Les Aztèques, également appelés Mexicas, sont l'un des peuples qui ont le plus profondément marqué l'imaginaire de l'histoire précolombienne des Amériques. Appartenant au groupe nahua et parlant le nahuatl, ils construisirent en quelques siècles à peine l'un des empires les plus puissants et les plus complexes de la Mésoamérique, avant d'être brutalement balayés par la conquête espagnole au début du XVIe siècle.
Les origines des Aztèques sont enveloppées de récits mythiques qui mêlent histoire et cosmogonie. Selon leurs propres traditions, ils seraient partis d'Aztlan, une cité légendaire dont l'emplacement exact reste debattu, et auraient migré pendant de nombreuses décennies à travers le Mexique central avant de s'établir sur une île du lac Texcoco, dans la vallée de Mexico. C'est là, vers le début du XIVe siècle, qu'ils fondèrent leur capitale, Mexico-Tenochtitlan, dont le nom donnera celui de leur future métropole. Cette installation sur une île marécageuse, a priori peu propice, fut transformée par leur génie technique en une cité florissante reliée au continent par des chaussées et alimentée par des jardins flottants, les chinampas.
Au début du XVIe siècle, les Aztèques et leurs alliés de la Triple Alliance avaient atteint un niveau de civilisation parmi les plus avancés d'Amérique. Leur empire dominait la plus grande partie de la Mésoamérique postclassique, avec un seul véritable rival : le royaume tarasque, à l'ouest. L'organisation politique de cet empire reposait sur un système de tributs que les peuples conquis devaient verser régulièrement à Mexico-Tenochtitlan, permettant à la capitale d'accumuler des richesses considérables et d'entretenir une classe dirigeante, des armées et des classes de prêtres et d'artisans spécialisés.
La société aztèque était profondément hiérarchisée. Au sommet se trouvait le tlatoani, le souverain suprême, entouré d'une aristocratie guerrière et sacerdotale. La religion occupait une place centrale dans tous les aspects de la vie aztèque. Les divinités du panthéon nahua, dont Huitzilopochtli, dieu solaire et tribal des Mexicas, et Quetzalcoatl, le serpent à plumes, exigeaient des sacrifices rituels destinés à maintenir l'ordre cosmique. Les grandes pyramides de Tenochtitlan, dont le Templo Mayor, servaient de cadre à ces cérémonies religieuses d'une grande solennité.
La culture aztèque se distinguait également par ses réalisations intellectuelles et artistiques. Les codex mésoaméricains, livres en papier d'amate sur lesquels les scribes aztèques consignaient leur histoire, leur calendrier et leurs connaissances religieuses, témoignent d'un système d'écriture pictographique sophistiqué. Les travaux de chroniqueurs comme le moine franciscain Bernardino de Sahagún, qui compila avec l'aide de collaborateurs aztèques le célèbre codex de Florence, ont permis de préserver une connaissance précieuse de cette civilisation après la conquête.
L'arrivée des conquistadors espagnols menés par Hernán Cortés en 1519 marqua le début de la fin pour l'Empire aztèque. Cortés bénéficia d'un avantage inattendu : de nombreux peuples soumis à la domination aztèque virent dans les Espagnols des alliés potentiels pour se libérer du joug de Tenochtitlan. La Tlaxcala, notamment, fournit des milliers de guerriers qui participèrent activement aux combats aux côtés des Espagnols. La supériorité technologique des conquistadors, avec leurs armes à feu, leurs chevaux et leurs armures de métal, joua également un rôle décisif dans les batailles.
La conquête se déroula sur plusieurs années. Après une première entrée pacifique dans la capitale, les tensions éclatèrent et les Espagnols furent contraints d'en fuir dans la nuit du 30 juin 1520, la Noche Triste. Cortés réorganisa ses forces, noua de nouvelles alliances et entreprit un siège méthodique de Tenochtitlan. Le 13 août 1521, après des semaines d'un siège dévastateur, les Espagnols aidés de leurs alliés autochtones remportèrent la victoire. Le dernier dirigeant aztèque, Cuauhtémoc, fut capturé, mettant officiellement fin à l'Empire aztèque.
Les conséquences de la conquête pour la population indigène furent catastrophiques. La guerre, les maladies importées d'Europe contre lesquelles les Amérindiens n'avaient aucune immunité, et les conditions brutales du système colonial provoquèrent un effondrement démographique d'une ampleur sans précédent. La civilisation aztèque s'accultira rapidement à l'époque coloniale, donnant naissance à un profond syncrétisme culturel et religieux qui caractérise encore le Mexique contemporain, dans lequel les héritages aztèques et espagnols se mêlent de manière indissociable.
Les fouilles archéologiques, en particulier celles du Templo Mayor de la ville de Mexico entreprises à la fin du XXe siècle, ont considérablement enrichi notre connaissance de cette civilisation. Les vestiges exhumés au coeur de la capitale mexicaine rappellent en permanence aux habitants de Mexico que leur ville est construite sur les ruines d'une grande métropole précolombienne. L'étude des codex mésoaméricains, des chroniques coloniales et des témoignages des conquistadors comme Bernal Díaz del Castillo continue de renouveler la compréhension que nous avons de cette civilisation fascinante.
Le terme "aztèque" lui-même est porteur d'une histoire complexe et débattue. Dans leur langue, les Mexicas se désignaient par ce nom, mais le terme "aztèque" a été utilisé de manière variable selon les époques et les contextes pour désigner des réalités différentes : les habitants d'Aztlan mythique, les Mexicas de Tenochtitlan, les membres de la Triple Alliance, ou plus largement les peuples du Mexique central précolombien. Cette ambiguïté terminologique reflète la complexité d'une civilisation dont l'étude continue de passionner les chercheurs du monde entier.
