civilizacoes perdidas

Tikal

Site archéologique maya du Guatemala

7 min01/01/2024
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Au cœur de la forêt tropicale du Petén guatémaltèque, là où la végétation dense dissimule depuis des siècles ses mystères, se dressent les pyramides et les palais d'une cité qui fut jadis l'une des plus puissantes du monde maya. Tikal, ou Tik'al selon l'orthographe maya moderne, est bien plus qu'un simple site archéologique. C'est le témoignage monumental d'une civilisation qui atteignit des sommets de sophistication politique, artistique et scientifique bien avant que l'Europe médiévale n'en soit encore à ses balbutiements.

Le nom sous lequel cette cité est connue aujourd'hui n'est pas son nom d'origine. Les chasseurs et voyageurs de la région au moment de sa redécouverte dans les années 1840 appelaient le site ti ak'al en yucatèque, signifiant approximativement « au trou d'eau », en référence aux anciens réservoirs du site. Une autre interprétation, plus poétique, y voit le sens de « lieu des voix » ou « lieu des échos » en langue maya itza. Quoi qu'il en soit, les inscriptions hiéroglyphiques découvertes dans les ruines révèlent que les Mayas eux-mêmes appelaient leur cité Yax Mutal, ou Yax Mutul, ce qui signifie Premier Mutal. Le royaume dans son ensemble était simplement désigné sous le terme de Mutul, terme transcrivant le glyphe-emblème de la touffe de cheveux dont la signification précise reste encore débattue parmi les spécialistes.

La situation géographique de Tikal n'est pas le fruit du hasard. La ville s'est développée sur une série de crêtes calcaires parallèles s'élevant au-dessus des basses terres marécageuses, ce qui lui conférait à la fois une position défensive avantageuse et un accès à des sols relativement fertiles. Les principaux monuments sont regroupés sur les zones de terrain les plus élevées, reliés entre eux par des chaussées surélevées franchissant les marais environnants. La ville moderne de Flores et Santa Elena se trouve à environ soixante-quatre kilomètres au sud-ouest par la route, tandis que Guatemala Ciudad est à environ trois cent trois kilomètres. Tikal est à seulement dix-neuf kilomètres de l'ancienne cité maya d'Uaxactun et à cent kilomètres au sud-est de sa grande rivale classique, Calakmul.

Les premières traces d'occupation du site remontent au quatrième siècle avant notre ère, mais c'est au cours de la période classique, entre deux cents et neuf cents de notre ère, que Tikal atteint son véritable apogée. À cette époque, la cité s'impose comme l'une des métropoles les plus peuplées et les plus influentes de toute la civilisation maya des basses terres. Ses dirigeants entretiennent des relations diplomatiques, commerciales et militaires avec des cités éloignées, notamment avec la grande métropole de Teotihuacan dans la lointaine vallée de Mexico. Les évidences archéologiques établissent même que Tikal fut conquise par Teotihuacan au quatrième siècle de notre ère, une relation de domination qui se traduit dans certains styles artistiques et architecturaux.

La rivalité entre Tikal et Calakmul, située à cent kilomètres au nord-ouest, structure une grande partie de l'histoire politique maya de la période classique. Ces deux superpuissances mayas s'affrontent directement ou par alliés interposés pendant des siècles, dans une lutte pour l'hégémonie régionale qui n'est pas sans rappeler les jeux d'influence des grandes puissances modernes. Caracol, cité alliée de Calakmul et aujourd'hui située sur le territoire du Belize, à quatre-vingt-cinq kilomètres au nord-ouest de Tikal, joue également un rôle important dans ces conflits.

Les grandes pyramides-temples de Tikal, dont certaines culminent à plus de soixante-dix mètres, témoignent d'une maîtrise architecturale exceptionnelle. Elles abritent les tombes des rois dont on a retrouvé la plupart lors des fouilles, permettant aux archéologues de reconstituer une longue liste dynastique. Les sculptures monumentales, les stèles gravées d'inscriptions hiéroglyphiques, les autels et les frises décoratives révèlent une culture d'une richesse et d'une complexité remarquables. La ville couvrait une superficie de plus de seize kilomètres carrés et rassemblait environ trois mille structures identifiées.

La fin de la période classique tardive, vers le neuvième siècle de notre ère, est marquée par une série d'événements catastrophiques. Aucun nouveau monument majeur n'est construit, les palais de l'élite sont brûlés, et la population décline progressivement. Ce processus, qui affecte de nombreuses cités mayas des basses terres à la même époque, est lié à une combinaison de facteurs encore débattus par les chercheurs : guerres incessantes, crises écologiques, sécheresses prolongées, effondrements politiques et ruptures des réseaux commerciaux. À la fin du dixième siècle, Tikal est abandonnée, et la forêt reprend peu à peu ses droits sur les monuments et les palais.

Redécouvert au dix-neuvième siècle et exploré méthodiquement par des expéditions archéologiques à partir du vingtième siècle, le site est aujourd'hui l'un des plus visités d'Amérique centrale. Le Guatemala en fait un parc national le 26 mai 1955, et en 1979, l'UNESCO inscrit Tikal sur sa liste du patrimoine mondial, reconnaissant ainsi sa valeur universelle exceptionnelle. La zone protégée couvre cinq cent soixante-dix kilomètres carrés de forêt tropicale, préservant non seulement les ruines mais aussi un écosystème d'une richesse biologique remarquable.

Tikal demeure aujourd'hui un symbole puissant de la grandeur de la civilisation maya, une invitation à contempler les possibilités et les limites des sociétés humaines, et un rappel que les jungles de l'Amérique centrale cachent encore bien des mystères que les générations futures auront la tâche passionnante d'élucider.

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