Le 21 avril 1651, dans le village de Benaulim, en Goa, territoire de la côte indienne alors sous domination portugaise, naissait Joseph Vaz, troisième des six enfants d'une famille brahmane de langue konkani. Nul ne pouvait alors imaginer que cet enfant issu d'une famille chrétienne de haute caste allait devenir l'une des figures les plus remarquables de l'histoire du catholicisme en Asie, finalement canonisé par le pape François lui-même en 2015, après une vie consacrée à soutenir des communautés de croyants persécutés au péril de sa vie.
L'éducation de Joseph Vaz fut à la fois rigoureuse et ouverte. Il apprit le portugais et le latin avant de poursuivre ses études au collège Saint-Paul des jésuites et à l'Académie Saint-Thoma des Dominicains, deux établissements de premier rang à Goa. Ordonné prêtre dans le clergé séculier, il fonda en 1684 l'Oratoire de Saint-Philippe Néri à Goa, institution inspirée par le modèle de Philippe Néri à Rome et destinée à former des prêtres dévoués au service pastoral.
La situation à Ceylan, l'actuel Sri Lanka, rendait sa vocation missionnaire particulièrement urgente. En 1658, les Néerlandais avaient pris le contrôle de l'île en chassant les Portugais lors de la chute du fort de Jaffna. Le calvinisme devint la religion officielle de la colonie hollandaise, tous les prêtres catholiques furent expulsés et la pratique du catholicisme fut repoussée dans la clandestinité. Des milliers de catholiques se retrouvèrent sans prêtres, sans sacrements, sans soutien spirituel, vivant dans la peur et l'isolement.
Joseph Vaz se porta volontaire pour aller au secours de ces communautés abandonnées. Avant de recevoir la permission de partir, il fut d'abord envoyé en mission dans la région de Kannara, dans le sud de l'Inde. À son retour à Goa en 1684, il obtint finalement l'autorisation de se rendre à Ceylan en 1686. Pour entrer dans l'île contrôlée par les Néerlandais, il dut ruser : en 1687, il se déguisa en mendiant et pénétra à Ceylan par le port de Jaffna.
Les premières années furent celles d'un nomadisme clandestin et épuisant. Vaz parcourut l'île en visitant de petites communautés catholiques dispersées, sans résidence fixe, sans ressources, toujours menacé d'arrestation. En 1689, il trouva un temps de répit à Sillalai, au nord-ouest de Jaffna, où une communauté catholique plus importante lui permit d'administrer les sacrements et de célébrer l'eucharistie. Mais il ne pouvait jamais s'attarder longtemps sans risquer d'être dénoncé. En 1690, on le signalait à Puttalam, où il séjourna environ un an.
En 1692, Vaz prit la décision stratégique de s'établir à Kandy, capitale d'un royaume indépendant au cœur de l'île, hors de la juridiction néerlandaise directe. Cette ville devint sa base d'opérations permanente. Au début, il fut soupçonné d'être un espion portugais, mais son attitude humble, son refus de tout confort et son désir sincère d'apprendre la langue locale, le sinhala, lui gagnèrent progressivement la confiance et le respect de la population.
Un événement extraordinaire allait changer son statut. Lors d'une période de sécheresse sévère, Joseph Vaz intercéda par la prière pour obtenir la pluie, là où les moines bouddhistes avaient échoué. Selon la tradition, la pluie tomba effectivement après ses prières, ce qui lui valut immédiatement la faveur du roi Vimaladharmasuriya II. En 1696, ce monarque lui accorda le droit de prêcher le christianisme dans l'ensemble du royaume, une protection royale qui lui ouvrit des possibilités inédites.
Armé de cette protection royale, Vaz put désormais circuler plus librement, même dans les zones sous contrôle néerlandais. En 1697, il retrouva à Colombo trois collègues de l'Oratoire venus l'épauler dans sa mission. Il apprit également qu'il avait été nommé par l'évêque de Cochin « Vicaire général à Ceylan », une reconnaissance officielle de son rôle d'organisateur de l'Église clandestine. Lorsqu'une épidémie de petite vérole frappa Kandy, les soins que Vaz et ses compagnons prodigèrent aux malades sans distinction de religion impressionnèrent profondément le roi, qui leur accorda une liberté d'action encore plus grande.
Comme vicaire général, Vaz construisit une structure ecclésiastique clandestine pour les catholiques sous domination néerlandaise, érigea une nouvelle église à Kandy et traduisit des textes religieux du portugais en sinhala à la demande du roi. Lorsque de nouveaux missionnaires arrivèrent en 1705, il organisa la petite église en huit districts, chacun confié à un prêtre, et mit en place un programme de littérature catholique comparable à celui que proposaient les bouddhistes.
Joseph Vaz mourut à Kandy le 16 janvier 1711, épuisé par des décennies de vie clandestine et d'apostolat intense, à l'âge de cinquante-neuf ans. Il avait consacré toute sa vie à soutenir des hommes et des femmes qui, sans lui, auraient peut-être perdu leur foi. Sa béatification à Colombo le 21 janvier 1995 par Jean-Paul II lors d'une visite pastorale au Sri Lanka, puis sa canonisation le 14 janvier 2015 par le pape François dans la même ville, consacrèrent une sainteté que ses contemporains avaient reconnue depuis longtemps. L'Église le commémore liturgiquement le 16 janvier, jour anniversaire de sa mort.