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Mourad III

Sultan ottoman et calife de 1574 à 1595

4 min01/01/2024
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Né le 4 juillet 1546 près de Manisa, dans l'ouest de l'Anatolie, Mourad III monta sur le trône ottoman le 12 décembre 1574 à la mort de son père Sélim II, pour régner jusqu'à sa propre mort à Constantinople le 16 janvier 1595. Douzième sultan de l'Empire ottoman et calife de l'islam, il gouverna pendant plus de vingt ans un empire qui se trouvait à un tournant décisif de son histoire, oscillant entre la puissance héritée du siècle précédent et les premiers signes d'un déclin institutionnel que ses successeurs allaient peiner à enrayer.

L'éducation de Mourad fut celle d'un prince ottoman classique. Fils du futur sultan Sélim II et de Nur-Banu, il étudia dans l'une des plus réputées écoles de Manisa, où il apprit à s'exprimer en arabe et en persan, les deux langues de haute culture de la civilisation islamique. Cette formation lui permit de cultiver un intérêt sincère pour les arts et les lettres qui allait marquer son règne. Lorsque son père accéda au trône, Mourad devint gouverneur de Manisa, préparant ainsi sa propre succession.

Son accession au trône obéit aux usages ottomans les plus impitoyables. Conformément à la tradition qui visait à prévenir les guerres civiles dynastiques, Mourad fit exécuter ses frères pour consolider son autorité. Ce geste brutal, que les sultans ottomans justifiaient comme une nécessité d'État, fut accompli au début de son règne, laissant libre cours à une gouvernance sans rival masculin immédiat au sein de la famille impériale.

Cependant, l'autorité de Mourad III fut rapidement soumise à d'autres formes de pression. Les intrigues du harem impérial pesèrent lourdement sur son règne, limitant sa capacité à gouverner avec l'autorité autocratique que l'on associait aux grands sultans du siècle précédent. Ce fut son grand vizir Sokollu Mehmet Pacha qui assura en grande partie la continuité de la gouvernance impériale jusqu'à son assassinat en octobre 1579, événement qui priva le sultan d'un administrateur exceptionnel et accéléra l'emprise des factions du harem sur les affaires de l'État.

Sur le plan militaire et géopolitique, le règne de Mourad III fut particulièrement actif. La conquête du Caucase figura parmi ses grandes entreprises, avec des campagnes qui étendirent temporairement l'influence ottomane vers le nord-est aux dépens de l'Empire séfévide, alors en déclin économique. En Afrique du Nord, les Ottomans consolidèrent leur emprise sur des territoires stratégiques du Maghreb. La flotte ottomane maintint sa présence en Méditerranée, même si la défaite de Lépante en 1571, héritée du règne précédent, avait entamé le mythe de son invincibilité.

L'épisode marocain illustre les complexités de la politique étrangère ottomane sous Mourad. Abd al-Malik, exilé de la dynastie saadienne du Maroc, avait trouvé refuge et protection à la cour ottomane. Il proposa de faire du Maroc un État vassal de l'Empire en échange d'un soutien militaire pour reconquérir son trône. Mourad accepta et envoya une armée de dix mille hommes, pour la plupart turcs, sous le commandement de Ramazan Pacha. Cette force prit Fès, contraignant le sultan saadi régnant à fuir jusqu'à Marrakech, elle aussi conquise, avant qu'Abd al-Malik ne s'installe comme client des Ottomans. Le nom de Mourad fut alors récité lors de la prière du vendredi et frappé sur les pièces de monnaie marocaines, deux signes traditionnels de suzeraineté dans le monde islamique.

Cependant, la vassalité se révéla plus souple que prévu. Abd al-Malik versa une grande quantité d'or aux troupes ottomanes et les renvoya à Alger, marquant une indépendance de facto. À sa mort en 1578, son frère Ahmad al-Mansour lui succéda, reconnut initialement la suzeraineté ottomane mais cessa progressivement de la manifester concrètement, supprimant le nom de Mourad de la prière du vendredi et des pièces de monnaie, avant de déclarer sa pleine indépendance en 1582.

Mourad III manifesta tout au long de son règne une passion authentique pour les arts du livre et les manuscrits illustrés. Il commanda de nombreuses œuvres à l'atelier de son palais, dirigé par le célèbre miniaturiste Nakkach Osman, qui réalisa notamment un somptueux manuscrit commémorant les festivités de la circoncision du fils du sultan. Cette période de mécénat artistique est aujourd'hui connue grâce au roman du prix Nobel de littérature Orhan Pamuk, Mon nom est Rouge, dont l'action se déroule précisément dans l'entourage des miniaturistes du palais de Mourad III, évoquant les tensions entre tradition et innovation dans cet univers artistique raffiné.

Une initiative intellectuelle originale marqua également son règne : la création d'un observatoire astronomique à Constantinople sous la direction de Taqi al-Din, astronome de renom. L'observatoire fut construit avec des ambitions remarquables, mais il fut détruit peu après sa fondation, sous la pression d'autorités religieuses qui y voyaient une entreprise impie destinée à percer les mystères divins.

En 1586, des corsaires sous les ordres de Mourad effectuèrent un raid sur les îles Canaries en représailles aux attaques espagnoles en Afrique du Nord. L'amiral Mir Ali Beg attaqua Teguise, alors capitale de Lanzarote, la pillant et capturant la femme du marquis de l'île. Cet épisode illustre la rivalité constante entre l'Empire ottoman et l'Espagne pour la domination de la Méditerranée et des zones côtières adjacentes.

Mourad III mourut le 16 janvier 1595 à Constantinople, laissant un empire aux prises avec des défis croissants. Son règne illustre la complexité d'une époque de transition pour l'Empire ottoman, entre les grandes conquêtes du passé et les difficultés institutionnelles d'un empire devenu trop vaste pour être efficacement gouverné depuis son centre.

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