citadelle principale fut détruite après des combats acharnés. Zumbi parvint à s'échapper mais fut traqué sans relâche. Le 20 novembre 1695, trahi par des membres de sa propre communauté, il fut capturé par les Portugais, qui lui tranchèrent la tête, mettant fin à une vie de résistance hors du commun.

Deux récits biographiques découverts à Muge au Portugal, dans les archives de la marquise de Cadaval, et datant de 1696 et 1698, ont permis de mieux cerner la vie du prêtre qui recueillit Zumbi dans sa jeunesse, enrichissant ainsi la connaissance historique de ce personnage longtemps recouvert par la légende.

Son héritage est immense. Zumbi est devenu une icône de la résistance anti-esclavagiste et anti-colonialiste, héros de la communauté afro-brésilienne et de l'Amérique latine tout entière. Le 20 novembre, date anniversaire de sa mort, est célébré au Brésil comme le Jour de la conscience noire, reconnu comme jour férié national depuis 2023. Sa mémoire a inspiré d'innombrables artistes : le réalisateur Carlos Diegues lui consacra le film Quilombo en 1985, Gilberto Gil enregistra un album intitulé Zumbi en mémoire des trois cents ans de sa mort, Jorge Ben Jor lui dédia une chanson en 1976, et le groupe de heavy metal Soulfly lui rendit hommage sur son premier album. Le rappeur français Rilès publia en 2014 une chanson intitulée Quilombo en son honneur, prouvant que la figure de Zumbi traverse les frontières et les générations.

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