biografias

Élisa Bonaparte

Princesse impériale française

7 min01/01/2024
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Dans la galaxie Bonaparte, si Napoléon concentre toute la lumière, ses frères et sœurs gravitent parfois dans une semi-obscurité que l'histoire n'a pas toujours cherché à dissiper. Élisa Bonaparte fait exception à cette règle. Non seulement parce qu'elle fut l'unique sœur de Napoléon à avoir exercé de réels pouvoirs politiques, mais aussi parce que son parcours révèle une personnalité ambitieuse, cultivée et déterminée, bien au-delà du simple rôle que sa parenté avec l'Empereur aurait pu lui assigner.

Née le 3 janvier 1777 à Ajaccio sous le nom de Maria-Anna di Buonaparte, elle était la quatrième enfant et première fille survivante de Charles Bonaparte et de Maria Letizia Ramolino. Les filles nées avant elle étaient mortes en bas âge. Dès l'enfance, Maria-Anna développa une grande proximité avec son frère Lucien, qui lui donna le surnom d'Élisa, un prénom qu'elle adopta définitivement. En juin 1784, une bourse d'études lui permit d'intégrer la Maison royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr-l'École, dans les Yvelines, un établissement prestigieux destiné aux jeunes filles de familles nobles. C'est là que Napoléon, en formation militaire à Paris et dans les environs, lui rendit plusieurs visites. En août 1792, l'Assemblée législative décréta la fermeture de la Maison royale, et Élisa fut ramenée à Ajaccio par son frère le 1er septembre.

Vers 1795, alors que la famille Bonaparte était installée à Marseille, Élisa fit la connaissance de Pasquale Baciocchi, ancien capitaine du Royal-Corse, destitué de son grade sous la Révolution. Malgré les réticences de Napoléon, qui jugeait ce choix peu glorieux, leur mariage civil eut lieu le 1er mai 1797 à Marseille. En juin 1797, Napoléon rassembla sa famille dans son château de Mombello, dans l'actuelle commune de Limbiate, en Lombardie. Le mariage religieux d'Élisa et de Félix y fut célébré le 14 juin, le même jour que celui de sa sœur Pauline avec le général Victor-Emmanuel Leclerc, une coïncidence dynastique significative.

À Paris, où la famille Bonaparte s'installa en 1799, Élisa s'établit au 125 rue de Miromesnil, dans le quartier du Roule. Elle y organisa des réceptions et des représentations théâtrales, manifestant un goût prononcé pour les arts qui allait devenir l'une de ses marques distinctives. Après l'avènement du Consulat, elle anima un salon artistique et littéraire dans l'hôtel de Brissac, chez son frère Lucien, où elle rencontra le journaliste Louis de Fontanes, avec lequel elle entretint une amitié durable et profonde. À la mort de la première épouse de Lucien, Christine Boyer, le 14 mai 1800, Élisa prit sous sa protection les deux filles de son frère, dont l'aînée Charlotte fut placée à la pension de Madame Campan à Saint-Germain-en-Laye.

Le 18 mai 1804, le Sénat vota en faveur de l'Empire, et Élisa reçut comme ses frères et sœurs le prédicat d'altesse impériale. Félix Baciocchi partagea ce titre à titre consort avant d'être promu général de brigade le 11 novembre 1804. En mars 1805, Napoléon décida de donner une couronne à sa sœur et lui offrit la principauté souveraine de Piombino, cédée à la France par le royaume de Naples. Son époux fut nommé prince de Lucques par la constitution du 23 juin 1805. Élisa se retrouvait ainsi à la tête de principautés qu'elle allait gouverner avec une autorité que l'on ne s'attendait guère à trouver chez une femme de l'époque impériale.

En 1809, Napoléon l'éleva au rang de grande-duchesse de Toscane, une dignité qui lui conférait la souveraineté sur l'un des territoires les plus riches et les plus cultivés d'Europe. Très intéressée par les arts et notamment le théâtre, elle les encouragea activement dans les territoires qu'elle gouvernait, favorisant les artistes et soutenant les institutions culturelles avec une générosité éclairée. Cette dimension mécène de sa personnalité la distingue des autres membres de la fratrie bonapartiste, généralement moins attentifs aux questions artistiques.

La chute de Napoléon en 1814 et 1815 mit fin à ces ambitions politiques. Élisa perdit ses titres et ses principautés et dut s'adapter à une existence de retrait. Elle mourut le 6 août 1820 à Villa Vicentina, dans le nord de l'Italie actuelle, à quarante-trois ans. Seule sœur de Napoléon à avoir gouverné en son propre nom, elle mérite d'être considérée non pas seulement comme un appendice du destin impérial, mais comme une souveraine à part entière, dont l'autorité politique et le patronage culturel laissèrent une empreinte durable dans les territoires qu'elle administra.

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