L'histoire des objets volants non identifiés est indissociable de celle du regard que l'humanité porte sur le ciel, cet espace à la fois familier et mystérieux qui a nourri les mythologies de tous les peuples. Dans le monde contemporain, la notion d'ovni, abréviation désignant tout phénomène aérien observé par des témoins ou enregistré par des capteurs sans avoir pu être identifié ni expliqué, est devenue un véritable phénomène culturel et social qui déborde largement le cadre de la simple observation scientifique.
Les premières observations modernes d'aéronefs non identifiés remontent à la Seconde Guerre mondiale. Des pilotes militaires des forces alliées signalèrent à plusieurs reprises la présence d'objets lumineux mystérieux qui semblaient escorter leurs appareils, impossibles à identifier et dotés de capacités de manœuvre apparemment supérieures à celle des avions de l'époque. Ces phénomènes furent surnommés foo fighters par les pilotes américains, ou kraut-bolids par jeu de mots désignant des bolides allemands. Ni les Alliés ni l'Allemagne nazie ne purent élucider la nature de ces objets, et leur signification resta obscure jusqu'à la fin du conflit.
En 1946, les médias firent état de plus de deux mille témoignages d'aéronefs non identifiés, principalement dans les pays scandinaves mais aussi en France, au Portugal, en Italie et en Grèce. Ces objets mystérieux, baptisés fusées fantômes, furent généralement interprétés comme des essais soviétiques de nouveaux prototypes de fusées dérivées des V1 et V2 allemands capturés à la fin de la guerre, dans le but d'intimider l'Europe de l'Ouest. Cette explication, qui reflétait les tensions naissantes de la Guerre froide, ne fut jamais confirmée et ces observations restèrent sans explication définitive.
C'est cependant l'affaire Kenneth Arnold, survenue en juin 1947, qui donna naissance au phénomène médiatique des soucoupes volantes et institua la terminologie qui allait durablement s'imposer dans l'imaginaire collectif. Le 24 juin 1947, Kenneth Arnold, pilote américain voyageant dans son avion privé près du mont Rainier dans l'État de Washington, aperçut neuf objets circulaires à l'avant et triangulaires à l'arrière, très brillants et volant à grande vitesse en formation diagonale depuis le mont Rainier vers le mont Adams. Il estima leur longueur entre douze et quinze mètres et leur vitesse à au moins 1 800 kilomètres par heure.
Le 26 juin 1947, Arnold raconta son observation sur les ondes de la radio KWRC à Pendleton, dans l'Oregon. Il décrivit le mouvement de ces objets en les comparant à une soucoupe ricochant sur l'eau, faisant allusion non à leur forme mais à leur trajectoire sautillante. La presse, saisissant l'image de la soucoupe, parla de flying saucers, terme qui se répandit immédiatement dans le monde entier et resta définitivement associé au phénomène des ovnis. Arnold tenta aussi une comparaison avec une assiette à tarte coupée en son milieu, ce qui lui valut quelques moqueries, mais le terme de soucoupes volantes avait déjà fait le tour du monde.
Le 25 juin 1947, une dépêche de l'Associated Press rédigée par Bill Bequette relaya l'information avec une ampleur considérable. Les vitesses calculées par Arnold, bien supérieures à celles des appareils de l'époque, frappèrent les esprits. Des journalistes, des agents du FBI et des représentants du renseignement militaire se déplacèrent sur les lieux. Le sociologue Pierre Lagrange nota que c'est dans ces circonstances que les soucoupes volantes furent en quelque sorte inventées comme phénomène social, la médiatisation créant une réalité culturelle autonome.
L'affaire Arnold déclencha une controverse parascientifique d'une ampleur sans précédent. Deux grandes hypothèses s'affrontèrent : soit ces objets étaient des prototypes secrets, américains ou soviétiques, soit des extraterrestres visitaient la Terre. Ni l'une ni l'autre ne put être confirmée, mais la seconde nourrit une mythologie extraordinairement fertile qui allait traverser les décennies suivantes. Des milliers de nouveaux témoignages émergèrent dans les semaines et les mois suivants à travers le monde, créant un phénomène en cascade où la suggestion médiatique et la réalité des observations se mêlaient inextricablement.
La discipline qui se développa pour étudier ce phénomène prit le nom d'ufologie, mot dérivé du sigle anglais UFO pour unidentified flying object. Le terme français correspondant, ovniologie ou ovnilogie, désigne l'approche scientifique et rigoureuse du phénomène, par opposition au soucoupisme, qui renvoie à la croyance populaire non critique. Des organisations officielles furent créées dans plusieurs pays pour recenser et analyser les témoignages, dont le GEIPAN en France, qui utilise l'acronyme PAN pour phénomène aérospatial non identifié. Jacques Vallée, chercheur franco-américain pionnier dans l'étude du phénomène, préférait le terme de MOC, mystérieux objet céleste.
L'histoire des ovnis est ainsi celle d'un phénomène à la croisée des chemins entre observation empirique, interprétation culturelle et construction médiatique. Elle révèle autant sur la psychologie humaine et ses projections face à l'inconnu que sur d'éventuelles réalités physiques inexpliquées. Les débats sur la nature exacte de ces phénomènes persistent aujourd'hui, alimentés par de nouveaux témoignages et de nouvelles technologies de captation, montrant que la fascination de l'humanité pour ce qui peuple les profondeurs du ciel ne s'est pas dissipée avec les décennies.


