Victor Baltard naît à Paris le 19 juin 1805, dans un milieu familial profondément imprégné des arts. Son père, Louis-Pierre Baltard, est lui-même architecte et graveur de renom, et c'est dans cette atmosphère fertile que le jeune Victor développe très tôt un goût prononcé pour la création. Sa mère, Amélie Romain-Debrasseur, l'élève dans la foi protestante luthérienne, une appartenance religieuse qui marquera durablement sa vie personnelle et professionnelle.
Après des études de lettres à la Sorbonne, Baltard intègre l'École des Beaux-Arts de Paris, où il est admis dans la section d'architecture en 1823 puis dans celle de peinture en 1827. Cette double formation lui confère une sensibilité rare, à la croisée des arts visuels et de la construction, qui deviendra la signature de toute sa carrière. En 1833, il franchit l'une des étapes les plus importantes de son parcours en remportant le grand prix de Rome, la récompense la plus prestigieuse pour un jeune architecte français.
De 1834 à 1838, Baltard séjourne à la Villa Médicis à Rome en tant que pensionnaire, sous la direction de Dominique Ingres, peintre célèbre qui dirige alors l'Académie de France dans la Ville Éternelle. Ce long séjour italien est fondateur. Il y absorbe une vision unitaire de l'architecture, du décor et des arts majeurs, convaincu que ces disciplines ne sauraient se dissocier. Il ramène de son voyage des études sur la décoration des Loges de Raphaël, qu'il présentera au Salon de 1844, ainsi qu'une abondante monographie consacrée à la Villa Médicis elle-même, publiée en 1847.
De retour en France, Baltard gravit progressivement les échelons de l'administration artistique parisienne. Nommé inspecteur des Beaux-Arts de la ville de Paris et du département de la Seine en 1842, il devient architecte de la ville de Paris à partir de 1849. Il exerce également comme architecte diocésain pour le palais épiscopal et le grand séminaire, bien que ce poste lui soit retiré en 1854, l'administration des cultes lui reprochant de ne pas accorder suffisamment d'attention à ses missions dans ce domaine.
Sous le Second Empire, Baltard joue un rôle central dans la transformation architecturale et religieuse de Paris. Il supervise la restauration de plusieurs églises historiques de la capitale : Saint-Germain-des-Prés, dont il confie le décor à Hippolyte Flandrin, Saint-Eustache, Saint-Séverin, Saint-Merri, Saint-Germain-l'Auxerrois. Sa foi luthérienne ne l'empêche pas de s'investir pleinement dans l'embellissement du patrimoine catholique parisien, preuve d'un professionnalisme remarquable qui dépasse les clivages confessionnels.
Fidèle à ses origines protestantes, Baltard contribue également à la construction et à la transformation d'édifices cultuels réformés. Il bâtit, avec Théodore Ballu, le temple protestant du Saint-Esprit rue Roquépine, transforme la chapelle de l'abbaye de Penthemont en temple protestant, érige l'église luthérienne de la Résurrection dans le 15e arrondissement et construit la maison presbytérale de l'Oratoire du Louvre. Son œuvre religieuse est ainsi d'une ampleur et d'une diversité confessionnelle exceptionnelles pour l'époque.
Parmi les chantiers civils, Baltard participe activement à la décoration de l'Hôtel de ville de Paris et conçoit plusieurs structures éphémères pour des événements d'apparat : le mariage de l'empereur Napoléon III en 1853, la visite de la reine Victoria en 1855, et les réceptions de souverains lors de l'Exposition universelle de 1867. En 1856, il crée le berceau du prince impérial Louis-Napoléon, chef-d'œuvre d'arts décoratifs aujourd'hui conservé au musée Carnavalet, témoignage de son habileté à marier élégance et symbolique du pouvoir.
L'œuvre qui assure à Baltard une place durable dans l'histoire de l'architecture est sans conteste la construction des Halles centrales de Paris. Dès 1849, il propose un projet ambitieux, retenu par le conseil municipal en 1853. L'originalité de sa conception réside dans le recours à la fonte, à la brique et aux verrières, en remplacement de la pierre traditionnelle. Cette audace constructive lui vaut d'abord des résistances, mais le préfet Haussmann finit par soutenir cette vision moderniste qui s'inscrit pleinement dans l'esprit de transformation urbaine voulu par Napoléon III.
Le chantier des Halles se poursuit de 1852 à 1872, résultat d'une entreprise colossale qui redessine le cœur nourricier de Paris. Les pavillons métalliques, lumineux et fonctionnels, deviennent rapidement emblématiques de la capitale et font l'admiration des visiteurs du monde entier. Le complexe est surnommé le « ventre de Paris » par Émile Zola, qui en fait le décor de son roman du même nom. L'édifice illustre à merveille comment l'architecture industrielle peut allier utilité et beauté formelle.
La consécration institutionnelle de Baltard arrive le 9 février 1863, lorsqu'il entre à l'Académie des beaux-arts, où il occupe le 4e fauteuil. La même année, il est promu officier de la Légion d'honneur, double reconnaissance de son apport exceptionnel à la vie artistique et architecturale française. Son œuvre religieuse est également couronnée par la construction de l'église Saint-Augustin, réalisée avec le concours d'Émile Vaudremer, édifice qui constitue l'un des exemples les plus aboutis de l'architecture néo-byzantine parisienne du XIXe siècle.
Victor Baltard s'éteint le 13 janvier 1874, au 10 rue Garancière, dans le 6e arrondissement de Paris. Ses funérailles sont célébrées à l'église luthérienne de la Rédemption, conformément à ses convictions religieuses, et il est inhumé au cimetière de Sceaux. Il laisse derrière lui une ville profondément transformée, une empreinte architecturale considérable et un fonds d'archives exceptionnel, composé notamment de vingt-six plans originaux des Halles centrales, conservés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
Le destin des Halles de Paris après la mort de leur créateur est marqué par une ironie douloureuse. Démolies entre 1971 et 1973 pour laisser place au Forum des Halles, les pavillons Baltard disparaissent presque entièrement, victimes des mutations urbaines du XXe siècle. Un seul pavillon échappe à la destruction : classé monument historique, il est démonté et remonté à Nogent-sur-Marne, où il subsiste encore aujourd'hui comme le dernier témoin tangible du génie de Victor Baltard.


