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José Zorrilla

Poète et dramaturge espagnol

4 min01/01/2024
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José Zorrilla y Moral naît le 21 février 1817 à Valladolid, dans une Espagne traversée par les convulsions politiques et romantiques d'une époque en pleine mutation. Fils d'une famille conservatrice et provinciale, il est destiné à une carrière juridique que son tempérament artistique repousse avec une constance têtue. Mort à Madrid le 23 janvier 1893, il aura consacré près de sept décennies à l'écriture, s'imposant comme l'un des grands poètes et dramaturges du romantisme espagnol du XIXe siècle, dont la figure de Don Juan Tenorio reste l'œuvre la plus universellement connue.

La révélation de Zorrilla comme figure littéraire survient dans des circonstances dramatiques. En 1837, il lit un poème lors des funérailles du journaliste et écrivain Larra, mort prématurément dans un accès de désespoir romantique. Cette lecture publique, dans un contexte chargé d'émotion, frappe les esprits et propulse le jeune poète sur le devant de la scène littéraire madrilène. À peine âgé de vingt ans, il est déjà reconnu comme une voix nouvelle, authentiquement espagnole, capable de capter l'esprit d'un peuple et d'une époque.

Tout au long de sa carrière, Zorrilla alimente de nombreuses revues et publications avec ses poèmes. On trouve ses textes dans El Artista dès 1835, puis dans El Español en 1840, dans La Risa, El Pasatiempo en 1845, dans El Museo Universal en 1866, dans La Ilustración Española y Americana entre 1877 et 1878, dans La Revista contemporanea en 1878, dans El Imparcial en 1880 et 1893, dans La Illustracion Iberica en 1883, dans El Ateneo et El Liberal en 1889. Il contribue également à la revue culturelle Museo de las Familias entre 1843 et 1870, allant jusqu'à y réaliser des illustrations en se faisant passer pour un artiste italien, anecdote révélatrice de son sens du jeu et de l'improvisation.

Sa production poétique est considérable et d'une grande diversité. Dans sa compilation consacrée à Zorrilla, publiée en 1925, le critique Narciso Alonso Cortés rassemble un très grand nombre de poèmes épars dans des publications souvent éphémères, que les anthologies classiques avaient négligés. Son analyse met en lumière, malgré quelques longueurs et maladresses propres à la prolificité, la très grande qualité de l'écriture de Zorrilla, sa tension rythmique et imaginative, sa capacité à incarner dans ses vers l'âme de son pays et de son siècle. La langue de Zorrilla est musicale, vibrante, portée par une sensibilité à fleur de peau que le romantisme espagnol a su cultiver avec une intensité particulière.

C'est néanmoins au théâtre que Zorrilla trouve son œuvre la plus durable. Don Juan Tenorio, pièce publiée en 1844, s'empare d'un personnage mythique de la littérature hispanique et lui insuffle une dimension nouvelle, à la fois plus sentimentale et plus chrétienne que les versions antérieures. Le Don Juan de Zorrilla est un séducteur impénitent qui trouve néanmoins le salut par l'amour de Doña Inés. Cette version romantique du mythe connaît un succès populaire extraordinaire, devenant une tradition nationale représentée chaque année en Espagne lors de la Toussaint, comme un rituel collectif réunissant des générations entières autour d'un même texte.

L'influence de Don Juan Tenorio déborde largement les frontières hispaniques. En 1908, le film Don Juan Tenorio, réalisé par Ricardo de Baños et Alberto Marro, en offre l'une des premières adaptations cinématographiques espagnoles, témoignant de la vitalité du mythe à l'heure du cinéma naissant. La pièce a depuis connu d'innombrables adaptations, traductions, mises en scène et réinterprétations, dans des contextes culturels très variés, confirmant la résonance universelle d'un personnage que Zorrilla a su hisser au rang des grandes figures littéraires mondiales.

La vie de Zorrilla est elle-même marquée par les errances et les retours. Il séjourne au Mexique pendant plusieurs années, fréquentant la cour de l'empereur Maximilien, avant de revenir en Espagne où il est accueilli comme un monument vivant des lettres nationales. En 1889, il reçoit la consécration suprême : il est couronné poète national à Grenade, dans un cérémonial solennel qui célèbre à la fois l'homme et son œuvre. Ce couronnement, tardif et d'une certaine manière pathétique puisque Zorrilla connaît alors des difficultés matérielles importantes, souligne la tension entre la gloire symbolique et la réalité souvent précaire de la vie d'artiste au XIXe siècle.

José Zorrilla meurt à Madrid le 23 janvier 1893, quelques semaines avant son soixante-seizième anniversaire. Son œuvre, inscrite dans la mémoire collective espagnole avec une profondeur que peu d'auteurs ont atteinte, continue d'être lue, jouée et célébrée. Don Juan Tenorio reste, plus d'un siècle et demi après sa création, l'une des pièces les plus représentées du répertoire hispanophone, un héritage vivant qui témoigne de la puissance d'une écriture capable de traverser le temps et de toucher des générations de lecteurs et de spectateurs.

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