civilizacoes perdidas

Tayasal

Tayasal (ou Tayazal) désigne à la fois un site maya étudié archéologiquement situé sur la

4 min01/01/2024
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Tayasal, parfois orthographiée Tayazal, désigne à la fois un site archéologique majeur et une entité politique historique qui constitua l'un des derniers bastions de la résistance maya face à la conquête espagnole de l'Amérique centrale. Établie sur les rives du lac Petén Itzá, dans les Basses-terres mayas du sud de ce qui est aujourd'hui le Guatemala, cette cité fut le cœur battant de la civilisation des Itzás pendant plusieurs siècles, conservant son indépendance avec une ténacité remarquable jusqu'à la fin du XVIIe siècle.

Les Itzás, peuple maya de tradition postclassique, fondèrent leur capitale sur un îlot naturel du lac Petén Itzá vers 1221. Ils lui donnèrent le nom de Noh Petén, signifiant « Grande île », ou encore Tah Itzá, « Lieu des Itzás », toponymie qui donna naissance au nom hispanisé de Tayasal. Cet emplacement insulaire n'était pas anodin : il offrait des défenses naturelles considérables, rendant toute attaque par voie terrestre extrêmement difficile et permettant aux habitants de surveiller les approches par lac. Cette géographie favorable, combinée à l'isolement profond de la région du Petén, au cœur de la forêt tropicale du Yucatan, allait permettre à Tayasal de résister bien plus longtemps que la plupart des cités mayas des hautes terres.

La chute des royaumes mayas des hautes terres de l'actuel Guatemala intervint dans les premières décennies du XVIe siècle, sous les coups des conquistadors espagnols. Mais Tayasal et ses environs demeuraient à l'écart de ces bouleversements, protégés par des centaines de kilomètres de jungle impénétrable. En 1525, Hernán Cortés lui-même traversa la région lors d'une expédition vers le Honduras, et visita Tayasal. Cet épisode marquant mit les deux civilisations en contact direct pour la première fois, mais ne déboucha sur aucune soumission des Itzás, qui reçurent le conquistador avec une relative courtoisie sans pour autant renoncer à leur indépendance.

Pendant plus d'un siècle après le passage de Cortés, les Espagnols tentèrent à plusieurs reprises de soumettre les Itzás par des missions diplomatiques et religieuses plutôt que militaires. Ces tentatives se heurtèrent à une résistance passive mais efficace : les Itzás acceptaient parfois la présence de missionnaires franciscains ou dominicains, puis les expulsaient ou les tuaient lorsque la pression devenait trop forte. Les expéditions espagnoles de 1622 à 1624 furent ainsi repoussées sans grande difficulté, les Itzás démontrant une capacité à mobiliser leurs défenses naturelles et humaines avec efficacité.

L'isolement géographique de la région du Petén constituait en effet un avantage considérable pour les défenseurs. La jungle dense et les marécages entourant le lac Petén Itzá rendaient les déplacements d'une armée européenne extrêmement pénibles et coûteux en termes de vies et de ressources. Les maladies tropicales décimaient les troupes espagnoles avant même qu'elles n'atteignent leurs objectifs. De plus, la nécessité de transporter du matériel lourd, notamment de l'artillerie, à travers des centaines de kilomètres de terrain hostile rendait toute opération militaire d'envergure extrêmement difficile à organiser.

Ce n'est qu'entre 1685 et 1697 que les autorités coloniales espagnoles décidèrent d'engager un effort militaire soutenu et méthodique pour soumettre définitivement la région. Des ingénieurs furent dépêchés pour construire des routes à travers la jungle, permettant l'acheminement de troupes et d'équipements en nombre suffisant. En mars 1697, le conquistador Martín de Ursúa lança l'assaut final contre Tayasal, déployant une force considérable appuyée par des canons montés sur des bateaux construits sur place. Malgré une résistance acharnée des défenseurs, la supériorité technologique et numérique des Espagnols eut finalement raison de la cité. Tayasal tomba le 13 mars 1697, mettant fin à environ cinq siècles d'existence de l'État itzá indépendant.

La destruction de Tayasal fut presque totale. Les Espagnols rasèrent les temples et les édifices mayas et rebâtirent le site selon leurs propres normes architecturales et urbanistiques, lui donnant le nom de Flores. Ce nouveau nom subsiste aujourd'hui : Flores est la capitale actuelle du département du Petén, au Guatemala, toujours établie sur ce même îlot au milieu du lac Petén Itzá. Le site archéologique de Tayasal, qui se trouve sur les rives du lac plutôt que sur l'île elle-même, est aujourd'hui considéré comme l'un des sites majeurs parmi les centaines étudiés par les archéologues dans cette région. Les fouilles continuent de révéler les traces d'une civilisation qui sut résister à la conquête coloniale plus longtemps que tout autre État maya, faisant de Tayasal un symbole remarquable de résistance culturelle dans l'histoire précolombienne.

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