Christopher David Allen naquit le 13 janvier 1938 à Melbourne, en Australie, dans une ville qui n'était pas encore le carrefour culturel qu'elle allait devenir. Très jeune, il modifia son prénom pour adopter la graphie Daevid, première manifestation d'une tendance à réinventer les conventions qui allait définir toute sa trajectoire artistique. Poète autant que musicien, il développa une sensibilité particulière pour les marges créatives, les expériences sonores qui refusaient de se laisser enfermer dans les catégories établies.
À vingt-deux ans, il franchit le pas décisif en s'installant en Angleterre, à la Wellington House, non loin de la ville de Canterbury. Il avait économisé suffisamment pour tenir un an en Europe, avec l'intention explicite d'explorer une forme de free jazz dans l'esprit d'Ornette Coleman, le musicien américain qui révolutionnait alors les conventions harmoniques du jazz. Ce projet l'amena à se lier d'amitié avec Robert Wyatt, fils de sa logeuse et batteur d'exception, qui allait devenir l'un des musiciens les plus respectés de sa génération. Ensemble, ils formèrent le Daevid Allen Trio avec le bassiste Hugh Hopper, première tentative collective qui ne dura pas mais préfigurait des aventures plus ambitieuses.
De cette cellule initiale émergea Soft Machine, l'un des groupes les plus importants de la scène progressive et psychédélique britannique. Daevid Allen à la guitare et Robert Wyatt à la batterie et au chant fondèrent le groupe en 1966 avec Mike Ratledge aux claviers et Kevin Ayers à la basse et au chant. Soft Machine figurait parmi les premiers groupes à mêler organiquement le rock, le jazz et l'improvisation libre, explorant des territoires sonores que peu d'artistes avaient osé cartographier. Leur seul enregistrement commun fut une démo, rééditée ultérieurement sous diverses formes sous le titre Jet-propelled Photographs, que Daevid Allen revisita bien plus tard en 2004 avec son groupe University of Errors pour Cuneiform Records.
Le destin décida autrement pour Daevid Allen. Après une tournée en France en 1967, lors de laquelle le groupe connut un succès retentissant sur la Côte d'Azur, il se trouva dans l'impossibilité d'obtenir la permission de rentrer en Angleterre, sa nationalité australienne lui créant des complications administratives insurmontables. Contraint de demeurer en France, il profita de cette situation pour collaborer avec le batteur Marc Blanc et le bassiste Patrick Fontaine à la formation du Banana Moon Band, groupe qui donna naissance par la suite, après le départ d'Allen, à Ame Son.
Les événements de mai 1968, auxquels il participa activement, enrichirent encore son bagage politique et humain. Mais ses engagements le rendirent indésirable aux yeux des autorités françaises, qui lui suggérèrent de quitter le territoire. Il s'installa quelque temps à Majorque avec sa compagne Gilli Smyth et leur fils Orlando Monday, dans un collectif hippie établi dans le village de Deià, cette petite communauté baléare qui attira de nombreux artistes en marge tout au long du vingtième siècle.
De retour en France, Daevid Allen constitua son nouveau groupe Gong autour d'une constellation de musiciens : Gilli Smyth au chant, Didier Malherbe au saxophone et aux flûtes, Christian Tritsch à la basse et Pip Pyle à la batterie. Gong allait devenir un laboratoire sonore unique, concentrant des influences multiples dans ce que la critique allait baptiser le space rock, un genre psychédélique et cosmique qui plongeait ses racines autant dans l'improvisation jazz que dans la science-fiction et la philosophie orientale. En 1971, Allen enregistra Bananamoon, sorte de manifeste psychédélique, avant de participer à l'album Obsolete de Dashiel Hedayat au château d'Hérouville. Gong produisit ensuite Camembert Electrique, puis la fameuse trilogie Flying Tea Pot, Angel's Egg et You, qui demeurent des jalons incontournables du rock progressif européen.
L'arrivée du guitariste Steve Hillage et du percussionniste Pierre Moerlen apporta un nouveau souffle au groupe, mais en avril 1975, Daevid et Gilli quittèrent Gong, laissant leur créature se poursuivre sans eux. Daevid Allen continua à explorer, ne se résignant jamais à l'immobilité artistique. En 1976, il forma Euterpe avec des musiciens espagnols, dont Pepe Milan à la mandoline et au charango, Toni Pascual aux synthétiseurs et claviers, et plusieurs autres instrumentistes. Il continua à multiplier les expériences musicales jusqu'à sa mort, le 13 mars 2015, laissant derrière lui une discographie foisonnante et l'image d'un artiste pour qui la musique était, selon ses propres mots, plus circulaire que hiérarchique, évoluant dans mille directions différentes d'une manière multidimensionnelle plutôt que séquentielle.
