Dans les premières heures du 6 février 2016, à 3 heures 57 minutes selon l'heure locale de Taïwan, un violent tremblement de terre a secoué le sud-ouest de l'île, laissant dans son sillage des centaines de victimes et des quartiers entiers réduits à l'état de décombres. Ce séisme, connu sous plusieurs appellations — séisme de Meinong-Kaohsiung, séisme de Tainan-Xinhua ou encore séisme du sud de Taïwan — a atteint une magnitude de 6,5 sur l'échelle de Richter et un niveau d'intensité VII, faisant de lui le séisme le plus meurtrier à frapper l'île depuis 1999.
L'épicentre du séisme se situait dans le sous-sol du district de Meinong, à environ 23 kilomètres de profondeur, à des coordonnées précises de 22 degrés 52 minutes nord et 120 degrés 40 minutes est. Bien que Meinong soit une localité de montagne située à 46 kilomètres du port de Kaohsiung, ce district appartient administrativement au comté de Kaohsiung, ce qui explique les différentes dénominations utilisées pour désigner cet événement. Les dégâts les plus importants, cependant, ont été observés non pas à Meinong mais dans la ville de Tainan, à des dizaines de kilomètres de l'épicentre.
Cette apparente contradiction entre la localisation de l'épicentre et celle des destructions les plus sévères est liée à la nature des sols et à la configuration géologique de la plaine côtière où se trouve Tainan. L'intensité maximale de niveau VII sur l'échelle locale y a été enregistrée, tandis que des intensités de niveaux V et VI étaient ressenties dans les comtés de Yunlin, Pingtung et Chiayi, et que les villes de Chiayi et Kaohsiung enregistraient une intensité de niveau IV. Cette gradation illustre comment la géologie locale peut amplifier ou atténuer les ondes sismiques selon la nature des terrains traversés.
Pour comprendre pourquoi Taïwan est si régulièrement frappée par des tremblements de terre, il faut se pencher sur sa position géologique exceptionnellement exposée. L'île se trouve à l'ouest de la ceinture de feu du Pacifique, dans une zone où la plaque tectonique des Philippines et la plaque eurasienne convergent de manière oblique, avec une vitesse de rapprochement d'environ 80 millimètres par an selon une direction principale nord-ouest/sud-est. Cette convergence génère deux zones de subduction à polarité inverse : au nord-est, c'est la plaque des Philippines qui s'enfonce sous la plaque eurasienne, tandis qu'au sud, c'est l'inverse. Cette double dynamique fait de Taïwan l'une des régions sismiquement les plus actives au monde, avec un risque particulièrement élevé dans les zones densément peuplées de la plaine côtière occidentale.
Le mécanisme au foyer du séisme de Meinong présentait une ambiguïté caractéristique des zones de compression complexes : selon les instituts sismologiques, il s'agissait soit d'un jeu à dominance décrochante avec une composante inverse senestre, soit d'un mouvement inverse avec une composante décrochante dextre. La sismologue Ma Kuo-Fong a émis l'hypothèse que ce tremblement de terre pourrait être caractérisé par un phénomène dit de double choc principal : contrairement aux séismes ordinaires où un choc principal génère des répliques de moindre intensité, le séisme enregistré à Tainan aurait présenté une intensité comparable à celle du choc principal de Meinong, suggérant l'existence de deux épicentres distincts. Cette hypothèse évoque des similitudes frappantes avec le tremblement de terre de Jai-Shian survenu en 2010, d'une magnitude de 6,2 et situé à seulement 18 kilomètres environ du séisme de 2016. Dans les deux cas, l'existence possible d'une faille inverse aveugle, c'est-à-dire une faille n'ayant pas de trace visible en surface, a été évoquée par les spécialistes.
Le bilan humain du séisme de 2016 à Taïwan est lourd : 117 personnes ont perdu la vie et 551 autres ont été blessées. La ville de Tainan a subi les conséquences les plus dramatiques, notamment l'effondrement d'un immeuble résidentiel de seize étages dont les images ont fait le tour du monde. Des centaines de personnes ont été piégées sous les décombres, et les opérations de secours ont mobilisé des milliers d'intervenants pendant de longues journées. Les destructions matérielles se sont révélées considérables, affectant des infrastructures, des habitations et des équipements publics sur une vaste zone.
Les autorités taïwanaises ont rapidement lancé des enquêtes sur la conformité des bâtiments effondrés aux normes parasismiques en vigueur. Il est apparu que certaines constructions présentaient des malfaçons graves, notamment l'utilisation de matériaux inadaptés, soulevant des questions douloureuses sur les pratiques du secteur de la construction. Ces révélations ont conduit à des procédures judiciaires et à des débats intenses sur la nécessité de renforcer les contrôles et les réglementations en matière de construction dans une île aussi exposée aux risques sismiques.
Avec ses 117 victimes, ce séisme du 6 février 2016 s'inscrit dans la longue liste des catastrophes naturelles qui ont frappé Taïwan au cours de son histoire, rappelant de manière brutale la vulnérabilité des zones urbanisées face à une menace géologique permanente et imprévisible.

