À la fin du XVIIIe siècle, la Révolution française ne fut pas seulement un bouleversement intérieur pour la France : elle déclencha une série de conflits qui allaient remodeler la carte de l'Europe et poser les bases des guerres napoléoniennes. Les guerres de la Révolution française, qui s'étendent de 1792 jusqu'au traité d'Amiens en 1802, constituent la première grande phase des guerres de Coalitions, opposant la France révolutionnaire à des puissances monarchiques successivement coalisées.
Dès 1791, les souverains européens observèrent avec une inquiétude croissante les événements qui se déroulaient à Paris. Pour les monarchies du continent, la Révolution représentait une menace idéologique directe : ses principes de souveraineté populaire et d'égalité des droits mettaient en question le fondement même de l'ordre monarchique traditionnel. À la tête de ces préoccupations se trouvait l'empereur Léopold II, frère de la reine Marie-Antoinette et beau-frère de Louis XVI.
Le 27 août 1791, Léopold II et le roi Frédéric-Guillaume II de Prusse publièrent la déclaration de Pillnitz, après avoir consulté des nobles émigrés français. Ce texte déclarait l'intérêt commun des monarques européens pour le sort de Louis XVI et menaçait de conséquences ceux qui porteraient atteinte à sa personne. Bien que Léopold II ait conçu cette déclaration comme un geste rhétorique destiné à rassurer les monarchistes français sans engager l'Autriche dans un conflit coûteux, elle fut interprétée en France comme une menace de guerre imminente, attisant la méfiance à l'égard de la famille royale.
Les tensions se nourrirent également de disputes incessantes sur le statut des biens impériaux en Alsace et de l'agitation des nobles émigrés qui se regroupaient dans les Pays-Bas autrichiens et les États allemands, prêts à envahir la France pour restaurer l'Ancien Régime.
L'Assemblée législative, sur proposition du roi Louis XVI — qui espérait en secret que la guerre provoquerait l'effondrement du régime révolutionnaire — vota la déclaration de guerre le 20 avril 1792 contre le « roi de Bohême et de Hongrie », désignation officielle de l'empereur Habsbourg. Le ministre des Affaires étrangères Dumouriez avait présenté une longue liste de griefs. Il prépara une invasion immédiate des Pays-Bas autrichiens, comptant sur un soulèvement populaire contre la domination autrichienne.
Les premières semaines furent catastrophiques pour les armées françaises. La Révolution avait profondément désorganisé l'appareil militaire : les officiers nobles avaient émigré en masse, les troupes étaient mal instruites et indisciplinées. Les soldats désertèrent en nombre, et dans au moins un cas, ils assassinèrent leur propre général. En face, une armée coalisée formidable se rassembla à Coblence sous le commandement de Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick : cent douze mille hommes, dont soixante mille Prussiens, trente-deux mille soldats impériaux, huit mille Hessois et douze mille émigrés français.
Face à cette menace, le gouvernement révolutionnaire leva de nouvelles troupes et réorganisa ses armées en urgence. La résistance s'organisa, et la campagne de France vit une série de retournements spectaculaires. La cannonade de Valmy, en septembre 1792, arrêta l'avance prussienne et sauva la Révolution. Paradoxalement, l'invasion étrangère galvanisa les Français et renforça le sentiment révolutionnaire au lieu de l'étouffer.
La période de la Première Coalition, qui dura de 1792 à 1797, vit la France non seulement résister à ses adversaires mais passer à l'offensive. Portées par une ferveur idéologique et des innovations militaires profondes — la levée en masse, la brigade mixte, la guerre de mouvement — les armées révolutionnaires repoussèrent les coalisés et franchirent les frontières françaises. La Belgique, la rive gauche du Rhin, les Pays-Bas furent conquis et réorganisés selon les principes révolutionnaires.
En Italie, un jeune général corse fit son entrée dans l'histoire : Napoléon Bonaparte, à la tête de l'armée d'Italie, mena une campagne foudroyante qui submergea les États sardes et autrichiens en 1796-1797, imposant à l'Autriche le traité de Campo-Formio qui mettait fin à la Première Coalition.
La Deuxième Coalition, formée de 1798 à 1802, rassembla à nouveau l'Autriche, la Russie, la Grande-Bretagne et d'autres puissances contre la France. Cette phase connut des succès et des revers des deux côtés, mais se conclut par la paix d'Amiens en 1802, qui marqua une pause dans les hostilités générales. Seul le Royaume-Uni resta en guerre continue contre la France depuis 1793 jusqu'à la fin de cette période, refusant tout compromis durable.
L'héritage de ces dix années de conflits révolutionnaires fut immense. Sur le plan territorial, la France étendit considérablement son emprise en Europe occidentale. Sur le plan militaire, elle avait développé des méthodes de guerre modernes qui allaient inspirer toute l'Europe dans les décennies suivantes. Sur le plan idéologique, les armées révolutionnaires avaient disséminé à travers l'Europe les principes de 1789, semant des germes de transformation qui porteraient leurs fruits tout au long du XIXe siècle.



