Marie Amélie Françoise Hélène d'Orléans voit le jour le 13 janvier 1865 à Ham, dans le sud-ouest de Londres, dans une famille frappée par l'exil. Arrière-petite-fille du roi des Français Louis-Philippe Ier, elle est la fille de Robert d'Orléans, duc de Chartres, et de son épouse, la princesse Françoise d'Orléans-Joinville, qui est en même temps sa cousine germaine. Ce mariage consanguin, courant dans les dynasties royales de l'époque, place Marie d'Orléans parmi les nombreux arrière-petits-enfants du dernier roi constitutionnel de France.
La vie en exil est la condition première que connaît la princesse Marie depuis sa naissance. La révolution de février 1848, qui avait chassé Louis-Philippe Ier du trône, avait entraîné l'exil de toute la maison d'Orléans en Grande-Bretagne. C'est seulement à partir de la loi d'abrogation du 8 juin 1871, sous la Troisième République, que la princesse et sa famille peuvent retourner vivre en France. Cette expérience de l'exil, vécue dès l'enfance, forge chez Marie une sensibilité particulière, un rapport à l'identité et à l'appartenance familiale que les circonstances ultérieures de sa vie viendront encore enrichir.
Sa fratrie est remarquable : elle est la sœur de l'explorateur Henri d'Orléans, figure aventurière qui parcourra une grande partie de l'Asie, de Marguerite d'Orléans, belle-fille du président de la République Patrice de Mac Mahon, et de Jean d'Orléans, duc de Guise, qui revendiquera la prétention orléaniste à la couronne de France sous le nom de Jean III.
Le 22 octobre 1885 a lieu au château d'Eu l'un des mariages les plus spectaculaires de la décennie. Dans le cadre fastueux de cette résidence normande chère à la maison d'Orléans, plus d'un millier d'invités se rassemblent, parmi lesquels des représentants des familles royales d'Angleterre, du Danemark, de Grèce et de Russie. Marie d'Orléans épouse le prince Valdemar de Danemark, fils cadet du roi Christian IX et de son épouse la princesse Louise de Hesse-Cassel.
Ce mariage revêt une dimension diplomatique considérable. Pour une princesse catholique issue d'une dynastie non régnante, s'allier à la maison royale danoise représente une ascension sociale et symbolique remarquable. Mais ce qui frappe davantage encore, c'est le réseau de parentés que ce mariage crée d'un seul coup : Marie d'Orléans devient la belle-sœur du tsar de Russie, du roi des Hellènes, du roi de Norvège et du duc de Cumberland, prétendant au trône de Hanovre.
La question religieuse doit être négociée avec soin. Marie est profondément catholique et n'envisage pas d'abjurer sa foi pour rejoindre le luthéranisme de son époux et de sa belle-famille. Un arrangement dynastique est conclu, en accord avec l'Église catholique : les fils du couple seront élevés dans la foi luthérienne de leur père, tandis que les filles le seront dans la foi catholique de leur mère.
Le couple s'installe au palais de Bernstorff, à l'extérieur de Copenhague, où Valdemar exerce les fonctions d'amiral de la flotte danoise. Cinq enfants naissent de cette union : Aage en 1887, Axel en 1888, Erik en 1890, Viggo en 1893, et une fille, Marguerite, en 1895. Les fils font des mariages morganatiques, à l'exception d'Axel, qui épouse en 1919 la princesse Marguerite de Suède. La fille, Marguerite de Danemark, épouse René de Bourbon-Parme et devient la mère d'Anne de Bourbon-Parme, future épouse du roi déchu Mihai de Roumanie.
La vie à Bernstorff se déroule dans un cadre à la fois aristocratique et relativement intime. Le palais accueille notamment Georges de Grèce, fils cadet du frère aîné de Valdemar, qui y a été confié pour suivre une formation dans la marine danoise. Georges, qui se sent abandonné par son père, développe un attachement profond pour son oncle Valdemar. Lorsqu'il amène plus tard son épouse, Marie Bonaparte, à Bernstorff pour la première fois en 1907, Marie d'Orléans s'efforce de l'accueillir chaleureusement, témoignant de cette générosité qui caractérisait sa façon d'être.
Marie d'Orléans s'éteint le 4 décembre 1909 à Copenhague, au Danemark, à l'âge de quarante-quatre ans. Elle laisse derrière elle une famille nombreuse et un réseau de liens dynastiques qui continuera longtemps après elle à tisser des fils entre les maisons royales d'Europe. Femme de foi et de conviction, elle incarne une certaine façon d'habiter l'exil et le mariage royal avec dignité et sens du devoir, dans une époque où les dynasties traversaient des transformations profondes.

