L'année 1967 est une année commune qui commence un dimanche, et elle représente l'un des moments les plus denses de la guerre froide, une époque où les nations du monde tentent de réguler leurs relations par des traités internationaux tandis que les conflits régionaux se multiplient sur tous les continents, de l'Afrique à la péninsule arabique en passant par l'Asie.
Sur le plan diplomatique international, l'année débute par une avancée majeure pour la sécurité de l'espace extraatmosphérique. Le 27 janvier, un accord international sur l'espace est signé, texte qui entrera en vigueur le 10 octobre de la même année sous forme de traité. Ce texte fondateur établit les principes régissant l'exploration et l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, interdisant notamment son militarisation et affirmant qu'il ne peut être approprié par aucune nation souveraine.
Le 18 mars, le naufrage du pétrolier Torrey Canyon au large des côtes britanniques constitue le premier grand accident pétrolier de l'histoire. Le désastre écologique qui s'ensuit, les milliers de tonnes de brut déversées dans l'océan, les plages souillées et la faune marine décimée, prend le monde de cours et révèle pour la première fois l'ampleur des risques environnementaux liés au transport maritime d'hydrocarbures. Ce naufrage est l'acte fondateur de la prise de conscience écologique moderne.
En mai 1967, s'achève le Kennedy Round, cycle de négociations commerciales multilatérales mené dans le cadre du GATT, Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce. Cinquante nations représentant quatre-vingt pour cent du commerce mondial parviennent à un accord dans la nuit du 15 mai. L'acte final est signé le 30 juin à Genève par quarante-six pays. Cet accord prévoit une baisse des tarifs douaniers de trente-six à trente-neuf pour cent sur certains produits industriels, représentant une avancée significative vers la libéralisation des échanges commerciaux internationaux.
L'Afrique est le théâtre de nombreux bouleversements politiques en 1967. Le 13 janvier, au Togo, le colonel Gnassingbé Eyadema s'empare du pouvoir par un coup d'État militaire, inaugurant un régime qui durera plusieurs décennies. Le 5 février, en Tanzanie, Julius Nyerere lance la Déclaration d'Arusha, programme de développement agricole fondé sur le concept de villagisation qui préconise une organisation socialiste des communautés rurales. Entre 1970 et 1979, le nombre de villages tanzaniens passe de 1 200 villages abritant cinq cent mille habitants à 8 216 villages regroupant plus de treize millions neuf cent cinq mille habitants.
Le 17 mars, en Sierra Leone, le All People's Congress de Siaka Stevens remporte les premières élections générales du pays. Mais quatre jours plus tard seulement, le 21 mars, le brigadier David Lansana réalise un coup d'État militaire qui est lui-même renversé le 23 mars par un contre-coup mené par le National Reformation Council. Cette instabilité politique préfigure les turbulences qui marqueront la Sierra Leone pendant des décennies.
Au Gabon, le 19 mars, Léon Mba est réélu président. Sa mort le 28 novembre en France ouvre la voie à son vice-président Albert-Bernard Bongo, qui prendra le pouvoir et le conservera pendant plus de quarante ans. Le 21 avril, un événement d'une portée économique considérable se produit au Botswana : la découverte de diamants à Orapa, gisement qui allait faire du Botswana l'un des premiers producteurs mondiaux de diamants et transformer durablement son économie.
Le 17 avril, en République démocratique du Congo, Mobutu Sese Seko crée le Mouvement populaire de la révolution, parti unique, au moyen du manifeste de la N'sele promulgué le 20 mai. Cette institutionnalisation de la dictature à parti unique consolide le pouvoir de Mobutu pour les décennies suivantes.
L'un des événements les plus dramatiques de 1967 en Afrique est la tentative de sécession du Biafra. Le 26 mai, le général Yakubu Gowon, chef d'État du Nigeria, divise la fédération en douze États pour contrebalancer l'hégémonie du Nord et priver les Igbos du contrôle de la région orientale, la coupant ainsi de la mer et des champs pétrolifères. Le 30 mai, le général Ojukwu, à la tête du peuple Igbo, proclame la sécession de la République du Biafra. Ce conflit, l'un des plus meurtriers d'Afrique, va durer trente mois et provoquer une famine dévastatrice qui mobilisera l'opinion internationale.
Le Mali traverse lui aussi des difficultés économiques sévères en 1967. Le 5 mai, confronté à un déficit de sept milliards cinq cents millions de francs maliens dans sa balance des paiements et aux pressions des accords passés en février avec la France, le pays est contraint de dévaluer sa monnaie de cinquante pour cent. La France s'engage à soutenir le franc malien et le FMI consent un crédit important pour stabiliser la situation.
L'année 1967 est aussi marquée par un moment de réconciliation symbolique entre le Mali et la France. Du 11 au 13 février, le président français Valéry Giscard d'Estaing effectue une visite officielle au Mali, signe de la normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays.
En récapitulatif, 1967 concentre en une seule année les grandes tensions qui caractérisent l'époque : la compétition entre les blocs dans l'espace comme sur les mers, les aspirations à l'indépendance et à l'autodétermination des peuples africains, les tentatives de régulation du commerce mondial et les premières prises de conscience environnementales. Une année qui porte en germe les contradictions et les espoirs du monde contemporain.
