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Kaspar Hauser

Célèbre orphelin allemand aux origines mystérieuses

7 min01/01/2024
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Le lundi de Pentecôte du 26 mai 1828, dans les rues de Nuremberg en Bavière, deux artisans sortant d'une taverne firent une rencontre qui allait bouleverser l'Europe entière. Le cordonnier Weissman et le maître bottier Beck virent s'avancer vers eux, depuis la rue de la Fosse-des-Ours, un adolescent épuisé, titubant, gesticulant et émettant des sons incompréhensibles. L'inconnu tenait à la main une lettre adressée au commandant en chef du quatrième escadron du sixième régiment de chevau-légers, le capitaine von Wessnich. C'est ainsi qu'entrait dans l'histoire le mystérieux Kaspar Hauser.

Les deux artisans conduisirent le jeune homme au poste de garde du régiment, et finalement jusqu'au domicile du capitaine von Wessnich. Ce dernier découvrit que la lettre était accompagnée d'un second billet. Le premier document, rédigé en lettres gothiques, prétendait être écrit par l'homme qui avait élevé Kaspar depuis le 7 octobre 1812 : il se décrivait comme un pauvre journalier, père de dix enfants, à qui la mère de l'enfant avait confié ce dernier pour son éducation. Le second billet, en lettres romaines, précisait la date de naissance du jeune homme, le 30 avril 1812, et demandait qu'on l'envoie au sixième régiment de la ville quand il aurait atteint ses dix-sept ans.

Cependant, l'officier remarqua rapidement que les deux billets avaient été rédigés de la même main, sur le même papier et avec la même encre. Suspecté d'être victime d'une mise en scène, Kaspar fut placé en détention. Ses capacités de communication se limitaient alors à quelques mots : il répétait « Cavalier veux comme père était », savait écrire son nom et se tenait avec une certaine correction. Son geôlier, Andreas Hiltel, convaincu de sa sincérité, finit par le recueillir dans son logement de fonction.

C'est le bourgmestre de Nuremberg, Jakob Friedrich Binder, qui parvint à établir un premier contact verbal avec le jeune homme et à recueillir son témoignage. Kaspar lui révéla qu'il avait passé son enfance enfermé dans un réduit sombre, dormant sur la terre battue ou la paille, sans jamais voir personne. Un homme vêtu de noir lui avait rendu visite de temps en temps, lui apprenant à marcher et à écrire son nom. Finalement, cet homme l'avait conduit aux abords de Nuremberg et l'y avait abandonné avec ses deux billets mystérieux. Binder conclut que Kaspar avait été délibérément caché parce qu'il était l'enfant illégitime ou gênant d'une grande famille.

L'histoire se répandit rapidement dans la presse européenne, qui surnomma Kaspar « l'orphelin de l'Europe ». Les journaux se saisirent de l'affaire avec avidité, alimentant les rumeurs sur les origines nobles supposées de l'adolescent. Son allure distinguée et les traits de son visage inspirèrent des spéculations de plus en plus élaborées. Pour assurer son éducation, Binder confia Kaspar au professeur et philosophe Georg Friedrich Daumer, qui l'hébergea et lui enseigna à lire, à écrire et à jouer du clavecin.

Des rumeurs persistantes circulèrent autour de la thèse selon laquelle Kaspar serait le fils légitime du grand-duc Charles II de Bade et de son épouse Stéphanie de Beauharnais, nièce adoptive de Napoléon Bonaparte. Selon cette hypothèse, le prince héritier, né en 1812, aurait été déclaré mort deux semaines après sa naissance dans des conditions suspectes, victime d'une substitution orchestrée par la famille morganatique du duc afin de s'emparer du Grand-duché de Bade. Cette théorie, qui faisait de Kaspar un prétendant potentiel à un trône, n'a jamais été définitivement prouvée ni réfutée, mais elle contribua durablement à sa légende.

Le destin de Kaspar Hauser prit une tournure dramatique le 17 octobre 1829, lorsqu'il fut victime d'une agression. Un homme inconnu le blessa au front dans des circonstances obscures. Cet attentat relança immédiatement toutes les théories sur ses origines royales supposées : si quelqu'un cherchait à le tuer, cela ne confirmait-il pas qu'il représentait une menace pour de puissants intérêts dynastiques ? L'enquête n'aboutit pas, et le mystère s'épaissit davantage.

La fin de Kaspar Hauser fut à la hauteur de l'énigme qu'avait été toute sa vie. Le 17 décembre 1833, il fut retrouvé gravement blessé dans un parc à Ansbach, victime d'un coup de couteau porté par un inconnu qui lui avait fixé un rendez-vous. Il mourut de ses blessures, laissant derrière lui une note indéchiffrable et une série de questions sans réponse. Sa date de naissance supposée, le 30 avril 1812, correspondrait à la naissance du prince héritier de Bade, coïncidence troublante qui alimenta encore davantage les spéculations.

L'affaire Kaspar Hauser fascina et continue de fasciner les historiens, les criminologues et les artistes. Le poète Paul Verlaine fut parmi les écrivains qui s'intéressèrent à son cas, allant jusqu'à traduire son prénom en Gaspard. Des analyses génétiques réalisées sur des échantillons d'ADN supposément liés à Kaspar ont donné des résultats contradictoires selon les études, maintenant ouverte la question de ses origines royales. Qu'il ait été un fils de prince ou un simple imposteur, son histoire incarne l'une des plus grandes énigmes de l'Europe du XIXe siècle, un destin suspendu entre la lumière et l'ombre, entre l'identité et le mystère.

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