Wayne Michael Coyne est né le 13 janvier 1961 à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Cinquième d'une fratrie de six enfants, il quitte très tôt sa ville natale lorsque sa famille déménage vers l'Oklahoma au début de l'année 1961. C'est dans les rues d'Oklahoma City qu'il grandit, dans un contexte modeste qui va paradoxalement nourrir une imagination débordante et un appétit pour les expériences limites. Fils de Thomas Coyne et de Dolores Jackson, dite Dolly, il partage avec ses frères et sœurs une enfance marquée par l'intensité des jeux de quartier, que leur fratrie a baptisés avec autodérision du nom de Fearless Freaks, les Fous intrépides, en référence à leurs parties de football américain particulièrement brutales dans le jardin familial, qualifiées par son frère aîné Tommy de lutte de gang semi-civilisée.
L'adolescence de Coyne bascule dans une dimension particulièrement marquante lorsqu'il commence à travailler comme cuisinier dans un restaurant Long John Silver d'Oklahoma City en 1977, alors qu'il est encore lycéen. Lors de sa deuxième année de travail, le restaurant est victime d'un braquage à main armée. Coyne et ses collègues sont menacés par des criminels armés et contraints de se coucher sur le sol, persuadés d'être sur le point d'être tués. L'intervention du hasard, sous la forme d'un coffre-fort que le directeur adjoint ne parvient pas à ouvrir, contraint finalement les voleurs à prendre la fuite. Coyne sort indemne de cet épisode traumatisant, mais profondément transformé dans sa façon d'envisager la mort et l'absurdité de l'existence. Il restera employé de ce restaurant jusqu'en 1990, tout en développant parallèlement sa vie musicale.
C'est en 1983 qu'il fonde les Flaming Lips avec son frère Mark, alors chanteur du groupe, et le bassiste Michael Ivins. Lorsque Mark quitte la formation peu après, Wayne Coyne s'empare du micro et prend la tête artistique de l'ensemble, devenant le chanteur, le guitariste et l'auteur-compositeur principal. Depuis lors, Coyne et Ivins sont les deux seuls membres permanents du groupe, une constance qui contraste avec les nombreuses mutations de style et d'effectif qui ont jalonné l'aventure des Flaming Lips.
Au fil des décennies, les Flaming Lips construisent une réputation de groupe inclassable, oscillant entre rock psychédélique, pop expérimentale et performances artistiques spectaculaires. Les concerts de Wayne Coyne sont devenus des happenings visuels et sonores qui transcendent largement le cadre habituel d'un show musical. Lors des grands festivals, il fait son entrée en descendant d'une structure ressemblant à un vaisseau spatial, en clin d'œil à l'univers de Parliament-Funkadelic, enfermé dans une bulle transparente dans laquelle il flotte littéralement au-dessus du public. Sur scène, des canons à confettis, des lasers, des dizaines de ballons géants, des écrans de projection et des danseurs déguisés en extraterrestres ou en yétis créent une atmosphère que les spectateurs décrivent régulièrement comme une expérience psychédélique plus que comme un simple concert. Il lui arrive également de se verser du faux sang sur le visage à travers un tube dissimulé sous ses vêtements, un geste en hommage à Miles Davis, photographié ensanglanté après avoir été frappé par un policier lors d'un concert.
En 1996 et 1997, Coyne pousse l'expérimentation sonore dans une direction totalement inédite avec ce qu'il nomme les Parking Lot Experiments. Il distribue quarante cassettes audio différentes à quarante voitures et demande à leurs occupants de lancer simultanément leur lecteur, créant ainsi un son surround immersif en plein air. Plus de mille personnes se rassemblent dans un parking pour vivre cette expérience collective unique. Ces explorations aboutissent à l'album Zaireeka, publié sous la forme de quatre CD distincts contenant chacun des pistes stéréo complémentaires, destinés à être joués simultanément sur quatre systèmes audio différents. Coyne décrit ce projet comme une forme d'anarchie dans l'art, où la synchronicité aléatoire entre les sources sonores produit une musique constamment différente selon les conditions d'écoute.
Son sens de la mise en scène collective ne se limite pas aux salles de concert. Lors du concert du Nouvel An organisé à Oklahoma City le premier janvier 2010, il demande au public de programmer son téléphone pour que les alarmes sonnent toutes à vingt-deux heures cinquante-cinq. Lorsque les sonneries se déclenchent simultanément, elles sont immédiatement submergées par le bruit de la foule en liesse, créant un moment de communion collective parfaitement orchestré.
Wayne Coyne incarne une vision de la musique comme art total, où le son, l'image, le corps et l'espace se fondent en une expérience globale. Sa trajectoire, depuis les braquages à Oklahoma City jusqu'aux scènes des plus grands festivals mondiaux, est celle d'un artiste qui a transformé l'angoisse de la mort et l'absurdité du hasard en une célébration frénétique de la vie.


