biografias

Stephen Foster

Compositeur américain

6 min01/01/2024
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Le 4 juillet 1826, à Lawrenceville, alors bourgade à la périphérie de Pittsburgh en Pennsylvanie, naît Stephen Collins Foster, dernier enfant d'une famille nombreuse de dix enfants issue de la classe moyenne américaine. Ce jour de fête nationale semble prédestiner le garçon à une relation particulière avec l'identité culturelle de son pays. Pourtant, rien dans sa jeunesse tumultueuse ne laisse présager qu'il deviendra un jour le « père de la musique américaine », titre que lui décernera la postérité.

L'enfance de Foster est marquée par les revers de fortune de son père, dont la chute dans l'alcoolisme fragilise la cellule familiale. Stephen grandit en cherchant à se rapprocher des siens, développant très tôt une sensibilité aiguë aux émotions humaines, qualité qui transparaîtra dans toutes ses compositions futures. Son parcours scolaire reste modeste : il passe à peine un mois à l'université, sans jamais recevoir de formation musicale systématique. Pourtant, à l'adolescence, il compose déjà plusieurs chansons, dont sa première œuvre connue, « Open Thy Lattice Love », écrite à l'âge de dix-huit ans.

Deux figures exercent une influence déterminante sur le jeune Foster. La première est Henry Kleber, musicien classique emigré de Darmstadt qui tient un magasin de musique à Pittsburgh et devient l'un des rares professeurs que Foster ait jamais eus. La seconde est Dan Rice, artiste de cirque et clown qui se produit en blackface, c'est-à-dire grimé en chanteur noir selon une pratique alors répandue dans les spectacles populaires américains. Ces deux univers musicaux radicalement opposés — le salon raffiné et la chanson de minstrel — créent une tension créatrice chez le jeune homme, qui passe ses soirées à écrire et chanter des minstrel songs avec ses amis, tout en respectant la tradition des chansons de salon plus policées.

En 1846, Foster quitte Pittsburgh pour Cincinnati, dans l'Ohio, où il s'engage comme comptable dans la compagnie de bateaux à vapeur de son frère. Ce séjour dans cette ville carrefour, à l'articulation du Nord et du Sud, nourrit son imaginaire. C'est là qu'il inscrit ses premières compositions à succès, au premier rang desquelles « Oh! Susanna », mélodie entraînante publiée en 1848, qui va connaître une popularité foudroyante. Reprise par les milliers de chercheurs d'or qui convergeront vers la Californie lors de la ruée de 1848 et 1849, la chanson devient en quelques mois un véritable hymne de l'Amérique en mouvement.

En 1849, Foster publie un recueil intitulé Mélodies éthiopiennes, qui inclut « Nelly Was a Lady », chanson popularisée par les célèbres Christy Minstrels. La même année, il revient en Pennsylvanie et signe un contrat avec cette troupe, amorçant la période la plus féconde de sa carrière. C'est au cours de ces années que naissent ses œuvres les plus durables : Camptown Races et Nelly Bly en 1850, Old Folks at Home en 1851 — connue aussi sous le titre Swanee River —, My Old Kentucky Home et Old Dog Tray en 1853, Hard Times Come Again No More et Jeannie With the Light Brown Hair en 1854, cette dernière inspirée par son épouse Jane McDowall, qu'il avait épousée peu auparavant.

Le rapport de Foster à la tradition des minstrel songs est complexe et mérite d'être nuancé. Bien qu'il s'inscrive dans un genre populaire souvent associé à des représentations caricaturales des Afro-Américains, Foster cherche à élever la chanson de minstrel vers quelque chose de plus humain. Selon ses propres mots, il aspire « à développer le goût parmi les personnes raffinées, en écrivant des paroles appropriées à leur goût, au lieu des mots sans valeur et vraiment blessants qui appartiennent à quelques chansons de cette catégorie. » Il encourage les interprètes blancs à ne pas se moquer des esclaves, mais à susciter chez le public une véritable compassion pour leur condition.

Paradoxalement, bien que ses chansons soient profondément ancrées dans des thèmes et des paysages sudistes, Foster n'a visité le Sud des États-Unis qu'une seule fois, lors de son voyage de noces en 1852, à bord d'un steamboat remontant le Mississippi jusqu'à la Nouvelle-Orléans. Cette unique immersion dans le Sud suffit pourtant à enrichir son imaginaire et à nourrir des œuvres qui semblent témoigner d'une connaissance intime de ces territoires et de leurs habitants.

Foster tente de construire quelque chose qui n'existe pas encore : une carrière professionnelle de compositeur de chansons. Il est en cela un véritable pionnier, cherchant à vivre de ses droits d'auteur à une époque où cette notion est encore embryonnaire et mal protégée. Les éditeurs publient souvent leurs propres versions de ses airs sans lui verser la moindre rémunération, et les revenus qu'il tire de ses compositions restent désespérément maigres. Pour « Oh! Susanna », qui deviendra l'une des chansons les plus reprises de l'histoire musicale américaine, il ne perçoit que cent dollars de droits.

Dans les dernières années de sa vie, Foster s'installe à New York, où il tente de relancer sa carrière dans un contexte économique et personnel de plus en plus difficile. Les revenus sont insuffisants, la santé se détériore, et la vie new-yorkaise s'avère impitoyable pour ce compositeur dont les ressources financières ne sont jamais à la hauteur de son talent. Il continue néanmoins de composer jusqu'à ses derniers jours, produisant des chansons dont la plus tardive et l'une des plus belles, Beautiful Dreamer, est publiée de façon posthume.

Stephen Foster meurt le 13 janvier 1864, à l'âge de trente-sept ans, dans un hôtel de New York, dans la plus grande pauvreté. Sa mort prématurée prive l'Amérique de l'un de ses voix les plus originales, au moment même où le pays se déchire dans la guerre de Sécession. Il laisse derrière lui un corpus d'environ deux cents chansons qui ont traversé les générations et les frontières, chantées dans les foyers, les écoles et sur les scènes du monde entier. Mickey Newbury lui rend hommage en lui dédiant son album Lulled By The Moonlight, témoignage de l'influence durable de Foster sur les musiciens américains.

Le legs de Stephen Foster est ambivalent mais indéniable. Ses mélodies ont façonné l'identité sonore de l'Amérique du XIXe siècle, créant un répertoire populaire partagé qui transcende les classes sociales et les régions. Old Folks at Home est aujourd'hui le chant officiel de l'État de Floride, et My Old Kentucky Home celui de l'État du Kentucky. Ces distinctions symboliques illustrent à quel point ses œuvres se sont fondues dans la mémoire collective américaine, bien au-delà du contexte de leur création.

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