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Jô Soares

Comédien, romancier et animateur de télévision brésilien

4 min01/01/2024
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Jô Soares, de son véritable nom José Eugênio Soares, est une figure absolument centrale de la culture brésilienne du XXe siècle. Né le 16 janvier 1938 à Rio de Janeiro et mort le 5 août 2022 à São Paulo, il a incarné pendant plus de six décennies une vision de l'humour brésilien qui puisait autant dans la satire politique que dans l'observation des travers humains les plus universels. Acteur, journaliste, écrivain, dramaturge, présentateur de télévision, peintre, auteur de chansons et romancier policier, Jô Soares était ce type rare d'artiste total pour qui chaque forme d'expression constituait un territoire à explorer avec le même appétit insatiable.

Les premières années de sa formation intellectuelle se déroulent au Colégio São Bento de Rio de Janeiro, institution jésuite réputée qui a formé nombre de personnalités importantes de la vie brésilienne. Mais ses parents, désireux de lui offrir une ouverture sur l'Europe, l'envoient ensuite au Lycée Jaccard à Lausanne, en Suisse, avec l'ambition de le préparer à une carrière dans la diplomatie. Ce séjour helvétique est suivi de voyages aux États-Unis, avant qu'il ne rentre définitivement au Brésil en 1958. C'est à partir de ce retour que commence réellement la trajectoire artistique qui va le consacrer.

Dès le début des années 1960, Jô Soares s'impose dans le milieu du journalisme et de l'humour, deux univers qu'il ne cessera jamais de mêler tout au long de sa carrière. Sa verve satirique, son sens de l'observation et sa capacité à incarner des personnages les plus improbables font rapidement de lui une personnalité incontournable du paysage médiatique brésilien. Sa silhouette corpulente, son regard malicieux et sa voix inimitable deviennent des signes de reconnaissance pour des générations de téléspectateurs brésiliens.

À la télévision, il se distingue particulièrement comme présentateur, animant des émissions de divertissement et de talk-show qui ont marqué l'histoire de l'audiovisuel brésilien. Son programme de fin de soirée, inspiré des grands formats américains du genre, lui vaut d'être comparé à des icônes internationales de l'animation. Sa curiosité intellectuelle et son érudition lui permettent de recevoir avec le même aisance des chefs d'État, des artistes et des intellectuels, transformant chaque entretien en un exercice de style où l'humour et la profondeur se disputaient la première place.

Mais c'est peut-être en littérature que Jô Soares a livré les œuvres les plus durables et les plus accessibles à un public international, notamment à travers une série de romans policiers historiques dont l'humour constitue la marque de fabrique. Le premier, O Xangô de Baker Street, publié en 1995 et traduit en français sous le titre Élémentaire, ma chère Sarah !, est un pastiche des aventures de Sherlock Holmes transposé au Brésil en 1886. La comédienne française Sarah Bernhardt, alors en tournée à Rio de Janeiro, fait appel à son ami le célèbre détective pour retrouver un Stradivarius dérobé. Ce mélange savoureux d'humour, d'érudition historique et de légèreté narrative a séduit des lecteurs bien au-delà des frontières brésiliennes.

Le deuxième roman, L'Homme qui a tué Getúlio Vargas — en référence au président brésilien qui domina la politique nationale de 1930 à 1954 — met en scène un anarchiste aussi maladroit qu'attachant, incapable de mener à bien les assassinats politiques qu'il planifie avec ardeur. Ce parti pris comique sur un sujet historique grave illustre parfaitement la capacité de Soares à aborder les grandes pages de l'histoire brésilienne avec une distance ironique qui n'enlève rien à leur sérieux sous-jacent.

Meurtres à l'Académie, son troisième roman policier publié en 2005, transporte le lecteur dans le Rio de Janeiro des années 1920. Le détective Machado Machado, dont le père admirait l'écrivain Machado de Assis — grande figure du réalisme littéraire brésilien — enquête sur une série de meurtres visant les académiciens de la prestigieuse Académie brésilienne des Lettres. Quant à Les Yeux plus grands que le ventre, paru en 2011, il se déroule dans le Brésil des années 1930 et suit un policier portugais reconverti en pâtissier qui traque un assassin éliminant ses victimes en les gavant de gâteaux. Ces prémisses burlesques camouflent toujours une construction narrative rigoureuse et une reconstitution historique soignée.

Soares a également collaboré avec des figures majeures de la culture brésilienne, notamment Luis Fernando Verissimo et Millôr Fernandes pour l'ouvrage collectif Humor nos Tempos do Collor, en 1992 — une satire de la présidence de Fernando Collor de Mello, qui venait de subir un impeachment retentissant. Ces collaborations témoignent de la place centrale qu'il occupait dans l'écosystème intellectuel et artistique brésilien.

La mort de Jô Soares, le 5 août 2022 à São Paulo, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, a provoqué un deuil collectif au Brésil, révélateur de l'affection profonde que le public lui portait. Il laisse derrière lui une œuvre multiforme, un héritage télévisuel considérable et des romans qui continueront d'être lus comme des témoignages joyeux et incisifs d'une époque et d'une culture.

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