Schuyler Colfax représente l'une des figures caractéristiques de la politique américaine du dix-neuvième siècle, homme ambitieux et habile qui s'élève jusqu'aux sommets du pouvoir avant de voir sa réputation détruite par un scandale financier emblématique de son époque. Né le 23 mars 1823 à New York, il meurt le 13 janvier 1885 à Mankato, dans le Minnesota, laissant derrière lui une carrière à la fois brillante et ternie.
Ses premières années sont marquées par le mouvement. En 1836, il suit sa famille dans l'Indiana, État qui deviendra le cadre de toute sa carrière politique. Jeune homme curieux et doué pour l'écriture, il travaille comme correspondant judiciaire pour l'Indiana State Journal, acquérant ainsi une connaissance pratique du droit et des rouages institutionnels qui lui sera précieuse tout au long de sa vie publique. Ses premières affiliations politiques le rangent du côté du Parti whig, formation modérée qui domine alors une partie de la scène politique américaine.
En 1850, il participe à la convention constitutionnelle de l'État de l'Indiana, participant ainsi à l'élaboration des fondements juridiques de son État d'adoption. La même année, il tente sans succès de se faire élire à la Chambre des représentants. Cet échec n'est que temporaire. Après un bref passage chez les Know Nothing, ce mouvement nativiste et anti-immigration qui connaît un certain succès dans les années 1850, il rejoint le Parti républicain naissant, qui cristallise les forces opposées à l'expansion de l'esclavage dans les territoires occidentaux. En 1855, il est finalement élu à la Chambre des représentants de Washington, commençant ainsi une longue période de présence au Congrès qui durera jusqu'en 1869.
Au Congrès, Colfax s'affirme comme un républicain radical, partisan d'une ligne dure à l'égard de l'esclavage. Son opposition à cette institution est à la fois morale et politique, et il s'impose comme l'un des défenseurs les plus énergiques de l'abolition. Sa carrière parlementaire culmine lorsqu'il est élu président de la Chambre des représentants en 1863, poste qu'il occupe jusqu'en 1869. Cette position, l'une des plus importantes du système politique américain, le place au cœur des débats qui accompagnent la guerre de Sécession et la reconstruction du pays.
En 1868, l'étoile de Colfax brille à son zénith. Il est choisi comme candidat à la vice-présidence sur le ticket républicain conduit par le général Ulysses S. Grant, héros de la guerre civile. L'élection est remportée haut la main, et Colfax entre en fonctions le 4 mars 1869. Il exerce la vice-présidence jusqu'au 3 mars 1873, présidant le Sénat avec autorité et participant aux décisions majeures de l'administration Grant, qui doit gérer la difficile période de la Reconstruction dans les États du Sud.
Mais c'est précisément à ce moment que les fondations de la réputation de Colfax commencent à se fissurer. Il est identifié comme l'un des « députés du chemin de fer », ces élus qui reçoivent des compagnies ferroviaires des actions à des conditions extrêmement avantageuses, voire quasi-gratuites, en échange de leur soutien législatif aux intérêts de ces entreprises : privatisations, subventions publiques, lois favorables. Le scandale du Crédit Mobilier, du nom de la société de construction du chemin de fer transcontinental Union Pacific, éclate en 1872 et entraîne dans sa chute de nombreux élus républicains. Colfax est parmi les plus compromis.
Les révélations du scandale ruinent ses ambitions politiques. En 1872, il échoue à obtenir une nouvelle investiture pour le second mandat de Grant, contraint de se retirer de la vie publique sous le poids des accusations de corruption. Cet homme qui avait incarné la lutte contre l'esclavage et les idéaux de la Reconstruction se trouve désormais associé dans l'opinion publique aux abus d'une classe politique trop proche des grands intérêts économiques.
Après sa sortie de la vie politique, Colfax se tourne vers des activités de conférencier, une pratique très répandue aux États-Unis à l'époque. Il parcourt le pays, évoquant des sujets historiques et politiques. C'est lors d'un de ces voyages qu'il trouve la mort : le 13 janvier 1885, à Mankato dans le Minnesota, il succombe à une crise cardiaque alors qu'il se trouvait dans une gare par temps de grand froid. Il est enterré au cimetière de South Bend, en Indiana, État qui avait été le théâtre de toute son ascension. Sa vie reste un témoignage instructif des tensions entre l'idéalisme politique et les réalités du pouvoir dans l'Amérique de l'après-guerre civile, à une époque où les frontières entre intérêt public et intérêt privé n'étaient pas encore clairement tracées.


