Cleveland est une ville portuaire du Midwest américain, située sur la rive sud du lac Érié, dans l'État de l'Ohio. Surnommée tour à tour « la ville-forêt » pour ses espaces verts, « la côte nord américaine » pour sa position sur les Grands Lacs, ou encore « C-Town » par ses habitants, elle a connu une trajectoire historique qui illustre parfaitement les grands cycles de l'industrialisation et de la désindustrialisation qui ont marqué le cœur des États-Unis.
L'histoire de Cleveland commence en mai 1796, lorsque le général Moses Cleaveland — ancien combattant de la guerre d'Indépendance né en 1754 et mort en 1806 — fut approché par les administrateurs de la Connecticut Land Company, société dont il était lui-même actionnaire. Sa mission consistait à diriger une expédition chargée d'évaluer les terres que la compagnie souhaitait acquérir et d'entamer des négociations avec les populations amérindiennes qui les occupaient. Il rassembla une troupe d'une cinquantaine de personnes, comprenant six topographes, un médecin, un aumônier, un batelier, trente-sept employés, quelques émigrés et deux femmes accompagnant leurs époux.
L'expédition quitta Schenectady, dans l'État de New York, en juin 1796. À Buffalo, une délégation de la nation Mohawk et de la tribu des Seneca tenta de bloquer leur progression, faisant valoir leurs droits sur le territoire de la Western Reserve. Après négociation, les Amérindiens acceptèrent de renoncer à leurs droits en échange de marchandises d'une valeur de mille deux cents dollars — un accord qui, comme tant d'autres de l'époque, reflétait davantage le rapport de force que l'équité.
Le général Cleaveland accosta à l'embouchure de la rivière Cuyahoga le 22 juillet 1796. Se trouvant face à une plaine recouverte d'une forêt luxuriante, il jugea immédiatement cet emplacement idéal pour l'établissement d'une ville. Cleveland fut donc fondée ce jour-là, et les membres de l'expédition donnèrent à l'endroit le nom de leur chef. Cleaveland supervisa les plans du centre-ville futur, organisé autour de Public Square, avant de retourner définitivement chez lui. Il ne revint plus jamais en Ohio.
La petite ville connut une croissance très lente dans ses premières décennies. Le premier colon permanent, Lorenzo Carter, y construisit une cabane sur les rives de la rivière Cuyahoga. La première année, la localité ne comptait que quatre habitants, en partie à cause de l'insalubrité d'une zone marécageuse sujette aux maladies. Le hameau ne fut officiellement constitué en village que le 23 décembre 1814, et sa population n'atteignit les cent cinquante habitants qu'en 1820.
Un détail pittoresque marque l'histoire du nom de la ville : en 1831, le journal local, le Cleveland Advertiser, supprima le premier « a » du nom « Cleaveland » parce que ce mot était trop long pour tenir dans la largeur d'une colonne de une. La ville prit ainsi définitivement son orthographe actuelle, abandonnant la graphie originale en l'honneur de son fondateur.
Ce qui transforma radicalement le destin de Cleveland fut la construction du canal Ohio-Érié en 1832. Cet ouvrage hydraulique fit de la ville un nœud de communication incontournable entre la rivière Ohio et les Grands Lacs, notamment pour le transport du minerai de fer depuis le Minnesota. Grâce à cette position stratégique au carrefour des voies navigables intérieures, Cleveland devint rapidement un centre industriel majeur. L'industrie sidérurgique, la chimie et la fabrication mécanique s'y développèrent à une vitesse remarquable tout au long du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.
La seconde moitié du XXe siècle fut plus difficile. Comme de nombreuses villes industrielles du Midwest américain, Cleveland fut durement touchée par la désindustrialisation, le départ des entreprises manufacturières et l'exode d'une partie de sa population vers les banlieues et d'autres régions. La ville chercha à se reconvertir dans les services financiers et les assurances, avec des succès mitigés. Selon le recensement de 2020, elle comptait trois cent soixante-douze mille six cent vingt-quatre habitants, ce qui en faisait la deuxième ville de l'Ohio après Columbus, sa capitale.
Malgré ces difficultés économiques, Cleveland a su préserver et développer une offre culturelle remarquable, rendue possible par le mécénat de ses riches citoyens. Le Cleveland Museum of Art, le Rock and Roll Hall of Fame — dont la présence dans la ville est liée à l'importance historique de la radio locale dans la diffusion du rock and roll —, le Progressive Field, le Playhouse Square Center et le Cleveland Metroparks Zoo constituent autant d'atouts qui font de la ville une destination touristique et culturelle d'importance dans la région des Grands Lacs. L'agglomération Cleveland-Elyria-Mentor regroupait plus de deux millions de personnes en 2020, confirmant le rayonnement métropolitain d'une cité qui, malgré ses épreuves, continue d'écrire son histoire.

