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Bigfoot

Créature légendaire qui vivrait au Canada et aux États-Unis

7 min01/01/2024
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Depuis des siècles, les forêts profondes et les montagnes sauvages de l'Amérique du Nord abritent une légende tenace : celle d'une créature colossale, humanoïde, couverte de fourrure sombre, qui laisserait derrière elle d'immenses empreintes de pas dans la boue et la neige. Les peuples autochtones du continent la connaissaient bien avant l'arrivée des premiers Européens, et ils en parlaient avec un mélange de respect et d'effroi. Cette créature, que le monde entier connaît aujourd'hui sous le nom de Bigfoot, continue de fasciner aussi bien les amateurs de mystères que les scientifiques sceptiques.

Lorsque les premiers colons européens débarquèrent sur le sol américain, ils découvrirent que les nations autochtones décrivaient depuis des générations des êtres géants et velus vivant au cœur des forêts. Ces récits, répandus des côtes de l'Oregon jusqu'aux marais de la Floride, en passant par les vastes étendues du Canada et de l'Alaska, évoquaient des créatures connues sous de multiples noms : le omah, le skoocoom, le stiyaha, ou encore le Genoskwa. Certains de ces êtres étaient dépeints comme relativement inoffensifs, d'autres comme hostiles et dangereux. On les retrouvait sculptés dans l'artisanat des Premières Nations, présents dans leur mythologie et leurs cérémonies. En 1840, le révérend Elkanah Walker, missionnaire protestant travaillant près de Spokane dans l'État de Washington, nota avec étonnement que les Amérindiens de la région lui parlaient couramment de ces géants, affirmant qu'ils volaient du saumon et dégageaient une forte odeur nauséabonde.

Le terme « sasquatch » est issu du mot halkomelem sésq̓əc, qui signifie littéralement « géant velu ». Il est encore aujourd'hui davantage employé au Canada, notamment en Alberta et dans les régions montagneuses. Le terme anglais « Bigfoot », qui signifie « grand pied », fut quant à lui popularisé par les premiers colons, qui associèrent la créature aux empreintes gigantesques qu'elle était supposée laisser sur son passage. En Europe et aux États-Unis, c'est ce dernier terme qui prévaut. Selon la description qui en est généralement faite, la créature serait un hominidé bipède d'une taille imposante, vivant principalement dans les grandes chaînes de montagnes du continent : les Adirondacks, les Rocheuses, les Appalaches, mais aussi dans des zones boisées et peu habitées comme les Everglades.

L'un des épisodes les plus marquants de l'histoire du Bigfoot se produisit en juillet 1924, dans les contreforts accidentés du mont Saint Helens, en Oregon. Cinq mineurs qui exploitaient un filon d'or dans la forêt nationale Gifford Pinchot rapportèrent des événements troublants. Après avoir repéré des empreintes inhabituelles et s'être sentis observés, l'un d'eux tira sur ce qu'il décrivit comme un gros animal bipède. Ce dernier réussit à fuir. La nuit qui suivit fut terrifiante : leur cabane en bois fut bombardée de pierres et de branches pendant de longues heures. À l'aube, les mineurs décidèrent de quitter les lieux, non sans avoir affirmé avoir abattu l'une des créatures, laquelle aurait chuté dans un ravin. Le site est connu depuis lors sous le nom d'Ape Canyon, le canyon du singe, et cet incident fut relaté dans la presse locale malgré la réticence des mineurs à toute publicité.

La même année, un prospecteur nommé Albert Ostman affirma avoir vécu une expérience encore plus extraordinaire. Selon ses dires, il aurait été enlevé pendant son sommeil par un groupe de créatures anthropomorphes alors qu'il campait en Colombie-Britannique. Il aurait passé une semaine entière en captivité, observant les habitudes de ce qu'il décrivait comme une famille de sasquatchs, avant de réussir à s'échapper après que l'un d'eux soit tombé malade en avalant du tabac à priser. Craignant les moqueries, Ostman garda le silence pendant plus de trente ans, ne révélant son histoire qu'en 1957. Depuis lors, la crédibilité de son témoignage a été largement mise en doute, notamment en raison de sa trop grande cohérence dans le temps et de ses divergences avec d'autres récits sur le sasquatch.

En 1958, des empreintes gigantesques de forme humaine furent photographiées sur un chantier de construction à Bluff Creek, en Californie, relançant une nouvelle fois l'intérêt du grand public pour la créature. Puis vint octobre 1967, et ce qui reste à ce jour le document audiovisuel le plus célèbre et le plus controversé jamais associé au Bigfoot : le film Patterson-Gimlin. Le 20 octobre, Roger Patterson et Robert Gimlin se promenaient à cheval dans les bois de Bluff Creek lorsqu'ils affirmèrent avoir aperçu une créature imposante au bord d'un ruisseau. Patterson saisit sa caméra et filma quelques secondes d'une silhouette sombre et bipède s'éloignant dans la forêt. Ce court documentaire, connu sous le nom de Patterson-Gimlin film, fit le tour du monde et suscita des débats passionnés entre ceux qui y voyaient la preuve irréfutable de l'existence du Bigfoot et ceux qui le qualifiaient de mise en scène grossière.

Malgré des décennies de recherches, d'expéditions et de témoignages accumulés, la science reste profondément sceptique. Aucun spécimen, vivant ou mort, n'a jamais été formellement identifié. Aucun os, aucun fragment de tissu biologique indiscutable n'a été présenté à la communauté scientifique. Les empreintes régulièrement retrouvées ont souvent été attribuées à des supercheries ou à des confusions avec des traces d'ours ou d'autres animaux. C'est pourquoi la grande majorité des biologistes et des zoologistes classe le Bigfoot dans le domaine du folklore et de la cryptozoologie, une discipline qui s'intéresse aux animaux dont l'existence n'a pas encore été prouvée.

En 1975, deux chercheurs passionnés, Robert H. Rines et le naturaliste sir Peter Scott, allèrent jusqu'à proposer un nom binominal scientifique à la créature : Nessiteras rhombopteryx, dans le but de lui conférer une protection légale en tant qu'espèce potentielle. Mais sans preuve matérielle, cette démarche resta sans suite officielle. Des analyses ADN d'échantillons présumés appartenir au Bigfoot ont été menées ces dernières années, mais les résultats ont systématiquement révélé des correspondances avec des espèces connues comme l'ours ou le bison, jamais avec un primate inconnu.

La légende du Bigfoot s'inscrit dans un contexte culturel et psychologique plus large. Dans une société moderne où la nature sauvage rétrécit à vue d'œil, la persistance de cette croyance révèle un besoin profond de mystère, une nostalgie du monde inconnu. La créature est devenue une icône de la culture populaire américaine, présente dans les films, les séries télévisées, les romans, les parcs thématiques et même la publicité. Des villes entières fondent une partie de leur attractivité touristique sur la légende du Bigfoot.

Au-delà du débat sur son existence réelle, le Bigfoot représente quelque chose d'essentiel dans l'imaginaire collectif : l'idée que la nature peut encore receler des secrets, que des zones d'ombre subsistent dans un monde que l'on croit entièrement cartographié. Que la créature soit réelle ou non, son histoire est profondément ancrée dans le continent nord-américain, dans ses forêts immenses et ses montagnes sauvages, là où l'homme n'est pas toujours le maître des lieux.

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