Recife, capitale de l'État du Pernambouc, est l'une des métropoles les plus importantes du Brésil et le principal centre économique et touristique de la région du Nordeste. Son nom, qui peut s'orthographier Récife en français, vient du portugais recife, signifiant récif, en référence aux formations coralliennes sur lesquelles son port fut originellement construit. L'agglomération compte aujourd'hui environ 6,7 millions d'habitants, tandis que la ville proprement dite recense 3 843 326 résidents, faisant d'elle la cinquième agglomération du pays.
L'étymologie de son ancien nom, Pernambuco, révèle les traces des peuples autochtones qui peuplaient ces terres avant l'arrivée des Européens. Ce terme désigne une installation portuaire à l'embouchure du fleuve Capibaribe et provient du mot tupi Paranambuco, composé de parana signifiant grand fleuve et ambuc désignant un bras de mer. Cette dénomination reflète l'importance stratégique du site, situé à la confluence de plusieurs cours d'eau débouchant sur l'Atlantique.
La fondation de Recife remonte à 1537, lorsque les colonisateurs portugais établissent une présence permanente dans la région. À cette époque, la ville n'est qu'un modeste port de pêche, subordonné à la ville d'Olinda, capitale de la capitainerie du Pernambouc. Cette relation de dépendance reflète la hiérarchie coloniale portugaise, qui confiait l'administration des territoires à des villes plus importantes situées en retrait de la côte pour des raisons de sécurité.
Tout change en décembre 1630 lorsque les Hollandais bombardent et incendient Olinda. La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, cherchant à s'approprier les richesses sucrières du Nordeste brésilien, lance une offensive de grande envergure qui bouleverse l'équilibre de la région. Recife, dotée d'une position géographique favorable — à l'extrémité d'une presqu'île étroite protégée par des récifs — devient la capitale d'un territoire baptisé Nouvelle-Hollande, ou Nieuw Holland en néerlandais.
Sous la domination hollandaise, la ville connaît une transformation urbaine remarquable. Les Hollandais construisent deux forts sur un îlot situé face à Recife, l'un d'eux réutilisant les pierres d'un couvent portugais. Entre 1641 et 1643, l'espace compris entre ces deux forts est urbanisé par une trentaine de maisons et bâtiments, formant ainsi une ville nouvelle baptisée Mauritstad. Cette réalisation témoigne de l'ambition coloniale des Pays-Bas et de leur capacité à organiser rapidement des espaces urbains fonctionnels dans les territoires conquis.
Parmi les réalisations architecturales de cette période, le palais de Fribourg, connu en néerlandais sous le nom de Vrijburg, tient une place particulière. Construit entre 1640 et 1643 selon certaines sources sur la fortune personnelle du gouverneur, cet édifice de trois étages était protégé par des canons, un grand fossé et le fort Ernesto au sud. Sa singularité résidait dans ses deux tours de cinq étages reliées par un passage couvert, l'une servant de phare pour les navires et l'autre d'observatoire astronomique, ce qui en faisait un lieu à la fois militaire, scientifique et résidentiel. Il abritait même un zoo et un jardin botanique, témoins du faste de l'administration hollandaise. Après le départ du gouverneur Jan Maurits van Nassau-Siegen aux Pays-Bas en 1644, ce palais, jugé trop luxueux mais indispensable à la défense de la colonie assiégée dès l'année suivante, fut transformé en caserne militaire.
Recife hollandaise accueille également la synagogue Kahal Zur Israel, considérée comme la première congrégation juive organisée des Amériques. Sa fondation témoigne de la politique de tolérance religieuse que les Hollandais pratiquaient dans leurs colonies, attirant ainsi des communautés séfarades fuyant l'Inquisition dans d'autres territoires ibériques. Ce patrimoine unique confère à Recife une place singulière dans l'histoire du judaïsme américain.
La domination hollandaise prend fin en 1654, lorsque Portugais, Brésiliens, Amérindiens et Africains réduits en esclavage s'unissent pour expulser les occupants à l'issue d'une longue insurrection connue sous le nom d'Insurreição Pernambucana, qui débute en 1645. Ce soulèvement populaire et multiracial, rare pour son époque, illustre la résistance des populations colonisées face à une domination étrangère.
La ville poursuit ensuite son développement sous la tutelle portugaise. Fondée en 1709 comme village, elle atteint 16 000 habitants et obtient le statut de ville en 1823. En 1837, elle devient officiellement la capitale de l'État du Pernambouc, consolidant ainsi sa primauté régionale sur Olinda, qui ne s'était jamais pleinement relevée des destructions hollandaises.
L'histoire de Recife est également jalonnée de soulèvements politiques et sociaux qui témoignent de la vitalité de sa population. La Guerre des Mascates, conflit opposant marchands portugais et propriétaires terriens brésiliens entre 1710 et 1711, révèle les tensions internes au sein même de la colonie. La Révolution pernamboucaine de 1817, quant à elle, est l'une des premières tentatives d'indépendance vis-à-vis du Portugal, précédant de plusieurs années l'indépendance officielle du Brésil en 1822.
Aujourd'hui, Recife est une métropole dynamique qui conjugue un riche patrimoine historique colonial et hollandais avec une économie moderne orientée vers les services, la technologie et le tourisme. Son carnaval, réputé pour la frévô et le maracatu, attire chaque année des millions de visiteurs. La ville reste aussi un symbole de métissage culturel, héritière de toutes les influences qui ont forgé son identité au fil des siècles.

