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Joe Pass

Guitariste de jazz américain

5 min01/01/2024
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Joseph Antony Jacobi Passalaqua, connu du monde entier sous le nom de scène de Joe Pass, est né le 13 janvier 1929 à New Brunswick dans le New Jersey, d'une famille d'ascendance sicilienne. Il mourra le 23 mai 1994 à Los Angeles, en Californie, laissant derrière lui un héritage musical sans égal dans l'histoire de la guitare jazz. Il est reconnu comme le premier guitariste de jazz à avoir joué seul sur scène, sans aucun orchestre d'accompagnement, créant simultanément les lignes de basse, les accords rythmiques et les solos mélodiques sur un seul instrument.

L'enfance de Joe Pass se déroule dans le quartier italien de Johnstown, en Pennsylvanie, où son père Mariano Passalaqua, ouvrier dans l'industrie sidérurgique, s'était installé après avoir quitté le New Jersey. C'est en 1938, lors de la projection du western Ride, Tenderfoot, Ride, que le jeune Joe, alors âgé de neuf ans, voit pour la première fois l'acteur Gene Autry s'accompagner à la guitare en chantant. Cette révélation déclenche une passion dévorante pour l'instrument.

Pour son neuvième anniversaire, son père lui offre une guitare de la marque Harmony Company, l'un des instruments les plus répandus de l'époque. Ce sont des amis et voisins de la famille qui lui transmettent ses premiers accords. La progression du jeune guitariste est impressionnante de rapidité, et son père, loin d'être musicien lui-même, impose à son fils une discipline rigoureuse qui s'avère décisive pour la suite. Il lui enjoint d'apprendre à l'oreille, de jouer des mélodies écrites pour d'autres instruments, et surtout de faire des gammes tout en intercalant des accords entre les notes de la mélodie. Cette méthode draconienne, difficile à supporter pour un enfant de dix ans, forge néanmoins les fondations de ce qui deviendra le style inimitable de Joe Pass.

À onze ans, Joe découvre le guitariste manouche Django Reinhardt, puis les maîtres américains du jazz que sont Charlie Christian et Wes Montgomery. Ces rencontres musicales élargissent considérablement son horizon sonore. Son père, encouragé par les progrès fulgurants de son fils, économise trois cents dollars pour lui acheter une guitare Martin and Company, instrument de bien meilleure facture. Les horaires d'entraînement s'intensifient : en semaine, de six heures trente à huit heures, puis de seize à dix-huit heures, et de vingt à vingt et une heures ; le weekend, jusqu'à une heure du matin. Joe travaille également les gammes les plus complexes, par tons, septième diminuée, dominante et chromatique. Il étudie un an avec la méthode de Nick Lucas, puis aborde la méthode classique de Matteo Carcassi.

À quatorze ans, Joe Pass se produit déjà au sein d'une formation baptisée Gentlemen of Rhythm, fortement influencée par la musique du Hot Club de France. Le groupe joue lors de bals et de fêtes, et Joe gagne jusqu'à cinq dollars par nuit. Lors d'un concert local, Tony Pastor, saxophoniste réputé à la tête de sa propre formation, lui permet de jouer avec son groupe et, impressionné par sa virtuosité, l'engage pour les mois d'été. Trop jeune pour quitter l'école, Joe doit cependant retourner en cours à la rentrée.

En 1945, son père l'envoie étudier à New York auprès du guitariste Harry Volpe. Mais l'expérience tourne court : incapable de déchiffrer la notation rythmique imposée, Joe met lui-même fin aux leçons et préfère se produire sur les petites scènes locales de la ville. Quelques semaines plus tard, il rentre en Pennsylvanie.

Dès 1946, la maladie de son père relâche l'étau de la discipline familiale. En 1948, Joe Pass décide de s'établir définitivement à New York, où la révolution musicale du Bebop bat son plein. Il y côtoie les plus grands noms de l'époque : le trompettiste Dizzy Gillespie, les saxophonistes Charlie Parker et Coleman Hawkins, le contrebassiste Curly Russell, le chanteur Billy Eckstine, le batteur Kenny Clarke, la chanteuse Billie Holiday, les pianistes Al Haig et Art Tatum, et le trompettiste Miles Davis. Cette immersion dans l'élite du jazz new-yorkais constitue une formation incomparable, mais la fréquentation de ce milieu expose également Joe à l'héroïne, dont la consommation était alors très répandue parmi les musiciens de jazz.

La dépendance aux drogues va durablement entraver la carrière de Joe Pass pendant de nombreuses années. Il alterne périodes de création musicale intense et passages difficiles, avant de finalement réussir à s'en libérer grâce à une cure au centre Synanon en Californie dans les années 1960. Cette guérison marque un tournant décisif : Joe Pass peut enfin se consacrer pleinement à son art.

Les décennies suivantes le voient s'imposer comme l'un des guitraistes les plus admirés du jazz mondial. Sa capacité à évoquer simultanément la ligne de basse, l'harmonie et la mélodie sur un seul instrument électrique fascine autant les professionnels que le grand public. Ses albums en solo, notamment la série Virtuoso enregistrée pour le label Pablo, deviennent des références absolues. Il collabore également avec des légendes comme Ella Fitzgerald et Oscar Peterson.

Le style de Joe Pass se distingue par une approche totalement originale de la polyphonie guitaristique. En mélangeant accords et solos dans un flux continu, il crée l'illusion d'un ensemble là où il n'y a qu'un seul musicien. Cette technique, perfectionnée au fil de décennies de pratique acharnée depuis l'enfance, bouleverse la conception même du rôle de la guitare dans le jazz.

Joe Pass s'éteint le 23 mai 1994 à Los Angeles, laissant une discographie considérable et une influence qui continue de rayonner sur des générations entières de guitaristes. Des racines siciliennes de sa famille aux scènes de jazz new-yorkaises, de la rigueur imposée par un père ouvrier aux sommets de l'improvisation jazz, son parcours incarne la puissance transformatrice du talent allié à une discipline sans relâche.

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