Pendant cinq siècles, Rome fut gouvernée non par un roi ni par un maître unique, mais par un système complexe d'institutions collectives qui associaient l'aristocratie et le peuple dans l'exercice du pouvoir. La République romaine, qui succéda à la période royale vers 509 avant notre ère, constitue l'une des expériences politiques les plus originales et les plus durables de l'histoire antique, dont l'influence sur les théories politiques ultérieures s'avéra considérable.
La chute de la royauté est associée à l'expulsion de Tarquin le Superbe, un roi étrusque dont le comportement tyrannique aurait provoqué une révolte de l'aristocratie patricienne. Si les historiens contemporains s'accordent à considérer cette date de 509 avant notre ère comme en partie légendaire, elle n'en demeure pas moins conventionnellement admise comme point de départ d'un nouveau régime fondé sur des principes clairement distincts de la monarchie.
Ce nouveau régime reposait sur plusieurs principes fondamentaux qui devaient prévenir tout retour à la tyrannie d'un seul homme. La collégialité impliquait que les magistratures fussent toujours exercées par plusieurs titulaires simultanément, chacun disposant du droit de s'opposer aux décisions de ses collègues. L'annalité limitait la durée des charges à un an, empêchant toute accumulation durable du pouvoir. L'électivité soumettait les magistrats au vote populaire. Enfin, la spécialisation définissait pour chaque charge un domaine de compétence précis. À la tête de cette architecture institutionnelle, deux consuls élus dirigeaient conjointement l'État pendant un an.
La devise Senatus populusque Romanus — le Sénat et le peuple romain — résumait l'esprit de ce système. Elle exprimait l'idée d'une gouvernance fondée sur un consensus entre l'élite sénatoriale, héritière de la fondation de Rome, et l'ensemble des citoyens romains. Ces derniers, réunis en assemblées appelées comices, votaient les lois, élisaient les magistrats et décidaient de la paix et de la guerre. Le mot même de res publica — la chose publique — incarnait l'idée que la cité appartenait à tous les citoyens et non à un souverain particulier.
La République naissante était cependant loin d'être égalitaire. Elle était dominée par une oligarchie étroite, l'aristocratie patricienne, qui monopolisait les magistratures et les fonctions sacerdotales. La plèbe — artisans, petits propriétaires, commerçants — se trouvait exclue des centres de décision malgré son importance numérique. Cette tension entre patriciens et plébéiens constitua la trame des deux premiers siècles de la République, donnant lieu à des crises récurrentes que l'on nomme les sécessions plébéiennes.
Ces sécessions, au cours desquelles la plèbe menaçait de quitter la cité pour en fonder une nouvelle, s'avérèrent un levier politique redoutablement efficace. Elles aboutirent progressivement à la reconnaissance des droits plébéiens. En 367 avant notre ère, les lois Licinia-Sextia ouvrirent enfin aux plébéiens l'accès au consulat, stipulant qu'au moins un des deux consuls devrait désormais être issu de leur rang. Au fil des décennies, d'autres magistratures s'ouvrirent, et une nouvelle noblesse mixte — la nobilitas — se forma, mêlant grandes familles patriciennes et familles plébéiennes parvenues à la notoriété politique.
L'expansion militaire de Rome transforma en profondeur cette République. Au fil des siècles, les légions romaines conquirent d'abord l'Italie péninsulaire, puis étendirent leur domination à la Méditerranée occidentale après les guerres puniques contre Carthage, puis à la Grèce, à l'Asie Mineure et au monde hellénistique. Ces conquêtes enrichirent certains, appauvrirent d'autres, et modifièrent radicalement la structure sociale de la cité. Les petits paysans, contraints de servir dans des armées de plus en plus longtemps absentes, virent leurs terres absorbées par les grands domaines des aristocrates enrichis par le butin.
C'est cette crise sociale et économique qui nourrit les tensions du premier siècle avant notre ère. Les tentatives de réforme des frères Gracques dans les années 130 et 120 avant notre ère se soldèrent par leur assassinat. Des chefs militaires de plus en plus puissants — Marius, Sylla, puis Pompée, César et Octave — se servirent de leurs armées pour peser sur la vie politique romaine. La frontière entre légitimité constitutionnelle et force brute s'effaça progressivement dans un cycle de guerres civiles qui dura presque un siècle.
Jules César franchit le Rubicon en 49 avant notre ère et prit le contrôle de Rome, assumant une dictature dont la nature monarchique heurtait profondément les traditions républicaines. Son assassinat aux Ides de mars de l'an 44 avant notre ère ne restaura pas la République mais ouvrit une nouvelle phase de guerres civiles. La bataille d'Actium, le 2 septembre 31 avant notre ère, vit Octave, fils adoptif de César, triompher de Marc Antoine et de Cléopâtre VII, mettant fin à la dernière résistance.
En 27 avant notre ère, le Sénat octroya à Octave le titre d'Auguste — le vénérable — inaugurant un nouveau régime que l'on nomme le principat ou l'Empire. Ce régime conserva formellement les institutions républicaines tout en concentrant l'essentiel du pouvoir réel entre les mains d'un seul homme. L'armée, la politique étrangère, les finances et la religion relevaient désormais de l'autorité exclusive de l'empereur. La République romaine avait vécu, mais ses institutions, ses valeurs et son vocabulaire politique continuèrent d'irriguer la culture romaine, puis la pensée politique occidentale jusqu'à nos jours.
L'influence de la République romaine sur les siècles postérieurs fut immense. Les révolutionnaires américains du dix-huitième siècle s'inspirèrent de ses institutions en créant leur Sénat et leur système de freins et contrepoids. Les révolutionnaires français lui empruntèrent leur vocabulaire et leurs symboles. Les théoriciens de la séparation des pouvoirs virent en elle un modèle, même imparfait, de gouvernement fondé sur la loi plutôt que sur l'arbitraire d'un seul.
