Pasqual Maragall i Mira naquit le 13 janvier 1941 à Barcelone, dans une ville qui portait encore les cicatrices profondes de la guerre civile espagnole et vivait sous l'étreinte autoritaire du franquisme. Ses origines familiales le placèrent d'emblée dans une trajectoire particulière : petit-fils du grand poète catalan Joan Maragall, dont l'œuvre constitue un pilier de la littérature catalane moderne, il grandit baigné dans une sensibilité culturelle et intellectuelle que la répression franquiste ne parvint pas à étouffer.
L'enfance et l'adolescence de Pasqual Maragall furent traversées par le double héritage de cette ascendance littéraire illustre et par un engagement précoce dans les mouvements étudiants et militants qui s'opposaient clandestinement au régime de Francisco Franco. Dans la Catalogne des années cinquante et soixante, cette résistance culturelle et politique prenait de multiples formes, de la diffusion de textes interdits à la participation à des réunions secrètes, en passant par la défense de la langue catalane, alors systématiquement marginalisée par le pouvoir central madrilène.
Sa formation académique fut à la fois solide et diversifiée. Il obtint une licence de droit et de sciences économiques à l'université de Barcelone en 1965, puis compléta son parcours intellectuel par une licence d'économie internationale et d'économie urbaine délivrée par The New School à New York en 1973. Cinq ans plus tard, en 1978, il couronna ce cursus exigeant par un doctorat en sciences économiques de l'université autonome de Barcelone. Cette formation hybride, à la croisée du droit, de l'économie et de l'urbanisme, allait se révéler précieuse pour aborder les défis complexes d'une grande métropole comme Barcelone.
En parallèle de ses études, il avait commencé à travailler dès 1965 comme économiste au département de l'Urbanisme de la mairie de Barcelone, se familiarisant avec les rouages administratifs d'une ville en pleine mutation. L'adhésion au Parti des socialistes de Catalogne en 1978 officialisa un engagement politique que ses activités militantes avaient déjà esquissé depuis de nombreuses années. Élu conseiller municipal de Barcelone en avril 1979, il entra dans l'arène institutionnelle au moment même où l'Espagne construisait laborieusement ses nouvelles structures démocratiques.
La véritable consécration politique de Maragall arriva le 3 décembre 1982, lorsqu'il succéda à Narcís Serra à la mairie de Barcelone, bénéficiant du soutien des élus du Parti socialiste unifié de Catalogne. Il allait y demeurer pendant quatorze ans et neuf mois, traversant quatre réélections successives sans jamais disposer d'une majorité absolue au conseil municipal. Cette situation d'équilibre précaire l'obligea à exercer un art subtil de la négociation et du compromis, tout en conduisant une politique de transformation urbaine ambitieuse.
La décennie la plus marquante de son mandat fut incontestablement celle qui culmina avec les Jeux olympiques de 1992. Barcelone, longtemps perçue comme une ville industrielle en déclin, se métamorphosa sous l'impulsion de Maragall et de son équipe en une métropole moderne, ouverte sur la mer, dotée d'une architecture contemporaine audacieuse et d'infrastructures de classe mondiale. La réhabilitation du front de mer, la construction du Village olympique, la rénovation du réseau routier et la création de nouveaux espaces culturels transformèrent profondément le visage de la capitale catalane.
Il démissionna de la mairie le 26 septembre 1997, laissant son adjoint Joan Clos gérer la ville qu'il avait contribué à révolutionner. Sa retraite municipale fut cependant de courte durée. Deux ans à peine s'étaient écoulés lorsqu'il se présenta à l'élection régionale du 17 octobre 1999 à la tête d'une coalition rassemblant le PSC, les Citoyens pour le changement et l'Initiative pour la Catalogne Verts. L'alliance recueillit 1 183 299 voix et 37,85 % des suffrages exprimés, franchissant pour la première fois le seuil du million de voix pour les socialistes catalans. Cependant, le mode de scrutin ne leur accorda que 52 sièges sur 135 au Parlement catalan, contre 56 à Convergence et Union de Jordi Pujol, qui conserva la présidence de la Généralité.
Devenu président du PSC le 18 juin 2000, Maragall tenta une nouvelle fois sa chance lors de l'élection régionale du 16 novembre 2003, affrontant cette fois Artur Mas, successeur désigné de Pujol. Bien qu'il recueillît 31,17 % des voix et 42 parlementaires, il parvint à constituer une majorité alternative en s'alliant avec la Gauche républicaine de Catalogne et Initiative pour la Catalogne Verts. Lors du vote d'investiture du 16 décembre 2003, il obtint le soutien des 74 députés de sa coalition et devint ainsi le premier socialiste à exercer la fonction de président de la Généralité de Catalogne.
Son passage à la tête de la Généralité fut marqué par des tensions internes. Il mit fin aux fonctions des conseillers issus d'ERC le 13 mai 2006, après que ce parti eut voté contre la proposition de nouveau statut d'autonomie pour la Catalogne. Ayant perdu sa majorité, il annonça la tenue d'élections régionales anticipées au 1er novembre 2006 et sa décision de ne pas y être candidat, laissant le premier secrétaire du PSC, José Montilla, prendre sa succession à la tête de la liste socialiste.
Le 11 juin 2007, Maragall démissionna de la présidence du PSC et annonça son départ du parti pour se consacrer au projet du Parti démocrate européen. Puis, le 20 octobre 2007, il révéla publiquement être atteint de la maladie d'Alzheimer depuis plusieurs mois. Avec l'humour et la dignité qui le caractérisaient, il nota que sa notoriété le plaçait dans une situation singulière : les gens continuant de l'appeler par son prénom, il n'aurait pas de mal à se souvenir de qui il était. Ce courage face à la maladie força l'admiration de ses concitoyens et contribua à sensibiliser l'opinion publique espagnole sur cette pathologie encore trop peu comprise à l'époque. Son frère Ernest Maragall, lui aussi homme politique, continua à porter l'héritage familial dans l'arène catalane longtemps après que la maladie eut contraint Pasqual à se retirer définitivement de la vie publique.

