Glenda May Jackson naquit le 9 mai 1936 à Birkenhead, dans le Wirral au comté du Cheshire, dans une famille ouvrière modeste. Son père était maçon, sa mère femme de ménage. Rien ne prédestinait cette enfant de la classe laborieuse anglaise à devenir l'une des actrices les plus primées de sa génération, puis une femme politique respectée pendant plus de deux décennies. Sa vie fut pourtant exactement cela : un parcours d'exception forgé par l'ambition, le travail et une personnalité trempée dans l'acier.
Après avoir quitté l'école à seize ans, elle commença à travailler comme préparatrice en pharmacie, mais l'appel du théâtre fut plus fort. Elle rejoignit une troupe de comédiens amateurs, avant d'intégrer deux ans plus tard la Royal Academy of Dramatic Art, l'une des institutions de formation les plus prestigieuses du Royaume-Uni. Après l'obtention de son diplôme, elle travailla dans le théâtre de répertoire, cumulant les fonctions d'actrice et de régisseur, apprenant le métier dans ses moindres détails.
Ses débuts sur scène remontent à 1957, dans Separate Tables de Terence Rattigan. Mais c'est la rencontre avec le metteur en scène Peter Brook qui transforma sa carrière. Il la dirigea dans son cycle de spectacles liés au théâtre de la cruauté, une approche radicale et viscérale de la mise en scène développée par Antonin Artaud. En 1964, elle triompha dans le rôle de Charlotte Corday dans la pièce de Peter Weiss, Marat-Sade, une performance qui lui valut une reconnaissance internationale immédiate.
Sa transition vers le cinéma se fit naturellement. Elle avait déjà fait ses premiers pas devant la caméra dans Le Prix d'un homme de Lindsay Anderson, puis retrouva Brook sur deux adaptations cinématographiques. C'est cependant avec le cinéaste Ken Russell qu'elle atteignit le sommet de la célébrité internationale. Dans Women in Love, adaptation du roman de D. H. Lawrence, elle incarna Gudrun Brangwen, l'artiste-sculptrice émancipée et complexe, aux côtés d'Oliver Reed et d'Alan Bates. Cette performance lui valut son premier Oscar de la meilleure actrice en 1971, une récompense qui consacra son talent au niveau mondial.
La même année, elle retrouva Russell dans La Symphonie pathétique, où elle interprétait Antonina Milioukova, l'épouse nymphomane du compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovski, joué par Richard Chamberlain. Sa capacité à incarner des femmes complexes, tourmentées et libres fit d'elle l'actrice de choix pour des rôles exigeants. Elle travailla ensuite avec John Schlesinger dans Un dimanche comme les autres, partagea l'écran avec Michael Caine sous la direction de Joseph Losey dans Une Anglaise romantique, et collabora à deux reprises avec Robert Altman.
Sa filmographie témoigne d'une éclectique et d'une audace artistique constantes. Elle affronta Vanessa Redgrave dans Marie Stuart, reine d'Écosse, s'imposa face à Susannah York dans l'adaptation de la pièce de Jean Genet Les Bonnes, et confirma ses talents comiques dans A Touch of Class de Melvin Frank, en 1973, pour lequel elle remporta un deuxième Oscar de la meilleure actrice. Cette capacité à traverser les genres, du drame le plus sombre à la comédie la plus enlevée, fit d'elle une actrice véritablement singulière dans le paysage cinématographique des années 1970.
Au début de cette même décennie, elle apparut dans quelques sketches de l'émission télévisée de Morecambe and Wise pour la BBC, montrant une veine comique que le public n'attendait pas d'une actrice aussi associée aux rôles dramatiques exigeants. Au cinéma, elle projetait l'image d'une femme intelligente, libertaire et aristocratique, souvent ironique et pince-sans-rire, mariant caractère affirmé, froideur et érotisme troublant dans une alchimie unique.
En 1978, elle fut faite commandeur de l'ordre de l'Empire britannique, reconnaissance officielle de sa contribution à la culture britannique. Mais c'est en 1992 qu'elle prit la décision la plus inattendue de sa vie : à cinquante-six ans, au sommet de sa réputation artistique, elle annonça l'arrêt de sa carrière d'actrice pour se lancer en politique. Candidate du Parti travailliste, elle fut élue députée à la Chambre des communes dans la circonscription de Hampstead et Highgate, débutant ainsi une carrière politique qui allait durer vingt-trois ans.
Pendant toute cette période, de 1992 à 2015, Jackson se distingua par son franc-parler et sa rigueur, défendant notamment des positions critiques à l'égard de la politique de Tony Blair sur la guerre en Irak. Après son départ du Parlement en 2015, elle reprit sa carrière théâtrale avec une vigueur remarquable, prouvant que son talent n'avait pas été altéré par ces décennies d'absence des planches. Elle s'éteignit le 15 juin 2023 à Londres, à l'âge de quatre-vingt-sept ans, laissant un double héritage artistique et politique qui force l'admiration.

