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Bataille de l'Atlantique (1939-1945)

Ensemble des combats dans l'Atlantique nord, pendant la Seconde Guerre mondiale

6 min01/01/2024
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Lorsque Winston Churchill forge l'expression « bataille de l'Atlantique », il désigne bien plus qu'un ensemble de combats navals : il nomme une lutte existentielle, une guerre de survie menée sur des millions de kilomètres carrés d'océan déchaîné, dont l'issue allait conditionner le sort de la Seconde Guerre mondiale tout entière. Cette bataille, la plus longue du conflit, s'étend du 3 septembre 1939 au 8 mai 1945, couvrant l'intégralité de la durée de la guerre en Europe.

La domination de l'Atlantique nord constitue un enjeu stratégique d'une importance capitale. Le Royaume-Uni, île dépendante de ses approvisionnements extérieurs, importe en 1939 vingt-deux millions de tonnes de marchandises par voie maritime. Ces importations comprennent des denrées alimentaires, de la laine, du coton, du pétrole et ses dérivés, autant de ressources sans lesquelles la machine de guerre britannique ne peut fonctionner. L'Allemagne nazie l'a parfaitement compris : couper ces lignes d'approvisionnement, c'est étrangler l'Angleterre et la forcer à capituler.

Pour réaliser ce blocus, l'Allemagne dispose d'une arme redoutable : les sous-marins, ou U-Boote. Le traité de Versailles de 1919 avait pourtant interdit à l'Allemagne d'en posséder, mais l'accord naval bilatéral signé entre Berlin et Londres en 1935 avait assoupli ces restrictions, autorisant l'Allemagne à construire jusqu'à quarante-cinq pour cent du tonnage sous-marin de la Royal Navy. Dès le début du conflit, l'amiral Karl Dönitz engage ses U-Boote dans une guerre sous-marine d'une intensité inédite.

Les convois alliés qui traversent l'Atlantique doivent parcourir des distances considérables dans des conditions souvent extrêmes. Un convoi partant de New York pour Liverpool couvre trois mille quarante-trois milles marins, soit une traversée de quatorze à dix-neuf jours de mer. Les conditions météorologiques de l'Atlantique nord, soumis à l'oscillation nord-atlantique, sont fréquemment difficiles, avec des dépressions successives qui provoquent des tempêtes violentes. La corvette britannique HMS Pink a ainsi rapporté des vagues atteignant quarante à cinquante pieds lors d'une traversée en décembre 1942.

Après la chute de la France en 1940, la situation du Royaume-Uni devient particulièrement critique. Seule face à l'Allemagne nazie en Europe occidentale, la Grande-Bretagne doit compter quasi exclusivement sur ses importations maritimes pour nourrir sa population et alimenter son effort de guerre. Les importations alimentaires commencent à décliner, passant de vingt-deux millions à quinze, puis à onze millions de tonnes, sous l'effet conjugué des pertes de navires et des restrictions imposées par la guerre sous-marine allemande.

Les U-Boote opèrent avec une efficacité redoutable, notamment lors de ce que les sous-mariniers allemands nomment la « période heureuse », entre 1940 et 1942, où les pertes alliées atteignent des niveaux catastrophiques. Les tactiques de meutes de loups, consistant à coordonner des groupes de plusieurs sous-marins pour attaquer simultanément les convois, permettent à la Kriegsmarine de couler des dizaines de navires en quelques nuits. La situation devient alarmante pour les Alliés, qui peinent à protéger leurs précieux convois.

Mais la bataille de l'Atlantique n'est pas que sous-marine. Elle donne également lieu à des affrontements entre navires de surface, des raids de corsaires comme le cuirassé Bismarck ou les croiseurs de poche, qui menacent les lignes de communication alliées. Elle est aussi le théâtre d'une intense course technologique, avec le développement du radar, de l'asdic pour la détection des sous-marins, des charges de profondeur améliorées et des nouvelles techniques de décodage des communications ennemies, notamment grâce au projet Ultra à Bletchley Park.

L'entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941 modifie profondément les enjeux. Il ne s'agit plus seulement de ravitailler le Royaume-Uni, mais aussi d'acheminer des troupes et du matériel américains en Europe pour préparer l'invasion du continent. Le transit de ce corps expéditionnaire devient une priorité absolue, et les Alliés redoublent d'efforts pour neutraliser la menace des U-Boote. Les zones de combat s'étendent, touchant parfois l'Arctique, l'Atlantique sud, la Méditerranée et même l'océan Indien.

Le tournant décisif de la bataille de l'Atlantique intervient au printemps 1943, lorsque les Alliés parviennent enfin à prendre le dessus grâce à une combinaison de facteurs : le perfectionnement des techniques de détection, l'augmentation du nombre d'escorteurs et d'avions à long rayon d'action, et le déchiffrement systématique des communications des U-Boote. En mai 1943, les pertes allemandes en sous-marins deviennent insoutenables, et Dönitz est contraint de retirer temporairement ses U-Boote de l'Atlantique nord, reconnaissant implicitement la perte de l'initiative.

La bataille de l'Atlantique s'achève avec la capitulation allemande le 8 mai 1945. Son bilan est vertigineux : des milliers de navires alliés coulés, des centaines de milliers de marins et de civils perdus en mer, et de l'autre côté, la quasi-totalité des sous-mariniers allemands engagés dans le conflit. Cette bataille titanesque, menée dans les profondeurs glacées de l'océan et sous les vagues déchainées par les tempêtes hivernales, reste l'une des pages les plus dramatiques et les plus déterminantes de la Seconde Guerre mondiale.

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