civilizacoes perdidas

Alisa Marić

Joueuse d'échecs

4 min01/01/2024
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Née le 10 janvier 1970 à New York, Alisa Marić appartient à une génération de joueuses d'échecs yougoslaves et serbes qui ont su s'imposer sur la scène internationale à une époque où le jeu demeurait largement dominé par les hommes. Son parcours singulier mêle excellence sportive précoce, rigueur académique et engagement politique, faisant d'elle une personnalité multidimensionnelle dans la Serbie contemporaine.

Dès l'enfance, Alisa Marić manifeste un talent exceptionnel pour les échecs. Elle remporte sa première victoire dans un tournoi à l'âge de neuf ans, signe d'une maturité ludique et stratégique remarquable. Elle grandit en partie à Denver, dans le Colorado, avant de poursuivre ses études à Belgrade, où elle intègre le prestigieux Lycée mathématique, établissement réputé pour la formation des esprits les plus brillants de Serbie. Cette double culture, entre les États-Unis et les Balkans, forge une personnalité ouverte et rigoureuse.

Sa carrière aux échecs progresse à une vitesse impressionnante. En 1986, la Fédération internationale des échecs, la FIDE, lui décerne le titre de grand maître féminin, récompensant ainsi un palmarès déjà conséquent pour une adolescente. Sept années plus tard, en 1993, elle obtient le titre de maître international, une distinction mixte qui témoigne d'un niveau de jeu supérieur à la seule sphère féminine. Ces deux titres, portés simultanément, la placent parmi les joueuses les plus complètes de sa génération.

Sur la scène internationale par équipes, Alisa Marić contribue de façon décisive aux succès de la Yougoslavie puis de la Serbie. Lors de l'Olympiade d'échecs de 1988, organisée à Thessalonique en Grèce, elle aide l'équipe féminine yougoslave à décrocher la médaille de bronze. Dix ans plus tard, à Elista lors de l'Olympiade de 1998, elle glane également une médaille de bronze à titre individuel, confirmant sa longévité sportive et sa capacité à performer au plus haut niveau au fil des décennies.

L'année 1999 marque une nouvelle étape dans son palmarès collectif, avec l'obtention d'une médaille d'argent par équipe au championnat d'Europe d'échecs des nations, disputé à Batoumi, en Géorgie. Cette compétition continentale confirme la place de la Serbie parmi les grandes nations échiquéennes féminines, et Alisa Marić en est l'une des chevilles ouvrières. En club, ses performances sont tout aussi remarquables : avec le club de l'Agrouniverzal Zemun, elle remporte la Coupe d'Europe des clubs d'échecs à trois reprises, en 1996, 2000 et 2001, une série de victoires qui atteste d'une domination durable au niveau européen.

Parallèlement à sa carrière sportive, Alisa Marić ne néglige pas ses études universitaires. Elle suit les enseignements de la Faculté d'économie de l'université de Belgrade, où elle obtient une licence en 1996, puis un master en 2001. En 2004, elle couronne ce parcours par un doctorat, démontrant qu'excellence échiquéenne et rigueur académique peuvent coexister harmonieusement. Dès 2001, elle intègre la même faculté comme assistante, gravissant ensuite les échelons pour devenir professeur adjoint en 2005 et professeur titulaire en 2008. À partir de cette même année, elle enseigne également à la Faculté de la culture et des médias de l'université Megatrend, élargissant ainsi son rayonnement pédagogique.

Il est important de souligner qu'Alisa Marić n'est pas seule dans cette aventure aux échecs : elle est la sœur jumelle de Mirjana Marić, également joueuse de haut niveau. Cette gémellité autour du jeu d'échecs constitue une curiosité biographique rare et illustre sans doute l'influence d'un environnement familial favorable au développement de ces aptitudes.

Sa trajectoire prend un tournant inattendu en 2012, lorsqu'elle est appelée à exercer des responsabilités gouvernementales. Le 27 août 2012, Alisa Marić est élue ministre de la Jeunesse et du Sport dans le gouvernement dirigé par Ivica Dačić. Cette nomination est approuvée par le Parti progressiste serbe du nouveau président de la République, Tomislav Nikolić, bien qu'Alisa Marić ne soit affiliée à aucun parti politique. Cette indépendance partisane est perçue comme un gage de compétence technique plutôt que de loyauté idéologique.

Son passage au gouvernement est cependant de courte durée. Une longue crise au sein de la coalition gouvernementale conduit Ivica Dačić à exclure le parti Régions unies de Serbie de l'exécutif, entraînant notamment l'éviction de Mlađan Dinkić, président de ce parti et ministre des Finances et de l'Économie. Le remaniement ministériel intervient le 2 septembre 2013, et Alisa Marić n'est pas reconduite dans ses fonctions, mettant fin à un peu plus d'un an de mandature.

De 2001 à 2009, elle avait également siégé au sein de la présidence du Comité olympique serbe, témoignant d'un engagement durable dans le mouvement sportif institutionnel au-delà des seuls échecs. Ce rôle lui a permis de contribuer au développement du sport serbe dans son ensemble, à une période charnière marquée par la reconstruction nationale après les turbulences des années 1990.

Le parcours d'Alisa Marić illustre de façon exemplaire la richesse des destins que peut engendrer la pratique des échecs à haut niveau. Discipline exigeante qui développe rigueur, anticipation et sang-froid, le jeu d'échecs lui a ouvert des portes vers l'université, la recherche et la politique. Sa carrière demeure un modèle d'accomplissement pluriel dans la Serbie contemporaine.

Classée maître international et grand maître féminin par la FIDE, Alisa Marić reste une figure emblématique des échecs serbes, dont l'héritage dépasse largement les frontières de l'échiquier pour s'étendre à l'enseignement supérieur et à la vie publique.

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