tragedias

Attentat contre Charlie Hebdo

Attentat commis le 7 janvier 2015

6 min01/01/2024
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Le 7 janvier 2015, peu avant 11 heures 30, deux hommes armés de fusils d'assaut pénétraient dans l'immeuble du 10 à 12, rue Nicolas-Appert, dans le 11e arrondissement de Paris, où était installée la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo. En quelques minutes à peine, ils transformèrent ce lieu de création et de liberté d'expression en scène d'un massacre qui allait ébranler la France et le monde entier. Cet attentat, le premier et le plus meurtrier d'une série d'actes terroristes qui s'étalerait jusqu'au 9 janvier, a marqué un tournant dans l'histoire contemporaine de la France et du débat sur les libertés fondamentales.

Les deux auteurs de la tuerie, Chérif et Saïd Kouachi, deux frères français, avaient pénétré dans les locaux du journal en se réclamant d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Lourdement armés, ils assassinèrent onze personnes dans l'immeuble même. Parmi les victimes figuraient huit membres de la rédaction : les dessinateurs emblématiques Cabu, Charb — le directeur de publication —, Honoré, Tignous et Wolinski, la psychanalyste et chroniqueuse Elsa Cayat, l'économiste Bernard Maris et le correcteur Mustapha Ourrad. Deux autres personnes présentes dans le bâtiment furent également tuées : Frédéric Boisseau, responsable des opérations de la société Sodexo chargée de la maintenance du bâtiment, qui fut la première personne à mourir, et Michel Renaud, cofondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage, invité ce jour-là à assister à la conférence de rédaction. Le policier Franck Brinsolaro, chargé de la protection rapprochée de Charb, fut lui aussi assassiné dans l'immeuble. Un douzième mort s'ajouta au bilan : le lieutenant de police Ahmed Merabet, abattu sur le boulevard Richard-Lenoir lors de la fuite des terroristes. Au total, le massacre fit douze morts et onze blessés, dont quatre grièvement.

Charlie Hebdo n'était pas un journal comme les autres. Depuis sa fondation, cet hebdomadaire satirique à la ligne ouvertement athée et anticléricale avait fait de la critique des religions, et notamment des intégrismes religieux de toutes confessions, l'un de ses axes éditoriaux principaux. Cette posture lui avait valu de nombreux procès intentés par des associations chrétiennes, dont l'AGRIF, et des organisations musulmanes. En 2006, la publication de douze caricatures de Mahomet déjà parues dans le journal danois Jyllands-Posten avait déclenché une vive polémique internationale, entraînant des poursuites judiciaires de la part de l'Union des organisations islamiques de France et de la Ligue islamique mondiale — toutes deux déboutées. Ces années de menaces et de procès avaient placé Charlie Hebdo dans la ligne de mire d'islamistes radicaux.

La France, engagée dans de nombreuses opérations extérieures en Afrique et au Moyen-Orient, avait déjà fait l'objet de menaces répétées de la part de mouvances terroristes islamistes comme Al-Qaïda et Daech, qui avaient explicitement annoncé des attaques sur le sol français. De nombreux projets d'attentats avaient été déjoués dans les semaines précédant la fusillade, mais la menace n'avait pu être entièrement écartée.

Deux jours après le massacre de Charlie Hebdo, les frères Kouachi furent retracés jusqu'à une imprimerie de Dammartin-en-Goële, au nord de Paris, où ils s'étaient retranchés. Ils moururent le 9 janvier lors de l'assaut des membres du Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale, qu'ils avaient attaqués en sortant de l'imprimerie avec leurs fusils d'assaut. Le même jour, un complice des frères Kouachi, Amedy Coulibaly, qui avait assassiné le 8 janvier une policière municipale sur la voie publique à Montrouge, dans la banlieue sud de Paris, prenait en otages des clients dans une supérette casher porte de Vincennes, dans l'est de la capitale. Il y tua quatre personnes de confession juive avant d'être abattu lors de l'assaut policier.

L'onde de choc provoquée par ces événements fut considérable, tant en France qu'à l'étranger. Le slogan "Je suis Charlie" naquit spontanément sur les réseaux sociaux et se diffusa en quelques heures dans le monde entier, symbole d'une solidarité universelle avec les victimes et avec la liberté d'expression. Des manifestations de soutien eurent lieu dans de nombreuses villes de France et du monde. Le 11 janvier 2015, une "marche républicaine" rassembla à Paris plus d'un million et demi de personnes, à laquelle participèrent quarante-quatre chefs d'État et de gouvernement. Sur l'ensemble du territoire français, plus de quatre millions de personnes défilèrent en deux journées pour affirmer leur attachement aux valeurs républicaines et à la liberté de la presse.

Charlie Hebdo publia le 14 janvier un numéro spécial, le numéro 1178, tiré à près de huit millions d'exemplaires — un record absolu pour la presse française. L'intégralité des recettes du premier million d'exemplaires fut versée aux familles des victimes. Ce numéro, qui reprenait une caricature de Mahomet en couverture, affirmait haut et fort que le journal ne cèderait pas à l'intimidation.

Le procès des attentats de janvier 2015 se tint fin 2020, cinq ans après les faits, permettant à la justice de juger les complices des auteurs principaux, tous morts lors des assauts policiers. Ces événements ont profondément modifié le paysage sécuritaire et le débat public français, alimentant des réflexions encore vives sur l'équilibre entre liberté d'expression et risques terroristes, sur la radicalisation et sur la place du religieux dans une société laïque. Ils demeurent gravés dans la mémoire collective comme l'un des moments les plus sombres et les plus fondateurs de la France contemporaine.

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