John Joseph Lydon, connu du monde entier sous son nom de scène Johnny Rotten, est né le 31 janvier 1956 à Londres. Fils d'immigrants irlandais catholiques, John Christopher Lydon et Eileen née Barry, il grandit dans une cité à Finsbury Park, quartier alors mal famé du nord de Londres, juste en face du stade de Highbury où jouait Arsenal, club de football dont il devint un supporter inconditionnel dès son plus jeune âge. Son enfance fut marquée par la promiscuité et la pauvreté, dans un logement exigu qu'il partageait avec ses trois frères cadets, voisin d'une boutique désaffectée occupée par un clochard.
À l'âge de sept ans, le petit John contracta une méningite qui le plongea dans un coma intermittent pendant trois mois, effaçant en grande partie sa mémoire. Les séquelles de cette maladie et des ponctions lombaires qui s'ensuivirent furent durables : une cambrure permanente de la colonne vertébrale et une atteinte visuelle qui explique le regard si particulier, légèrement fixe, qui allait devenir l'une des marques distinctives du personnage. Ces épreuves de jeunesse forgèrent une personnalité rebelle et imperméable à l'autorité, nourrie d'une méfiance profonde envers les institutions.
Après que son père l'eut mis à la porte, Lydon entama une existence de squatteur dans des maisons abandonnées, fréquentant notamment John Simon Ritchie, qui allait plus tard devenir célèbre sous le nom de Sid Vicious. Il occupa divers petits emplois, travaillant entre autres sur des chantiers de construction avec son père comme dératiseur, et dans des centres de loisirs pour enfants. Cette expérience du monde ouvrier et des marges sociales nourrissait un sens de la révolte qui cherchait à s'exprimer.
Les influences musicales du jeune Lydon étaient étrangement éclectiques pour quelqu'un qui allait devenir le chantre du punk. Il écoutait T. Rex, Can, Faces, Big Youth, Alice Cooper ou Captain Beefheart. Il reconnut lui-même s'être fortement inspiré du chanteur Peter Hammill, notamment de ses morceaux Nadir's big chance et Birthday special sortis en 1975, une filiation qui tranchait singulièrement avec l'image primitiviste que le punk allait cultiver. Cette culture musicale étendue gênait d'ailleurs Malcolm McLaren, qui la trouvait incompatible avec l'image rock brute qu'il cherchait à construire.
C'est en 1975, en traînant sur King's Road devant la boutique SEX de Malcolm McLaren et de sa compagne Vivienne Westwood, que Lydon fut repéré par Bernard Rhodes, l'associé de McLaren. Ce dernier, revenant d'une tournée aux États-Unis avec The New York Dolls, cherchait un chanteur pour un groupe en formation composé de Steve Jones, Glen Matlock et Paul Cook, qui s'appelait les Sex Pistols. McLaren fut immédiatement frappé par le look déguenillé de Lydon, notamment ses cheveux verts et son tee-shirt Pink Floyd sur lequel les mots I hate, je déteste, avaient été gribouillés au feutre au-dessus du logo du groupe. Après une audition improvisée où il parodia Alice Cooper en chantant Eighteen sur un juke-box, Lydon fut retenu. Il reçut le nom de scène Johnny Rotten, Johnny le Pourri, en référence à l'état deplorable de ses dents.
Les Sex Pistols, formés fin 1975, devinrent le groupe emblématique du punk britannique, incarnant la colère d'une jeunesse désœuvrée et désabusée dans l'Angleterre de la fin des années 1970. En 1977, la sortie de God Save the Queen pendant la semaine du jubilé d'argent de la reine Élisabeth II fit scandale : la chanson devint un succès, mais sa virulence antimonarchique valut à Lydon d'être attaqué dans la rue par un groupe de personnes en colère. Il reçut un coup de couteau à la main gauche et à la jambe, et fut blessé à l'œil par une bouteille de bière.
Les tensions internes du groupe ne cessèrent de croître. Lydon se heurtait notamment au bassiste Glen Matlock, qu'il trouvait trop sage et trop mélodique, trop influencé par les Beatles. Matlock fut remplacé par Sid Vicious, l'ancien compagnon de squats de Lydon. Le groupe explosa finalement en 1978 lors d'une tournée aux États-Unis.
Après la dissolution des Sex Pistols, Lydon, retrouvant son vrai nom, fonda Public Image Limited, connu sous le sigle PiL, en 1978. Ce nouveau projet révéla un musicien bien plus sophistiqué et expérimental que ne le laissait supposer son travail punk. Son intérêt pour la musique dub, ses collaborations avec des artistes comme Afrika Bambaataa et Leftfield illustrèrent une curiosité musicale sans frontières et une volonté de se réinventer constamment. Johnny Rotten le provocateur avait cédé la place à John Lydon le musicien éclectique, dont l'influence sur des décennies de musique rock et alternative allait se révéler considérable et durable.


