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Traité de Madrid (1750)

Le traité de Madrid de 1750, dit « traité des Limites », est un accord signé le 1er janvie

4 min01/01/2024
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En ce premier jour de janvier 1750, à Madrid, les représentants de deux grandes puissances coloniales apposaient leurs signatures sur un document qui allait remodeler durablement la carte de l'Amérique du Sud. Le traité de Madrid, dit traité des Limites, constituait une reconnaissance pragmatique d'une réalité géographique et humaine qui avait depuis longtemps débordé les cadres juridiques anciens, et ouvrait une nouvelle ère dans les relations entre les empires espagnol et portugais sur le continent américain.

Pour comprendre la portée de cet accord, il faut remonter à l'été 1494, à une époque où Christophe Colomb venait à peine d'achever son premier voyage. Les deux grandes puissances ibériques, avec l'arbitrage du pape Alexandre VI, s'étaient partagé le monde par le traité de Tordesillas. La limite choisie correspondait au méridien de longitude 46 degrés 37 minutes Ouest, bien à l'est des Caraïbes. Les terres découvertes à l'ouest de cette ligne revenaient à l'Espagne, celles situées à l'est au Portugal. À cette époque, on ne connaissait du nouveau monde que quelques îles des Caraïbes, notamment Hispaniola, première colonie espagnole outre-Atlantique. Personne ne soupçonnait encore l'existence d'un continent aussi vaste que l'Amérique du Sud, et encore moins d'un fleuve comme l'Amazone.

La découverte de la côte brésilienne en 1500 donna au Portugal une colonie immense, mais dont les frontières occidentales restaient théoriquement limitées par le méridien de Tordesillas. Au fil des décennies, les Espagnols s'installèrent solidement au Mexique, dans la vice-royauté de Nouvelle-Espagne fondée en 1535, et au Pérou avec la vice-royauté du Pérou créée en 1542. Sur la côte est de l'Amérique du Sud, ils s'établirent sur le Río de la Plata à Buenos Aires en 1535, mais sans y développer une présence forte. Les Portugais, de leur côté, s'implantèrent progressivement sur la côte brésilienne, notamment à Recife en 1537, Salvador en 1548 et São Paulo en 1554.

La découverte de l'Amazone au début du XVIe siècle et l'échec de la colonisation espagnole dans cette région, notamment l'expédition de Francisco de Orellana entre 1490 et 1545, ouvrirent progressivement la voie à l'expansion portugaise vers l'intérieur du continent. En 1580, lorsque Philippe II d'Espagne devint également roi du Portugal, les hostilités entre les deux couronnes furent suspendues et les Portugais purent s'étendre sans résistance à l'ouest du méridien de Tordesillas. Après la restauration de l'indépendance du Portugal en 1640, à l'issue de la guerre de Restauration, les Portugais poursuivirent leur expansion, fondant Curitiba en 1649, la Colônia do Sacramento en 1680 et Porto Alegre en 1735.

La Colônia do Sacramento, établie face à Buenos Aires sur la rive nord du Río de la Plata, était particulièrement provocatrice pour l'Espagne car elle constituait un avant-poste portugais au cœur de la zone d'influence espagnole. Elle devint l'enjeu de plusieurs conflits armés. Au début du XVIIIe siècle, la découverte d'or dans le Mato Grosso provoqua une véritable ruée portugaise dans cette région, pourtant largement à l'ouest du méridien de Tordesillas. De fait, le traité de 1494 n'était plus guère respecté, les Espagnols étant incapables d'en imposer le respect aux colons portugais.

Les traités d'Utrecht de 1713, conclus à la fin de la guerre de Succession d'Espagne, avaient déjà constitué une première atteinte officielle au traité de Tordesillas en matière amazoniénne : pour contrecarrer les ambitions françaises dans le bassin de l'Amazone, les Anglais avaient imposé la reconnaissance par l'Espagne et la France de la souveraineté portugaise sur les deux rives du fleuve. Le traité de Madrid de 1750 prit acte de cette évolution et officialisa l'expansion de la colonie du Brésil à l'ouest du méridien de Tordesillas, notamment dans le bassin amazonien, le Cerrado et la région méridionale où les Portugais avaient déjà de facto fondé des villes comme Manaus en 1669, Cuiabá en 1726 et Porto Alegre en 1732.

La délimitation pratique de la nouvelle frontière suscita cependant une résistance inattendue. Lors des opérations de bornage sur le terrain, les troupes espagnoles et portugaises se heurtèrent à l'opposition de sept missions jésuites situées dans la province de la Bande orientale, dans l'actuel Uruguay. Les Guaranis christianisés qui peuplaient ces missions refusaient d'être transférés à l'Espagne conformément aux dispositions du traité. Ce conflit, connu sous le nom de guerre des Guaranis, se déroula entre 1754 et 1756 et opposa les forces combinées des deux empires aux populations indigènes défendant leur territoire et leur mode de vie. Les événements de cette guerre des Guaranis ont été évoqués avec force par le cinéaste Roland Joffé dans son film Mission, sorti en 1986.

Le problème des missions jésuites ne fut définitivement résolu que par le traité de San Ildefonso en 1777, qui attribua cette région à l'Espagne, modifiant ainsi partiellement les dispositions du traité de Madrid. Ces ajustements témoignent de la complexité de l'entreprise coloniale, où les traités diplomatiques conclus dans les cabinets des chancelleries européennes devaient s'accommoder de réalités géographiques, humaines et politiques souvent radicalement différentes de ce que les négociateurs pouvaient imaginer depuis leurs capitales.

Le traité de Madrid de 1750 demeure l'un des textes fondateurs qui expliquent pourquoi le Brésil contemporain occupe un territoire aussi vaste, dépassant largement les limites que Tordesillas lui avait assignées. Il illustre aussi le principe qui devait guider une grande partie du droit colonial international, le principe de l'uti possidetis, selon lequel la possession effective prime sur les droits théoriques. Les frontières que ce traité contribua à établir, malgré leurs imperfections et les conflits qu'elles générèrent, constituent pour l'essentiel celles du Brésil moderne.

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