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Géoglyphes de Nazca

Grandes figures tracées sur le sol au Pérou

4 min01/01/2024
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Dans l'immensité aride du désert côtier du sud du Pérou, une civilisation pré-inca laissa sur le sol une empreinte extraordinaire, visible dans sa totalité seulement depuis les airs. Les géoglyphes de Nazca, communément appelés lignes de Nazca, constituent l'un des patrimoines archéologiques les plus fascinants et les plus mystérieux du continent américain. Ces figures colossales, tracées avec une précision remarquable sur un plateau rocheux, posent encore aujourd'hui des questions fondamentales sur leurs créateurs, leurs méthodes et leur signification.

Le sol sur lequel ces géoglyphes ont été dessinés présente une caractéristique particulière. Couvert de cailloux dont l'oxyde de fer colore la surface en rouge-brun, ce plateau révèle, une fois ces pierres ôtées, un sous-sol gypseux grisâtre d'une couleur contrastée. Les créateurs de ces figures exploitèrent ce contraste naturel avec une virtuosité remarquable : en déplaçant soigneusement les cailloux superficiels, ils firent apparaître les contours de leurs compositions sur fond clair. La sécheresse exceptionnelle du désert de Nazca, l'un des plus arides de la planète, et la quasi-absence de vents violents à proximité du sol ont préservé ces tracés pendant des siècles.

Ces géoglyphes sont l'œuvre de la civilisation Nazca, une culture pré-inca qui se développa entre 300 avant notre ère et 800 de notre ère. La grande majorité des figures fut tracée entre 200 avant notre ère et 600 de notre ère. Ils se répartissent approximativement le long d'une bande de 50 kilomètres reliant les villes de Nazca et de Palpa, dans la région d'Ica, avec une concentration particulière dans un rectangle d'environ 10 kilomètres sur 4 au sud du hameau de San Miguel de la Pascana. La route panaméricaine PE-1S traverse malheureusement cette zone, endommageant certaines figures, notamment le Lézard, littéralement coupé en deux par le tracé de la route.

La première mention écrite connue de ces tracés se trouve dans la Chronique de Pérou, rédigée par le conquistador espagnol Pedro Cieza de León en 1553. Mais il les prit pour de simples pistes ou bornes de chemin, sans percevoir leur dimension artistique ou symbolique. Il faudra attendre 1927 pour que l'archéologue péruvien Manuel Toribio Mejía Xesspe, explorant la vallée de la rivière Nazca, reconnaisse pour la première fois la nature réelle de ces tracés en tant que créations délibérées.

La découverte décisive vint de l'air. L'anthropologue américain Paul Kosok survola la région en 1939 alors qu'il étudiait les réseaux d'irrigation anciens. Vue depuis les airs, l'étendue des figures lui apparut dans toute son ampleur. Il émit d'abord l'hypothèse d'un système d'irrigation, puis envisagea celle d'un calendrier astronomique géant. Pour approfondir ses recherches, il chercha un traducteur hispanophone et rencontra à Lima Maria Reiche, traductrice allemande polyglotte qui apprendra par la suite le quechua. Ensemble, ils entreprirent dès 1941 la cartographie systématique des lignes de Nazca.

Après 1948, Maria Reiche continua seule ce travail de recensement, y consacrant la majeure partie de sa vie. Elle mourut à Lima en 1998 à l'âge de 95 ans, ayant passé plus d'un demi-siècle à étudier et à protéger ces géoglyphes. Son engagement sans faille contribua considérablement à la reconnaissance internationale du site et à sa préservation contre les dégradations humaines. En 1994, les lignes et géoglyphes de Nasca et Palpa furent inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

À partir de 2004, une équipe de chercheurs japonais conduite par le professeur Masato Sakai de l'Université de Yamagata intensifia les recherches sur place. En octobre 2012, cette équipe établit un laboratoire permanent à Nazca, l'Institut Nazca. Un accord signé en avril 2015 avec le ministère de la culture péruvien lui permit d'étudier et d'aider à protéger les géoglyphes sur le long terme. Depuis 2006, cette équipe a périodiquement annoncé la découverte de nouvelles figures, généralement de dimensions modestes : une centaine de géoglyphes géométriques en avril 2006, une tête humaine et un animal en janvier 2011, deux silhouettes humaines en avril 2013, dix-sept petits animaux identifiés comme des lamas en avril 2014, vingt-quatre figures similaires en juillet 2015, et en avril 2016 un animal légendaire tirant la langue d'une trentaine de mètres de long.

Les figures les plus célèbres représentent des animaux stylisés d'une ampleur spectaculaire : un colibri de 96 mètres d'envergure, une araignée de 46 mètres, un singe de 90 mètres de longueur, un condor aux ailes déployées sur plus de 130 mètres. À côté de ces représentations animales coexistent de simples lignes droites s'étendant sur plusieurs kilomètres avec une précision géométrique qui suscite encore l'admiration des ingénieurs modernes, ainsi que des formes trapézoïdales et des spirales.

La question de la signification de ces créations demeure ouverte. L'hypothèse d'un calendrier astronomique, défendue par Maria Reiche, a été partiellement contestée par des études statistiques qui n'ont pas trouvé de corrélation systématique entre les orientations des lignes et les positions des astres. D'autres chercheurs y voient des lieux rituels liés au culte de l'eau et à la fertilité, des voies de procession ou des espaces cérémoniels destinés à communiquer avec les divinités. Ce qui est certain, c'est que leur création requérait une organisation sociale sophistiquée et des capacités de planification géométrique remarquables pour une société sans instruments optiques ni vue aérienne disponible.

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