Le premier jour de l'année 2024 aurait dû être une journée de fête et de réjouissances pour les habitants de la péninsule de Noto, cette langue de terre qui s'avance dans les eaux froides de la mer du Japon depuis la côte nord-ouest de Honshū. À 16 heures 10 minutes et 9 secondes, heure locale, la terre trembla avec une violence que la région n'avait pas connue depuis des décennies, bouleversant des milliers de vies en quelques secondes et redéfinissant, au sens propre du terme, la géographie du rivage japonais.
La péninsule de Noto se situe dans la préfecture d'Ishikawa, une région dont le sous-sol porte la mémoire de secousses destructrices remontant à 1858 et à 1948. Sa position géographique n'est pas anodine : elle se trouve non loin de la Fossa Magna, cette grande fracture tectonique qui marque le contact entre la plaque de l'Amour au sud-ouest et la plaque d'Okhotsk au nord-est. Ce contexte s'inscrit lui-même dans le cadre plus large de la ceinture de feu du Pacifique, l'une des zones sismiques les plus actives du globe. Depuis 2020, un essaim sismique persistant avait déjà mis en alerte les scientifiques et les autorités, signalant une accumulation de tensions dans les profondeurs de la croûte terrestre.
Le séisme principal, baptisé officiellement en japonais Reiwa 6-nen Noto-hantō Jishin, atteint une magnitude de 7,6 sur l'échelle de Richter. Son épicentre est localisé à l'extrémité septentrionale de la péninsule, à 42 kilomètres au nord-est d'Anamizu, et son hypocentre se situe à seulement dix kilomètres de profondeur. Cette faible profondeur est déterminante : plus un séisme est superficiel, plus ses effets de surface sont dévastateurs, les ondes sismiques ayant moins de distance à parcourir pour atteindre le sol.
Les répliques qui suivirent la secousse principale furent d'une fréquence et d'une intensité remarquables. Rien que pour la journée du 2 janvier, les sismographes enregistrèrent environ deux cents secousses secondaires, dont plusieurs dépassèrent une magnitude de 6. Cette succession de tremblements accrut considérablement la détresse des populations, empêchant les secouristes de travailler dans des conditions sécurisées et prolongeant l'état de choc des rescapés confinés dans des abris de fortune.
La secousse déclencha également un tsunami qui déferla sur les côtes de la mer du Japon, atteignant une hauteur maximale de 120 centimètres. Si cette hauteur peut paraître modeste comparée aux vagues géantes du tsunami de 2011, l'impact sur les ports de pêche et les zones côtières de la péninsule n'en fut pas moins significatif. Les modifications topographiques provoquées par le séisme se révélèrent spectaculaires : par endroits, le trait de côte recula de jusqu'à 175 mètres, agrandissant le territoire japonais de 2,4 kilomètres carrés au total. Certains ports de pêche se retrouvèrent pratiquement à sec, leurs fonds marins soulevés par la poussée tectonique.
Le bilan humain s'alourdit de jour en jour dans les semaines et les mois qui suivirent la catastrophe. Au 2 février 2024, un mois après le séisme, on dénombrait 238 morts, 19 disparus et plus de 1 287 blessés. Ces chiffres ne reflétaient pourtant qu'une partie de la réalité. Au 27 juin 2024, le bilan était porté à 281 décès, incluant les morts dites indirectes : des personnes fragilisées dont l'état de santé s'était aggravé dans les centres d'évacuation, victimes d'hypothermie, d'infections ou d'épuisement. À cette date, 2 288 personnes vivaient encore dans des refuges, et 83 980 maisons avaient subi des dommages. En novembre 2024, le bilan définitif s'élevait à 462 morts, 1 344 blessés et 3 disparus, victimes directes et indirectes confondues.
La catastrophe prit une dimension supplémentaire dès le lendemain du séisme, lorsqu'un Airbus A350 de la Japan Airlines entra en collision avec un Dash 8 de la garde côtière japonaise lors de son atterrissage à l'aéroport de Tokyo-Haneda, le 2 janvier. L'appareil de la garde côtière transportait des secouristes en partance pour la préfecture de Niigata dans le cadre des opérations de secours liées au tremblement de terre. L'accident fit cinq morts et plusieurs blessés. Ce drame, survenu en pleine mobilisation des secours, symbolisa la série de malheurs qui frappait le Japon en ce début d'année.
Au-delà du bilan humain et matériel, le séisme de Noto laissa une empreinte durable sur le patrimoine naturel de la région. Le rocher de Mitsuke-jima, surnommé Gunkanjima, soit l'île Cuirassé, en raison de sa silhouette évoquant la coque d'un navire de guerre, était classé monument naturel par la préfecture d'Ishikawa. Cette formation géologique spectaculaire, attrait touristique majeur de la péninsule, fut lourdement défigurée par les secousses et perdit la forme caractéristique qui avait fait sa renommée.
La réponse des autorités japonaises à cette catastrophe mit en lumière les défis posés par la géographie de la péninsule de Noto, dont les routes étroites et les infrastructures fragiles compliquèrent considérablement l'acheminement des secours. Les camions de vivres et les équipes médicales peinent à atteindre les villages isolés, dont certains restèrent coupés du reste du monde pendant plusieurs jours. Le Japon, pourtant l'un des pays les mieux préparés au monde face aux tremblements de terre, fut confronté aux limites de tout système de prévention face à l'imprévisible violence de la nature.
Le séisme du 1er janvier 2024 dans la péninsule de Noto s'inscrit désormais dans la longue mémoire sismique du Japon, aux côtés des catastrophes de Kobe en 1995 et de Tōhoku en 2011. Il rappelle avec brutalité que la modernité technologique et la culture du risque, si développées soient-elles dans l'archipel, ne peuvent effacer la vulnérabilité fondamentale d'une nation bâtie sur l'une des zones les plus instables de la planète.
