Hirō Onoda naquit le 19 mars 1922, dans le village de Kamekawa, aujourd'hui intégré à la ville de Kainan, dans la préfecture de Wakayama au Japon. Issu d'une famille de six frères et sœurs, il fit ses études au collège de Kainan. À dix-sept ans, il entra dans la société d'import-export Tajima-Yoko, spécialisée dans la vente de vernis à Wakayama, puis demanda à être affecté dans une succursale de l'entreprise à Hankou, en Chine, témoignant dès sa jeunesse d'un goût pour l'aventure et les contrées lointaines. À vingt ans, il fut appelé sous les drapeaux et intégra le 61e régiment d'infanterie de Wakayama, puis fut affecté au 218e régiment d'infanterie à destination de Nanchang, où il retrouva son frère Tadao.
Sa formation militaire prit un tournant décisif en 1943, quand il arriva à Kurume, où sévissait une école d'une réputation redoutable sous les ordres du général Shigetoumi. Après trois mois d'entraînement intensif, il regagna son unité. Le 13 août 1944, Onoda quitta Kurume pour rejoindre la 33e compagnie à Futamata, annexe de l'école de Nakano, spécialisée dans la formation d'officiers commandos aux techniques de guérilla. En décembre 1944, Onoda faisait partie des vingt-deux hommes formés aux méthodes de la guerre irrégulière, avec une destination bien précise : les Philippines, territoire américain occupé par le Japon.
Son supérieur, le major Yoshimi Taniguchi, lui donna l'ordre de retarder le débarquement américain sur l'île de Lubang, lui enjoignant de tenir sa position coûte que coûte. C'était une mission sans date de fin précisée, fondée sur la certitude que le Japon ne pouvait pas perdre la guerre. Cet ordre allait conditionner toute l'existence de cet homme pour les trois décennies suivantes. En 1945, les troupes américaines reprirent l'île et anéantirent ou firent prisonnières presque toutes les forces japonaises. Onoda, lui, continua.
Réfugié dans les montagnes avec trois camarades, Yuichi Akatsu, Shōichi Shimada et Kinshichi Kozuka, il organisa une résistance obstinée, vivant de la terre, attaquant sporadiquement les forces locales, refusant d'admettre que la guerre était terminée. Les tracts largués depuis les airs lui annonçant la capitulation du Japon ? Des ruses de l'ennemi. Les journaux datés des années d'après-guerre ? Des faux destinés à le tromper. Akatsu se rendit finalement aux forces philippines en 1950. Shimada fut tué lors d'un échange de coups de feu avec les forces locales le 7 mai 1954. Kozuka tomba à son tour le 19 octobre 1972, laissant Onoda seul dans la montagne pendant deux ans, ultime gardien d'une guerre que le monde entier avait depuis longtemps oubliée. En 1959, le Japon le déclara légalement mort.
En 1974, un étudiant japonais nommé Norio Suzuki, qui avait décidé de partir à la recherche d'Onoda comme d'une aventure personnelle, réussit là où les autorités avaient échoué : il le retrouva dans la jungle et lui parla. Mais Onoda refusa catégoriquement d'accepter la fin de la guerre sans avoir reçu l'ordre explicite de son supérieur hiérarchique. Suzuki retourna au Japon avec des photographies des deux hommes pour preuve de la rencontre. Le gouvernement japonais localisa alors le major Taniguchi, devenu libraire, et l'envoya à Lubang. Devant son ancien commandant en uniforme, Onoda entendit enfin les mots qu'il attendait depuis près de trente ans : la guerre était terminée, il devait déposer les armes.
Le lieutenant Hirō Onoda quitta la jungle en mars 1974, vingt-neuf ans après la fin officielle de la Seconde Guerre mondiale. Il remit son uniforme, son sabre, son fusil Arisaka Type 99 encore en parfait état de marche, cinq cents cartouches et plusieurs grenades à main. Bien qu'il eût tué une trentaine de Philippins habitant l'île et échangé de nombreux coups de feu avec la police locale au fil de ses décennies de résistance, les circonstances exceptionnelles de sa situation lui valurent la grâce du président philippin Ferdinand Marcos.
Il faut noter une précision historique importante : au sens strict, Onoda ne fut pas le tout dernier soldat japonais à se rendre. Quelques mois plus tard, en décembre 1974, fut retrouvé un autre combattant, Teruo Nakamura, qui n'était pas citoyen japonais mais un aborigène de Taïwan incorporé comme volontaire sous ce nom dans les forces japonaises. Après sa reddition, Hirō Onoda s'installa au Brésil, où il devint éleveur de bétail, et publia peu après une autobiographie relatant son extraordinaire odyssée. Il mourut le 16 janvier 2014, devenu dans l'intervalle un symbole mondial de fidélité, d'obstination et du pouvoir absolu qu'exercent les convictions sur la perception de la réalité, pour le meilleur et pour le pire.
