Richard Btesh vit le jour le 13 janvier 1938 au Caire, en Égypte, dans une famille aux origines géographiques et culturelles particulièrement riches. Son père Edgar Btesh, de confession israélite et originaire de la province d'Alep en Syrie, dirigeait une industrie textile en Égypte. Sa mère Marguerite, d'origine anglaise, était la fille de Samuel Shashoua Bey, consul honoraire d'Irak à Alexandrie. De cette confluence de cultures naquit un enfant polyglotte en devenir, qui grandit dans une certaine aisance avant que l'histoire ne vînt tout bousculer.
La montée du nationalisme égyptien contraignit la famille Btesh à l'exil. On passa d'abord par l'Argentine, puis par l'Angleterre. C'est là que le jeune Ibrahim Richard, à l'âge de neuf ans, intégra le prestigieux Brighton College, où il devint soliste de la chorale. À onze ans, il fut présenté au maréchal Montgomery comme meilleur élève en préparation militaire d'Angleterre, un premier coup de projecteur qui annonçait un destin hors du commun. À treize ans, en 1951, la famille s'installa définitivement en France, et le jeune homme entra au lycée Janson-de-Sailly de Paris, l'une des institutions scolaires les plus réputées de la capitale.
Après son baccalauréat et des études de droit commencées sans enthousiasme, il refusa de suivre ses parents à Milan, préférant rester à Paris avec Michelle, rencontrée sur les bancs du lycée, qui deviendrait sa première épouse et lui donnerait trois enfants : Nathalie, Jérôme et Joanne. Pour subvenir à ses besoins, il devint représentant de commerce en réfrigérateurs, tout en jouant du saxophone dans les clubs de jazz, notamment les jeudis soir au Vieux-Colombier, dont le patron Claude Wolf était le mari de Petula Clark.
En 1958, fort de sa maîtrise naturelle de l'anglais et de sa connaissance intime de la musique anglo-saxonne, Richard Anthony prit une décision qui allait changer sa vie et la musique française. Il décida d'adapter ce nouveau genre musical qu'était le rock en proposant des textes en français accessibles au grand public hexagonal. Il enregistra Tu m'étais destinée, adaptation du You Are My Destiny de Paul Anka, puis une version française du Peggy Sue de Buddy Holly. Ayant fait le tour des maisons de disques sans révéler qu'il était lui-même le chanteur, il laissa l'enthousiasme des directeurs artistiques se manifester avant d'avouer la vérité. Ce fut Jacques Poisson, alias Jacques Plait, futur producteur de Joe Dassin, qui le signa le premier chez Columbia. Il adopta alors le nom d'artiste Richard Anthony, réunion de ses deux prénoms d'état civil.
Le succès tarda quelque peu à venir. Son premier super 45-tours Rock'n'Richard en 1958 passa inaperçu, tout comme son deuxième disque La Rue des cœurs perdus en 1959. C'est le troisième 45-tours Nouvelle Vague, sorti en octobre 1959, dont la chanson-titre reprenait Three Cool Cats des Coasters, qui propulsa Richard Anthony dans les hit-parades en atteignant la septième place et en vendant plus de 500 000 exemplaires. La carrière était lancée, et avec elle une série ininterrompue de succès.
Les années soixante virent s'enchaîner les tubes : Itsy bitsy petit bikini, Faits pour s'aimer, La Leçon de twist, et surtout J'entends siffler le train en 1962, l'un de ses plus grands succès français, adapté d'un titre américain. En 1962, sa popularité atteignit un sommet exceptionnel : avec La Leçon de twist et J'entends siffler le train, il se maintint en tête des ventes en France pendant vingt et une semaines consécutives. Les médias de l'époque aimèrent à le confronter à Johnny Hallyday dans une rivalité qui tenait davantage de la construction médiatique que d'une véritable hostilité entre les deux artistes.
Surnommé le père tranquille du rock, Richard Anthony construisit au fil des décennies une discographie impressionnante de plus de six cents titres enregistrés, vendus à plus de cinquante millions d'exemplaires dans le monde. Sa particularité résidait aussi dans sa capacité à enregistrer en six langues différentes : le français, l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'italien et l'arabe, touchant ainsi des publics très divers dans de nombreux pays. Sa demi-sœur Valérie, qui fit partie du groupe folk Tangerine avant de poursuivre une carrière solo sous le pseudonyme de Manu Le Prince en reprenant des classiques brésiliens, témoignait de cette tradition familiale du passage entre les cultures et les langues. Richard Anthony s'éteignit le 19 avril 2015 à Pégomas, dans les Alpes-Maritimes, laissant derrière lui une œuvre qui avait contribué à installer durablement le rock et le twist dans le paysage musical français.
