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Oskar Minkowski

Médecin allemand

4 min01/01/2024
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Oskar Minkowski est né le 13 janvier 1858 à Alexsotas, une localité qui appartient aujourd'hui à la ville de Kaunas, en Lituanie, alors intégrée à l'Empire russe. Médecin interniste et physiologiste d'exception, il allait marquer l'histoire de la médecine par une découverte capitale sur l'origine du diabète sucré, tout en laissant son nom attaché à une maladie du sang rare et héréditaire.

Issu d'une famille remarquablement douée sur le plan intellectuel, Oskar Minkowski grandit dans un environnement propice à l'excellence scientifique. Son frère Hermann Minkowski, né en 1864, devint l'un des mathématiciens et physiciens les plus influents de son époque, notamment pour ses travaux sur la géométrie de l'espace-temps. La famille Minkowski semblait avoir un destin particulier pour les sciences fondamentales, que ce soit en médecine, en physique ou en mathématiques. Oskar eut lui-même un fils, Rudolph Minkowski, né en 1895, qui s'illustra plus tard comme astrophysicien aux États-Unis, et dont la lignée se prolongea avec le professeur de médecine Alexandre Minkowski.

C'est à Strasbourg, en avril 1889, que se produisit la rencontre décisive qui allait transformer la compréhension du diabète. Minkowski se trouvait à la bibliothèque de l'Institut de chimie biologique lorsqu'il croisa par hasard Joseph von Mering, un collègue préoccupé par une question de physiologie digestive. Von Mering cherchait à mieux cerner le rôle de la sécrétion pancréatique dans la digestion des graisses. Il avait tenté des ligatures des canaux pancréatiques, mais cette méthode restait imparfaite car elle ne supprimait pas totalement le passage du suc pancréatique dans l'intestin. C'est alors que Minkowski lui proposa une solution radicale : pourquoi ne pas réaliser une pancréatectomie totale, c'est-à-dire l'ablation complète du pancréas ?

Von Mering exprima d'emblée ses réserves. Claude Bernard, le grand physiologiste français, avait en effet affirmé que l'extirpation du pancréas conduisait inévitablement et rapidement à la mort de l'animal opéré. Cet enseignement avait durablement décourageant toute tentative dans cette direction. Or Minkowski admettrait plus tard qu'il ignorait cette position du maître français ; s'il en avait eu connaissance, il n'aurait probablement pas osé proposer une telle intervention. Cette ignorance provididentielle allait se révéler l'une des heureuses lacunes de l'histoire des sciences.

L'opération fut confiée à un chien du chenil de l'Institut de Hoppe-Seyler et réalisée avec une grande rigueur technique. Le résultat dépassa toutes les attentes. L'animal survécut à l'opération et développa rapidement une soif intense, une émission abondante d'urine, et une glycosurie massive, c'est-à-dire une présence anormalement élevée de sucre dans les urines. Ces symptômes correspondaient exactement à ceux du diabète sucré humain. En démontrant que l'ablation du pancréas provoquait le diabète, Minkowski et von Mering prouvaient pour la première fois que cette glande jouait un rôle essentiel dans la régulation du sucre dans l'organisme.

Cette découverte, publiée en 1890 dans les Archives de pharmacologie expérimentale, puis développée dans un article plus complet en 1893, ouvrit la voie aux recherches qui mèneront, plus de trente ans plus tard, à l'isolement de l'insuline par Frederick Banting et Charles Best en 1921. Sans la pancréatectomie expérimentale de Strasbourg, la piste métabolique du diabète n'aurait pu être clairement tracée aussi tôt.

Minkowski ne s'en tint pas là. Il contribua également à la description d'une maladie hématologique héréditaire connue sous le nom de sphérocytose héréditaire ou maladie de Minkowski-Chauffard. Cette affection se caractérise par une fragilité excessive de la membrane des globules rouges, qui prennent une forme sphérique anormale et se lysent prématurément, provoquant des crises d'hémolyse avec anémie et ictère. Son article de 1900, intitulé Ueber eine hereditäre, unter dem Bilde eines chronischen Icterus, constitue la description clinique fondatrice de cette entité nosologique.

Tout au long de sa carrière, Minkowski occupa des postes académiques importants. Il travailla notamment sous la direction du professeur Bernhard Naunyn à Königsberg et à Strasbourg, deux centres médicaux de premier plan à l'époque. Il publia de nombreux travaux sur la physiologie et la pathologie du métabolisme, notamment sur l'acide urique chez les mammifères, ainsi que des études sur la neurologie et la nutrition. Son Handbuch der Ernährungstherapie und Diätetik, publié entre 1897 et 1899 en collaboration avec d'autres spécialistes, témoigne de l'ampleur de ses intérêts médicaux.

Oskar Minkowski s'éteignit le 18 juillet 1931 à Fürstenberg, en Allemagne, à l'âge de soixante-treize ans. Il laissa derrière lui un héritage scientifique considérable, reconnu non seulement par la communauté médicale de son vivant mais aussi par les générations suivantes. L'historien de la médecine Houssay rappela en 1952 l'importance du rôle de Minkowski dans la découverte du diabète pancréatique, soulignant que cette expérience fondatrice avait rendu possible l'aventure scientifique qui aboutit à l'insuline.

En son honneur, l'Association européenne pour l'étude du diabète décerne chaque année le prix Oskar Minkowski à un jeune chercheur ayant contribué de manière significative à la connaissance de cette maladie. Ce prix perpétue la mémoire d'un homme dont la curiosité intellectuelle, alliée à une maîtrise chirurgicale peu commune, permit de percer l'un des mystères les plus importants de la pathologie métabolique du XIXe siècle.

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