Todor Proeski, surnommé Toše, naît le 25 janvier 1981 à Prilep, ville du sud de la Yougoslavie, dans une famille d'Aroumains originaires de Kruševo. Sa naissance coïncide avec une période de relative stabilité dans cette fédération multinationale qui allait bientôt connaître de profondes convulsions. Issu d'une communauté culturellement riche et attachée à ses traditions, le jeune Toše grandit dans un environnement où la musique tient une place centrale.
Ses dons pour le chant se manifestent très tôt, et c'est au festival Melfest, en 1996, qu'il commence à se faire connaître du grand public macédonien. Mais c'est l'année suivante, en 1997, qui marque véritablement le tournant de sa carrière naissante : sa participation au Makfest, festival musical macédonien de référence, et son interprétation de la chanson Pusti me, ce qui signifie Laisse-moi partir, font de lui une star instantanée. Sa voix, d'une puissance et d'une émotion rares, capte immédiatement l'attention et l'affection d'un public qui y reconnaît quelque chose d'authentique et de transcendant.
Au fil des années qui suivent, Toše Proeski construit une discographie variée et une réputation qui dépasse rapidement les frontières de la Macédoine. En 2000, il se produit en duo avec Karolina Gotchéva, une autre voix éminente de la pop des Balkans, consolidant sa position de figure incontournable de la musique populaire régionale. Sa capacité à toucher les publics de différents pays et différentes langues, dans une région marquée par des tensions ethniques et nationales douloureuses, lui vaut une stature particulière, presque réconciliatrice.
En 2004, Toše Proeski franchit une étape supplémentaire en représentant la Macédoine au quarante-neuvième Concours Eurovision de la chanson. Il y interprète la chanson Life, et se classe quatorzième sur vingt-quatre pays lors de la finale. Une performance honorable, qui témoigne de sa capacité à conquérir un public européen au-delà du cercle balkanique. La même année, en août 2004, son engagement humanitaire est reconnu au niveau international lorsqu'il est nommé ambassadeur national de l'Unicef pour la Macédoine, une distinction qui reflète son rayonnement personnel et son implication dans des causes sociales au-delà de sa carrière artistique.
Sa discographie s'enrichit au fil des années d'albums qui connaissent un succès considérable dans toute la région des Balkans. Des titres comme Nekade vo nokta, Sinot bozji, Ako me poglednes vo oci ou encore Den za nas deviennent des hymnes populaires, reprises par des générations d'auditeurs en Macédoine, en Serbie, en Croatie et au-delà. Il enregistre également des versions de ses chansons en serbo-croate, cherchant à toucher un public encore plus large dans une région où les frontières linguistiques sont à la fois réelles et poreuses.
La trajectoire de Toše Proeski est celle d'un artiste en pleine ascension, au faîte d'une popularité qui ne cesse de croître, lorsque la tragédie frappe. Le 16 octobre 2007, il perd la vie dans un accident de voiture survenu sur l'autoroute croate A3, qui relie Zagreb à Belgrade, à proximité de la ville de Nova Gradiška. Son véhicule entre en collision avec un camion dans des circonstances dramatiques. Deux autres occupants de la voiture sont blessés dans l'accident. Toše Proeski n'a que vingt-six ans.
La nouvelle de sa mort se répand comme une onde de choc dans toute la région. En Macédoine, le deuil est immédiat et collectif. Le Parlement interrompt sa session en cours à Skopje dès l'annonce du décès, un geste exceptionnel témoignant de l'ampleur de la consternation nationale. Le gouvernement macédonien dépêche un hélicoptère militaire en Croatie pour rapatrier la dépouille de l'artiste. Le pays décrète le 17 octobre journée de deuil national.
Ses funérailles nationales se tiennent à Kruševo, la ville natale de ses parents Nicolae et Dominica, là même où ses racines aroumaines plongent dans l'histoire. La cérémonie rassemble une foule considérable, en présence du président de la République Branko Crvenkovski, du président du gouvernement Nikola Gruevski, de membres du gouvernement et de nombreuses personnalités du monde artistique croate et macédonien. La douleur transcende les clivages politiques et nationaux qui caractérisent habituellement la vie publique de la région.
Dans les annales de l'Eurovision, Toše Proeski détient le triste record d'être l'artiste ayant participé au concours qui a vécu le moins longtemps après sa participation. Ce fait statistique, aussi anecdotique soit-il, illustre la brutalité et l'injustice de cette disparition précoce. Son héritage musical demeure vivace, ses chansons continuant d'être écoutées, reprises et célébrées dans tous les pays des Balkans et au sein des diasporas de la région à travers le monde.
