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Première guerre italo-éthiopienne

Guerre entre l'empire éthiopien et le royaume d'Italie (1895-1896)

7 min01/01/2024
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À la fin du XIXe siècle, alors que les grandes puissances européennes se partageaient le continent africain avec une avidité sans précédent, une nation allait résister avec succès à cette irrésistible vague coloniale. L'Éthiopie, ancienne civilisation aux racines millénaires, infligea à une armée européenne une défaite retentissante qui fit l'effet d'un séisme dans les chancelleries du vieux continent et marqua durablement l'histoire de l'Afrique.

La première guerre italo-éthiopienne, connue aussi sous le nom de guerre d'Abyssinie, se déroula parallèlement à la création de la colonie italienne d'Érythrée entre 1885 et 1896. Durant cette décennie, l'Italie agrandit régulièrement ses possessions en Abyssinie dans le cadre de la ruée coloniale qui mobilisait alors toutes les puissances européennes. Le contexte était celui d'un continent africain livré aux appétits des métropoles européennes, dont les armées subissaient parfois de graves défaites — comme à la bataille d'Isandhlwana en 1879 contre les Zoulous pour les Britanniques — sans que ces revers n'entament leurs ambitions expansionnistes.

L'intérêt pour la Corne de l'Afrique s'expliquait en grande partie par l'ouverture du canal de Suez en 1869, qui fit de cette région un point stratégique de premier ordre sur les routes maritimes mondiales. Le royaume d'Italie, qui avait achevé son unification en 1871, entra relativement tard dans la compétition coloniale africaine. Il s'implanta en Afrique de l'Est le 15 novembre 1869, lorsque la Società di Navigazione Rubattino acquit la baie d'Assab auprès du sultan local. Le 5 juillet 1882, le gouvernement italien prit le contrôle du port d'Assab par décret puis, trois ans plus tard, du port de Massaoua, étendant progressivement son influence vers l'intérieur des terres. La colonie d'Érythrée fut officiellement formée le 1er janvier 1890.

Les premières années du conflit opposèrent les forces italiennes aux armées du Négus Yohannes, dirigées notamment par le général Ras Alula. La mort de Yohannes à la bataille de Matamma contre les Soudanais, le 9 mars 1889, ouvrit une nouvelle phase dans la rivalité italo-éthiopienne. Le nouveau Negusä Nägäst, Menelik II du Shewa, mit quelques années à consolider son autorité sur l'ensemble du pays, mais il s'avéra un adversaire autrement plus redoutable que ses prédécesseurs.

Initialement, les relations entre Menelik II et l'Italie semblaient prometteuses. Le traité de Wëchale, signé en mai 1889, accordait à l'Italie une influence nominale sur les affaires extérieures éthiopiennes, ou du moins c'est ainsi que Rome interpréta le texte. Mais la version amharique du traité ne prévoyait aucune telle cession de souveraineté, et Menelik II dénonça cet accord en février 1893, refusant catégoriquement d'accepter le protectorat que l'Italie prétendait avoir établi sur son royaume. Dans l'intervalle, les Italiens avaient profité de cette période d'incertitude pour agrandir considérablement leur territoire.

Dès la fin de 1890, Menelik II affirmait sa souveraineté sur la scène internationale par une lettre circulaire adressée aux puissances européennes, dans laquelle il définissait les frontières de son empire. En juin 1894, il soumit complètement le Tigré, consolidant son emprise sur l'ensemble du nord du pays. À partir de 1893, tous les éléments d'un nouvel affrontement militaire étaient en place entre l'Italie et l'Éthiopie. Les Italiens s'avancèrent d'abord avec un certain avantage, convoquant une confrontation directe qui semblait, aux yeux des officiers et des stratèges romains, devoir se conclure rapidement en faveur d'une armée européenne bien équipée face à des forces africaines réputées archaïques.

Le 1er mars 1896, près de la ville d'Adoua, au cœur du Tigré, le général Oreste Baratieri lança ses colonnes dans une attaque matinale sur les positions éthiopiennes. Mais l'armée de Menelik II attendait, nombreuse, bien armée et déterminée. Quelque quatre-vingt mille soldats éthiopiens, dont beaucoup portaient des fusils modernes fournis notamment par la France et la Russie, s'abattirent sur les colonnes italiennes égarées dans un terrain montagneux qu'elles ne connaissaient pas. En quelques heures, l'armée italienne fut taillée en pièces. Le désastre fut total : plusieurs milliers de soldats italiens et de leurs alliés érythréens furent tués, des milliers d'autres faits prisonniers.

La bataille d'Adoua fit l'effet d'une bombe dans les capitales européennes. Jamais, depuis les débuts de la colonisation africaine, une armée européenne n'avait subi une défaite aussi complète et aussi humiliante face à des forces africaines. L'Éthiopie devint ainsi la seule puissance africaine à avoir contenu durablement une expansion européenne à la fin du XIXe siècle, un fait d'armes exceptionnel qui lui conféra un prestige immense sur l'ensemble du continent et au-delà.

Les négociations qui suivirent la défaite italienne aboutirent à une reconnaissance par Rome de la souveraineté éthiopienne, mais l'Italie conserva les côtes et les plateaux de l'Érythrée. Cette concession demeura une épine dans les relations entre les deux pays et nourrit les rancœurs qui devaient aboutir, en 1935, à la seconde invasion italienne de l'Éthiopie sous le régime fasciste de Mussolini, comme pour effacer l'humiliation d'Adoua.

Le souvenir de la bataille d'Adoua resta vivace bien au-delà des frontières éthiopiennes. Pour les peuples africains colonisés ou menacés de l'être, il représentait la preuve que la résistance était possible, que les armées européennes n'étaient pas invincibles. Cette victoire éthiopienne alimenta les mouvements de résistance à travers le continent et inspira des générations de militants anticoloniaux. Encore aujourd'hui, le 2 mars est célébré en Éthiopie comme la fête de la victoire d'Adoua, un symbole de fierté nationale et de souveraineté jalousement préservée.

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