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Joseph Kentenich

Prêtre catholique allemand

7 min01/01/2024
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Joseph Kentenich naît le 18 novembre 1885 à Gymnich, un village situé à proximité de Cologne, dans ce qui constituait alors le royaume de Prusse. Son père, Joseph Koep, et sa mère, Catherine Kentenich, lui donnent le jour dans un contexte modeste, au sein d'une Allemagne encore traversée par les grandes recompositions politiques et religieuses du XIXe siècle finissant. Dès son plus jeune âge, le garçon manifeste une sensibilité spirituelle particulièrement vive, qui orientera toute l'existence de cet homme hors du commun.

En 1897, à l'âge de douze ans, Joseph exprime pour la première fois le désir de devenir prêtre. Ce vœu précoce trouve un débouché concret deux ans plus tard lorsqu'il est admis au petit séminaire d'Ehrenbreitstein, établissement tenu par les Pères Pallottins. L'intuition vocationnelle se confirme avec le temps : en 1904, il entre au noviciat de la congrégation à Limburg an der Lahn, et c'est dans cette même ville qu'il est admis à la profession religieuse en 1909 avant d'être ordonné prêtre le 8 juillet 1910.

Le jeune prêtre nourrit alors l'espoir ardent de partir en Afrique comme missionnaire auprès des populations non chrétiennes. Mais une atteinte tuberculeuse compromet définitivement ce projet. Cette épreuve physique, loin de briser son élan apostolique, le ramène vers une mission tout aussi exigeante en Europe. Il commence par enseigner au petit séminaire d'Ehrenbreitstein, puis, à partir de 1912, il est nommé directeur spirituel au petit séminaire des Pères Pallottins à Vallendar-Schoenstatt, localité proche de Coblence, sur les rives du Rhin.

C'est dans ce cadre champêtre et discret que l'histoire de Schoenstatt prend racine. Le 18 octobre 1914, quelques semaines seulement après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Joseph Kentenich rassemble un groupe de jeunes séminaristes et fonde avec eux une Congrégation mariale. Ce geste, purement local à ses débuts, constitue le premier jalon d'une œuvre qui allait dépasser toutes les attentes de son initiateur. Le projet n'obéit à aucun plan préétabli : il se développe organiquement, en suivant les besoins concrets des personnes qui viennent y chercher un soutien spirituel.

Au lendemain de la Grande Guerre, l'œuvre de Schoenstatt s'étend rapidement au-delà du cercle initial des jeunes séminaristes. Elle englobe peu à peu des catégories toujours plus larges de fidèles : prêtres, jeunes, femmes, religieuses, pèlerins. Fidèle au génie organisateur propre à la culture allemande, le mouvement se structure en unions, ligues et, avec le temps, en instituts séculiers, chaque forme de participation correspondant à un degré particulier d'engagement personnel. Kentenich sillonne l'Allemagne, l'Autriche, la Tchécoslovaquie et la Suisse pour prêcher des retraites et animer des sessions de formation spirituelle.

L'ampleur de son rayonnement se mesure à la fréquentation des retraites qu'il anime. De 1928 à 1935, ce sont chaque année plus de deux mille prêtres qui participent à ces temps forts, auxquels s'ajoutent de nombreux laïcs. Cet homme de feu, capable de toucher les âmes avec une profondeur rare, attire à lui des personnalités venues de tous les horizons de la société catholique allemande. Schoenstatt devient en quelques décennies l'un des foyers les plus vivants du renouveau catholique de l'entre-deux-guerres.

L'ascension du national-socialisme au pouvoir, à partir de 1933, place Kentenich et son mouvement dans une situation de plus en plus périlleuse. Le prêtre observe avec une lucidité précoce et une inquiétude croissante la montée de cette idéologie qu'il perçoit comme radicalement incompatible avec la foi chrétienne. Il ne mâche pas ses mots : "Nous, c'est à la Croix du Christ que nous tenons ferme", déclare-t-il en réponse à la croix gammée. Et à propos du nazisme lui-même, il affirme avec une ironie sombre : "Je ne vois aucune place sur lui où pourrait couler l'eau du baptême." Ces prises de position courageuses font de lui une cible privilégiée du régime.

Les nazis classent rapidement Schoenstatt parmi les adversaires principaux à éliminer. Après des années de harcèlement et de vexations administratives, le 20 septembre 1941, Joseph Kentenich est convoqué par la Gestapo. Les agents de la police secrète lui citent une parole prononcée à huis clos, mais rapportée par une indicatrice : "Ma mission consiste à faire apparaître le vide intérieur du national-socialisme, afin d'arriver par là à le vaincre." Cette phrase lui vaut d'être immédiatement emprisonné. Pour briser sa résistance, la police le jette pendant un mois dans un réduit sans aération, ancienne chambre forte d'une succursale de la Reichsbank, transformée en lieu de détention où la Gestapo s'attache à briser les volontés les plus fermes. Kentenich en ressort physiquement éprouvé, mais intérieurement intact.

Il est ensuite transféré dans une cellule de la prison de Coblence, aménagée dans un ancien couvent de Carmélites, où il passe cinq mois. Puis vient l'épreuve la plus rude : en mars 1942, il est déporté au camp de concentration de Dachau, précisément au moment où les conditions de vie s'y aggravent de façon drastique. Les prêtres allemands internés dans le camp sont regroupés dans une baraque spéciale ; ils ont la possibilité d'assister chaque jour à la messe célébrée par l'un d'entre eux. Ce n'est toutefois que le 19 mars 1943 que Kentenich peut célébrer lui-même l'eucharistie au sein du camp.

Dans cet enfer concentrationnaire, le prêtre ne cesse de témoigner d'une force spirituelle qui sidère ses compagnons de détention. Chaque soir, avec la complicité du kapo Guttmann — un communiste au tempérament violent, mais fasciné par la sérénité du père —, il anime une conférence spirituelle pour les autres détenus. Guttmann l'a vu partager son maigre pain quotidien et supporter les pires humiliations sans perdre sa paix intérieure, et c'est ce comportement qui lui vaut cette protection inestimable au cœur du camp.

Libéré à la fin de la guerre, Joseph Kentenich reprend son activité au service du Mouvement de Schoenstatt, dont la vitalité ne s'est pas tarie malgré les années de persécution. Son œuvre s'est entre-temps propagée bien au-delà des frontières allemandes, implantée dans de nombreux pays à travers le monde. Inlassable, il continue de parcourir les continents pour former, encourager et approfondir la spiritualité mariale qui constitue le cœur de son message.

Il s'éteint le 15 septembre 1968 à Schoenstatt, le lieu même où tout avait commencé plus d'un demi-siècle auparavant. Sa mort survient au terme d'une vie entière consacrée à bâtir une Église vivante dans un siècle traversé par deux guerres mondiales, le totalitarisme et de profondes mutations culturelles. Le procès en béatification introduit après sa mort témoigne de la reconnaissance de l'Église catholique pour une existence à la fois exemplaire et féconde.

Le legs de Joseph Kentenich se mesure aujourd'hui à l'échelle mondiale. Le Mouvement de Schoenstatt est présent dans plus de quarante pays et regroupe des dizaines de milliers de membres engagés à des degrés divers. Son intuition fondatrice — que la vie spirituelle doit s'ancrer dans des communautés concrètes, enracinées dans la dévotion mariale et ouvertes à tous les états de vie — continue d'inspirer des générations de catholiques sur tous les continents. La chapelle originelle de Schoenstatt, demeurée intacte malgré les bouleversements du XXe siècle, reste un lieu de pèlerinage fréquenté et un symbole vivant de la résistance de la foi face à la barbarie.

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