tragedias

Taal (volcan)

Volcan des Philippines

5 min01/01/2024
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Le Taal est l'un des volcans les plus fascinants et les plus redoutés de l'Asie du Sud-Est. Situé dans la province de Batangas, au sud de l'île de Luçon aux Philippines, il se dresse à une soixantaine de kilomètres au sud de Manille, la capitale et plus grande ville du pays. Sa proximité avec des zones densément peuplées — la banlieue méridionale de Manille au nord-ouest, Lipas City à l'est, Batangas au sud et Lemery au sud-ouest — en fait un objet de surveillance constante et d'inquiétude permanente pour les autorités.

Ce qui distingue le Taal de la plupart des autres volcans du monde, c'est son architecture géologique extraordinaire, véritable mise en abyme naturelle. Le massif repose sur une gigantesque caldeira mesurant quinze kilomètres de largeur pour vingt kilomètres de longueur. Cette dépression est en grande partie occupée par le lac Taal, dont la superficie atteint deux cent soixante-sept kilomètres carrés, ce qui en fait le troisième plus grand lac des Philippines. Culminant à seulement trois mètres d'altitude, ce lac se déverse dans la baie de Balayan, bras de la mer de Chine méridionale, par l'intermédiaire de la rivière Pansipit.

Ce qui rend la géographie du Taal proprement unique, c'est ce que contient le lac Taal : plusieurs îles, dont la plus grande et la plus active, Volcano Island. Cette île, nichée au centre-nord du lac, est elle-même le siège de l'activité volcanique principale. Elle est couronnée par sa propre caldeira, d'un diamètre de trois kilomètres, qui renferme à son tour un lac de cratère. Ainsi, on se trouve face à un lac contenant une île qui contient elle-même un lac — une structure emboîtée qui a valu au Taal le titre de détenteur du plus grand lac sur une île dans un lac sur une île au monde.

À l'intérieur de ce lac de cratère de Volcano Island se dresse un piton volcanique, formant une île supplémentaire. Ce piton est donc la plus grande île dans un lac sur une île dans un lac sur une île au monde, une curiosité géographique sans équivalent sur la planète. Cette succession de niveaux imbriqués illustre à la perfection la complexité de l'histoire volcanique de cette région du Pacifique.

Volcano Island est elle-même formée par la réunion de quarante-sept cônes de tufs, stratovolcans et autres structures volcaniques, dont certains sont encore immergés sous les eaux du lac. L'altitude maximale de l'île atteint quatre cents mètres. Sur son flanc sud-ouest se trouve le cratère Tabaro, qui a été le siège des éruptions les plus récentes. Le Binintiang Malaki — terme tagalog signifiant « la grande jambe » — est un cône de deux cent soixante-trois mètres souvent confondu avec le cratère principal en raison de sa silhouette imposante visible depuis les rebords de la caldeira.

Le Taal appartient à la ceinture de feu du Pacifique, cette vaste zone de subduction qui encercle l'océan Pacifique et concentre la majorité de l'activité sismique et volcanique de la planète. Ses éruptions sont qualifiées d'explosives, ce qui le range parmi les volcans gris, par opposition aux volcans rouges à éruptions effusives. L'indice d'explosivité volcanique de ses éruptions oscille généralement entre 1 et 4, se manifestant par des explosions phréatiques, des tsunamis sur le lac, des nuées ardentes et occasionnellement des coulées de lave.

Depuis la première éruption documentée en 1572, le Taal est entré en activité trente-trois fois. L'ensemble de ces éruptions s'est produit sur Volcano Island, dont la surface a augmenté de vingt-cinq pour cent au fil des siècles. Malgré leur confinement apparent dans la caldeira, ces éruptions ont parfois causé des dommages considérables et entraîné de lourdes pertes humaines dans les régions environnantes.

Parmi les éruptions les plus notables de l'histoire, celle de 1749 a provoqué des séismes suffisamment puissants pour modifier la géographie du lac Taal et agrandir son bassin. Cinq ans plus tard, en 1754, une éruption de type plinien a généré une colonne de cendres et de téphras atteignant des altitudes considérables, provoquant des retombées cendreuses jusqu'aux environs de ce qui est aujourd'hui la grande agglomération de Manille. Ces événements illustrent la capacité du volcan à affecter des zones bien au-delà de son périmètre immédiat.

L'éruption la plus meurtrière de l'histoire du Taal s'est produite en 1911. Elle a fait mille trois cent trente-cinq victimes, un bilan dévastateur qui a marqué durablement la mémoire collective des habitants de la région. La dernière éruption à avoir causé des pertes humaines significatives remonte à 1965, avec deux cents morts. Ces chiffres font du Taal le volcan le plus meurtrier de l'archipel philippin, malgré l'existence d'autres édifices volcaniques actifs dans le pays.

Le 12 janvier 2020, après quarante-trois ans de silence relatif depuis son éruption précédente en 1977, le Taal a brusquement repris vie. Depuis Volcano Island, des explosions phréatomagmatiques — combinaisons d'eau et de magma — ont projeté des colonnes de gaz, de vapeur et de cendres jusqu'à une altitude de quinze kilomètres dans l'atmosphère. Des fontaines de lave ont jailli du cratère, et le sol de la région a tremblé en permanence sous l'effet de milliers de séismes.

Face à la menace d'une éruption majeure, les autorités philippines ont ordonné l'évacuation de dizaines de milliers de personnes vivant à proximité du lac et sur Volcano Island. Des pluies de cendres ont recouvert Manille et ses environs, provoquant la fermeture de l'aéroport international Ninoy Aquino et paralysant partiellement la capitale. Cette éruption de 2020 a rappelé avec force que le Taal, malgré ses apparences parfois calmes, reste une puissance géologique imprévisible et redoutable.

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