Alexander Wurz est l'un de ces hommes dont la carrière sportive défie les catégories. Né le 15 février 1974 à Waidhofen an der Thaya, en Autriche, il grandit dans un environnement profondément marqué par la compétition automobile : son père, Franz Wurz, fut champion d'Europe de rallycross en 1974, 1976 et 1982 au volant d'une Audi. Pourtant, avant de se tourner vers les quatre roues, le jeune Alexander choisit le guidon. Champion du monde de BMX en 1986, il révèle très tôt une aptitude exceptionnelle pour les sports mécaniques, quelle qu'en soit la forme.
Ce n'est qu'en 1989 qu'Alexander Wurz entame véritablement sa trajectoire en sport automobile, débutant en karting et terminant vice-champion d'Autriche dès sa première saison. La progression est rapide et méthodique. En 1990, il s'engage dans le championnat Middle East et conclut à la quatrième place. En 1991, il passe à la Formule Ford, s'alignant simultanément sur les championnats autrichien et européen, dont il ramène la deuxième place dans les deux cas. L'année suivante, il pousse encore plus loin l'exercice en combinant les championnats allemand, autrichien et néo-zélandais, remportant les trois titres et s'imposant comme triple champion de la discipline.
Fort de ce palmarès impressionnant, Wurz accède à la Formule 3 autrichienne en 1993, terminant à la deuxième place. En 1994, il se retrouve à nouveau vice-champion derrière Müller, dans une lutte acharnée qui l'oppose notamment à Ralf Schumacher et à Norberto Fontana. Ces performances lui valent en 1996 un volant au sein de l'écurie Joest Racing, d'abord dans le championnat ITC au volant d'une Opel Calibra, puis surtout aux 24 Heures du Mans, où il s'aligne aux côtés de Manuel Reuter et de Davy Jones sur une TWR-Porsche WSC-95. À seulement 22 ans, Alexander Wurz remporte la course mythique de La Sarthe, devenant ainsi le plus jeune vainqueur de l'épreuve, un record qu'il conservera longtemps.
En 1997, parallèlement à ses engagements en endurance, Wurz devient pilote essayeur de l'écurie Benetton-Renault en Formule 1. Il dispute également le championnat FIA GT en tant que coéquipier de Bernd Schneider sur une Mercedes-Benz CLK-GTR, décrochant une victoire à Donington et montant à deux autres reprises sur le podium. La vraie rupture intervient en juin 1997 lorsque le pilote titulaire Gerhard Berger, victime d'une maladie, est contraint de s'absenter. Flavio Briatore fait alors appel à Wurz pour une pige de trois courses. Dès sa troisième participation, au Grand Prix de Grande-Bretagne, l'Autrichien termine troisième et convainc l'équipe de le titulariser pour la saison 1998.
Sa première saison complète en Formule 1 est pleine de promesses. Au volant de la Benetton B198, Wurz enchaîne les points : quatrième au Brésil, en Argentine, en Espagne, au Canada et en Grande-Bretagne, cinquième en France. Il réalise le meilleur tour en course en Argentine et s'illustre particulièrement à Monaco, où il livre un duel spectaculaire à Michael Schumacher pour la troisième place, avant qu'une collision ne mette fin aux espoirs des deux hommes. La seconde partie de saison est plus difficile, mais Wurz consolide sa réputation de pilote propre et régulier.
Sa carrière en Formule 1 se poursuit jusqu'en 2007, une grande partie de ces années étant consacrée au rôle de pilote-essayeur et réserviste chez McLaren, de 2001 à 2005, avant de rejoindre Williams pour ses deux dernières saisons. Ses trois meilleurs résultats en Grand Prix sont des troisièmes places, obtenus dans des conditions souvent délicates. Ses années chez McLaren, connue pour sa discipline de fer, l'obligent d'ailleurs à abandonner une de ses superstitions les plus célèbres : celle de piloter avec deux chaussures de course de couleurs différentes. Une habitude qu'il reprend ensuite chez Peugeot, avec une certaine délectation.
En dehors du cockpit, Alexander Wurz se distingue également par son engagement associatif. En marge du Grand Prix du Japon 2014, il est élu président du Grand Prix Drivers' Association, l'association des pilotes de Formule 1, succédant à Pedro de la Rosa qui avait exprimé le souhait de quitter cette fonction depuis plusieurs mois. Depuis 2010, il intervient également en tant qu'assistant des commissaires de course lors de plusieurs Grands Prix, apportant son expertise à la gestion sportive des épreuves.
Le couronnement tardif de sa carrière en endurance arrive en 2009, lorsque Wurz remporte une seconde fois les 24 Heures du Mans, treize ans après sa première victoire. Cette double consécration à La Sarthe, de part et d'autre d'une longue carrière en Formule 1, illustre la polyvalence et la longévité d'un pilote capable de s'adapter à des disciplines très différentes, de la monoplace à l'endurance.
Alexander Wurz prend sa retraite sportive à l'issue de la saison 2015, laissant derrière lui un bilan qui va bien au-delà des seuls résultats en Grand Prix. Sa carrière, commencée sur un vélo de BMX et portée par la rigueur d'un enfant de champion, incarne une forme de passion sportive totale, sans frontière entre les disciplines. Il reste aujourd'hui l'une des figures emblématiques du sport automobile autrichien, reconnu autant pour ses qualités de pilote que pour son rôle d'ambassadeur de la sécurité en compétition.

