biografias

Kostís Palamás

Poète, nouvelliste, critique et dramaturge grec

6 min01/01/2024
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Kostís Palamás naît en 1859 à Patras, dans une famille dont l'engagement intellectuel et patriotique s'enracine dans plusieurs générations d'érudits et de résistants grecs. Son arrière-grand-père paternel, Panayotis Palamás, né en 1722 et mort en 1803, avait pris part à la révolution d'Orloff et fondé l'École Palaméenne à Missolonghi, l'un des centres intellectuels les plus importants de la Grèce sous la domination ottomane. Son grand-père, Ioánnis Palamás, avait enseigné à l'École du patriarcat de Constantinople. Dans cette lignée, la poésie et la résistance culturelle ne sont pas des ornements : elles sont une vocation héréditaire.

Son père exerce la fonction de magistrat à Patras, mais la mort frappe tôt : orphelin de père et de mère dès l'âge de six ans, le jeune Kostís et son frère aîné sont recueillis par leur oncle et s'installent dans la demeure familiale de Missolonghi. Cette ville, rendue célèbre par le siège héroïque de 1822-1826 et par la mort de Lord Byron, est chargée de résonances historiques qui marqueront durablement l'imaginaire du poète.

À la fin de ses études secondaires, en 1875, Palamás s'inscrit à la Faculté de droit d'Athènes. Mais c'est la littérature, la poésie et les grands débats intellectuels de son époque qui l'absorbent véritablement. Il devient journaliste et se fait connaître comme rédacteur des revues et journaux les plus importants de son temps, participant activement aux controverses qui agitent la vie culturelle grecque, notamment sur la question de la langue littéraire et nationale.

En 1886, il publie son premier recueil poétique, intitulé Chants de ma Patrie, avec comme sous-titre Chants de la lagune. Cette publication inaugure une carrière poétique d'une extraordinaire fécondité et d'une profondeur croissante. En décembre 1887, il épouse Maria Apostolou Valvi, originaire de Missolonghi, et fonde une famille. Trois enfants naissent : Nausicaa, Léandros et Alkis. Mais la mort du petit Alkis, emporté par une méningite à l'âge de quatre ans, plonge le poète dans un deuil dévastateur. De cette douleur insoutenable, il parvient à extraire une énergie créatrice sublimée : l'élégie intitulée Le Tombeau, publiée en 1898, reste l'un des textes les plus émouvants de la poésie grecque moderne, né directement de cette perte.

En octobre 1897, Palamás entre dans la vie institutionnelle en devenant secrétaire général de l'université d'Athènes. Il conserve ce poste pendant trente ans, jusqu'à sa retraite en 1928. Cette position lui confère une visibilité et une stabilité qui lui permettent de développer son oeuvre dans la durée, sans les angoisses matérielles qui brisent tant de carrières littéraires. Sa réputation de premier poète de sa génération s'affirme peu à peu, et dépasse rapidement les frontières de la Grèce.

Parmi ses oeuvres majeures, on retient Les yeux de mon âme en 1892, Iambes et anapestes en 1897, La vie immuable en 1904, et les Exercices satiriques entre 1907 et 1909. Mais ce sont ses deux grandes oeuvres épico-lyriques, dans lesquelles il symbolise le devenir de la civilisation hellénique à travers des formes poétiques ambitieuses, qui lui valent une reconnaissance internationale.

En avril 1926, lors des fêtes commémorant le centenaire de la fameuse Sortie du Siège de Missolonghi, Palamás récite devant la foule assemblée dans le Jardin des Héros un grand poème intitulé La Gloire à Missolonghi. La même année, à Paris, l'helléniste Hubert Pernot de la Sorbonne organise un hommage au poète grec, au cours duquel des récitants déclament ses vers en français. Cette reconnaissance internationale se confirme en 1926 par son admission à l'Académie d'Athènes, dont il devient le président en 1930.

Les hommages se multiplient dans les années suivantes. En 1935, il reçoit la médaille de la Bibliothèque ambrosienne de Milan. En 1937, le ministre français de l'Éducation le fait chevalier de la Légion d'honneur. La même année et l'année précédente, de nombreuses manifestations sont organisées en Grèce comme à l'étranger pour célébrer le cinquantenaire de la publication de son premier recueil. Sa candidature au prix Nobel de littérature est soumise en 1939, témoignant de la hauteur à laquelle sa réputation est parvenue.

L'occupation allemande de la Grèce, à partir d'octobre 1940, trouve Palamás âgé et affaibli, mais la voix toujours ferme. Son message lancé au début de l'occupation reste célèbre : je n'ai qu'une chose à vous dire, enivrez-vous du vin immortel de 1821. Cette formule, convoquant le souvenir de la guerre d'indépendance, est un appel à la résistance d'une densité symbolique immense dans le contexte de l'occupation.

Les dernières années de sa vie sont douloureuses : la solitude s'installe, les forces déclinent, les visites se raréfient. Seul son ami fidèle, le poète Ángelos Sikelianós, reste à son chevet durant les derniers jours de février 1943. Palamás meurt à Athènes, toujours occupée, cette année-là. Ses funérailles nationales donnent lieu à une scène d'une intensité exceptionnelle : Sikelianós prononce un appel vibrant à la résistance, l'archevêque d'Athènes Damaskinós prend lui aussi la parole, et la foule reprend en choeur l'hymne national grec, transformant l'hommage à un poète en acte de résistance collective.

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