La montagne a toujours été au cœur de l'histoire d'Egan Bernal. Né le 13 janvier 1997 à Bogota, capitale de la Colombie, il grandit à Zipaquirá, une ville située à deux mille six cents mètres d'altitude dans le département de Cundinamarca, célèbre pour sa cathédrale de sel dont son père German était le gardien. C'est dans cet environnement d'altitude, peuplé d'un peuple pour qui le cyclisme est presque une religion nationale, que naquit l'un des plus grands champions de l'ère moderne du vélo de route.
Egan Bernal commença le cyclisme dès l'âge de huit ans, poussé par son père qui avait lui-même pratiqué ce sport. Ses débuts se firent pourtant en dehors du bitume : c'est en VTT que le jeune Colombien se distingua d'abord, remportant des médailles d'argent et de bronze aux championnats du monde de cross-country junior en 2014 et 2015, avant de décrocher le titre de champion panaméricain de cross-country juniors en 2015. Cette formation tout-terrain, qui développe l'équilibre, la technique et la résistance physique, forgea des qualités qui allaient se révéler précieuses sur route.
La transition vers le cyclisme sur route s'opéra en septembre 2015 lors d'un voyage en Italie avec une sélection nationale colombienne. Bernal n'y disputa qu'une seule course sur route, le Trofeo di Autunno del Monte Pisano, une compétition junior en Toscane, et la remporta. Cette victoire, rapportée à Gianni Savio par l'intermédiaire du directeur d'équipe de VTT Pablo Mazuera et de l'agent Paolo Alberati, convainquit le patron de l'équipe Androni Giocattoli-Sidermec de signer le jeune prodige pour quatre ans.
En 2016, à dix-neuf ans, Bernal effectua ses débuts comme professionnel sur route, sous la houlette de l'entraîneur Michele Bartoli, double vainqueur de Liège-Bastogne-Liège. Ses premières sorties furent encourageantes : neuvième d'étape au Tour du Trentin, meilleur jeune de la Semaine internationale Coppi e Bartali et du Tour de Slovénie. En mai, il remporta le Tour de Bihor en Roumanie. En fin de saison, il prit la quatrième place du Tour de l'Avenir avec l'équipe de Colombie espoirs.
L'année 2017 confirma pleinement son potentiel. Après plusieurs places d'honneur sur les courses italiennes — deuxième du Tour des Apennins, troisième du Mémorial Marco Pantani, deuxième de la Coupe d'Italie des espoirs — il s'illustra au Tour de l'Avenir en fin de saison, remportant le classement général et deux étapes de montagne. Cette performance attira l'attention des grandes équipes du peloton mondial, notamment Movistar et Sky, qui s'arrachèrent sa signature. Sky indemnisa l'équipe Androni Giocattoli à hauteur de trois cent mille euros pour racheter son contrat.
Sous les couleurs de Sky en 2018, avec Xabier Artetxe comme entraîneur, Bernal progressa encore. Il remporta le titre de champion de Colombie du contre-la-montre, le général de Colombia Oro y Paz devant Nairo Quintana et Rigoberto Uran, puis décrocha son premier grand succès international avec le Tour de Californie. En 2019, il porta le maillot de vainqueur de Paris-Nice et du Tour de Suisse, mais ces victoires n'étaient qu'un prélude à ce qui allait suivre.
Le 28 juillet 2019, au terme d'un Tour de France disputé à vingt-deux ans et cent quatre-vingt-seize jours, Egan Bernal entrait dans l'histoire du cyclisme. Il devenait le vainqueur le plus jeune de la Grande Boucle depuis le Luxembourgeois François Faber en 1909, mais aussi le premier coureur colombien et le premier Latino-Américain à s'imposer sur l'épreuve la plus mythique du cyclisme mondial. La victoire était aussi celle d'un continent tout entier, d'un peuple pour qui le vélo représente bien plus qu'un sport.
En 2021, après une année 2020 perturbée par les blessures et la pandémie mondiale, il offrit à son palmarès un deuxième grand tour en remportant le Tour d'Italie, le Giro, avec une suprématie en montagne qui rappelait les grands escaladeurs de l'histoire.
Le destin frappa durement le 24 janvier 2022, lorsque Bernal heurta violemment un bus à l'arrêt lors d'un entraînement à Gachancipá, dans sa région résidentielle colombienne. L'accident fut d'une gravité extrême, et la survie même du champion fut un temps incertaine. Sa rémission, lente et douloureuse, constitua un combat supplémentaire pour un athlète dont toute la carrière avait été marquée par la capacité à transformer les obstacles en tremplins.
Le parcours d'Egan Bernal illustre l'émergence d'une nouvelle génération de coureurs colombiens, héritiers de grands ancêtres comme Lucho Herrera ou Nairo Quintana, mais aussi pionniers d'un cyclisme mondial en pleine mutation.


