tragedias

Georges Wolinski

Dessinateur de presse français

4 min01/01/2024
Anúncio

Georges David Wolinski naît le 29 juin 1934 à Tunis, dans ce protectorat français d'Afrique du Nord où se croisent les cultures et les destins. Sa mère, Lola Bembaron, est franco-italienne, et son père, Siegfried Wolinski, dirige une entreprise de ferronnerie d'art dans la capitale tunisienne. Ce tableau familial apparemment stable va voler en éclats très tôt : alors que Georges n'a que deux ans, son père est assassiné. Sa mère, atteinte de tuberculose, est envoyée en sanatorium en France, laissant le petit garçon aux soins de ses grands-parents maternels pâtissiers. Ce n'est qu'à l'âge de treize ans qu'il rejoint sa mère, alors remariée. Cette enfance douloureuse et fragmentée forge une personnalité capable de transformer la douleur en ironie, le désespoir en créativité.

Au lycée de Briançon, où il étudie de 1946 à 1952, il anime déjà un journal baptisé Le Potache libéré, révélant une vocation précoce pour la presse et le dessin. En 1954 et 1955, il poursuit ses études au lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, où il rencontre sa première femme, Jacqueline Saba dite Kean, qu'il épousera en 1961 et avec qui il aura deux filles. La tragédie frappe à nouveau : Kean meurt en 1966 des suites d'un accident de voiture, alors qu'elle voulait éviter un chien sur la route, et que Georges se reposait à l'arrière du véhicule.

Ses débuts professionnels le conduisent d'abord à travailler dans l'entreprise de tricot de son beau-père à Fontenay-sous-Bois, expérience qui nourrit son regard sur le monde du travail. En 1958, il publie ses premiers dessins dans Rustica. La rencontre décisive avec François Cavanna lui ouvre les portes de Hara-Kiri en 1960. Ce journal satirique, fondé sur la provocation et la transgression, est l'environnement naturel d'un dessinateur comme Wolinski, qui cherche à bousculer les conformismes et à déstabiliser les certitudes établies. Il y côtoie Cavanna et Choron, deux esprits libres qui partagent sa conception d'un dessin au service de la critique sociale.

Les événements de mai 1968 représentent un tournant décisif dans l'itinéraire artistique et politique de Wolinski. Il dessine dans la revue éphémère Action, qui capte l'énergie révolutionnaire du moment, et fonde avec Siné le journal L'Enragé, dans lequel ses dessins prennent une coloration politique explicite. Ces publications militantes, si elles disparaissent vite, contribuent à forger le ton qui deviendra celui de Hara-Kiri Hebdo, puis de Charlie Hebdo. En 1968, il rejoint également Le Journal du dimanche, où il rencontre sa seconde épouse, Maryse Bachère. De 1970 à 1981, il assume la responsabilité de rédacteur en chef de Charlie Hebdo, contribuant de manière décisive à définir l'identité de cette publication qui deviendra légendaire.

Wolinski développe un style graphique immédiatement reconnaissable. Partant d'influences diverses, notamment de Copi, il s'en éloigne progressivement pour trouver sa propre voie, un trait épuré mais expressif, capable de restituer avec une économie de moyens la richesse psychologique de ses personnages. Là où Copi cherchait la neutralité, Wolinski privilégie l'expressivité, donnant à ses figures une présence presque théâtrale. Ses personnages deviennent suffisamment célèbres pour être sollicités dans des campagnes publicitaires d'envergure nationale pour IBM, Rizla+, Renault ou diverses initiatives citoyennes. Ces commandes lui seront parfois reprochées par les tenants d'une conception plus austère de l'art satirique, mais Wolinski les choisit avec discernement, n'acceptant que celles qui lui permettent d'exprimer quelque chose qui l'inspire véritablement.

Tout au long de sa carrière, il collabore avec une multitude de publications : Hara-Kiri dans ses versions mensuelle et hebdomadaire, Action, Paris-Presse, La Gueule ouverte, L'Humanité, Le Nouvel Observateur, Phosphore, et enfin Paris Match. Il devient aussi rédacteur en chef de Charlie Mensuel et préside le prix de la bande dessinée du Point, deux responsabilités qui témoignent de son rayonnement dans le monde de la presse et du dessin.

L'assassinat de Georges Wolinski, le 7 janvier 2015, dans le 11e arrondissement de Paris, lors de l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, plonge la France dans la stupeur et le deuil. Il avait quatre-vingt ans et continuait de dessiner avec la même ardeur que dans sa jeunesse, preuve que la passion créatrice ne connaît pas d'âge. Sa mort, avec celle de ses collègues, provoque une onde de choc mondiale et cristallise les valeurs de liberté de la presse et de résistance à la barbarie.

L'œuvre de Wolinski est celle d'un homme qui a traversé le XXe siècle en dessinant, scrutant les contradictions de son temps avec un mélange d'humour et de gravité. Enfant de la Méditerranée marqué par la perte et l'exil, il a fait du crayon son arme et de la liberté sa boussole, laissant derrière lui un héritage considérable dans l'histoire du dessin de presse français.

Anúncio
Anúncio

Lisez celle-ci et plus de 800 autres histoires dans l’app World in Stories — gratuit

Histoires en vidéo, shorts, mystères et « c’est arrivé un jour comme aujourd’hui ». Téléchargement gratuit, sans carte.

Télécharger l’app — gratuit

iPhone, iPad & Android • PT, EN, ES, DE, FR

Related Stories