Hubert Horatio Humphrey II est né le 27 mai 1911 à Wallace, une petite localité du comté de Codington dans le Dakota du Sud, au sein d'une famille marquée par le sens du service public et l'engagement civique. Son père, Hubert Humphrey Sr, pharmacien de la bourgade de Doland, exerçait également des fonctions électives en tant que maire et conseiller municipal, ce qui imprégna durablement le jeune Hubert d'une conscience politique précoce. Sa mère, Ragnild Kristine Sannes, était d'origine norvégienne, apportant au foyer une culture nordique de rigueur et de travail.
La petite ville de Doland, qui comptait alors environ sept cents habitants, fut frappée de plein fouet par la Grande Dépression qui secoua les États-Unis à partir de 1929. Les banques fermèrent, les commerces disparurent, et le père de Humphrey dut livrer une véritable bataille pour maintenir sa pharmacie à flot. La crise économique contraignit finalement la famille à quitter Doland pour s'installer à Huron, toujours dans le Dakota du Sud, où le père ouvrit un nouvel établissement. Ces années de précarité forgèrent chez le jeune Humphrey une empathie profonde pour les plus vulnérables et une conviction inébranlable en la nécessité de politiques sociales ambitieuses.
La situation financière difficile de la famille obligea Hubert Humphrey Jr à interrompre ses études de pharmacie qu'il avait entamées à l'Université du Minnesota. Il réussit néanmoins à obtenir son diplôme de pharmacien en seulement six mois au Capital College of Pharmacy de Denver, alors que le cursus normal en durait deux. De 1933 à 1937, il travailla aux côtés de son père dans l'officine d'Huron, mais ce métier ne comblait pas ses ambitions intellectuelles. Il rêvait depuis toujours d'un doctorat en sciences politiques pour embrasser une carrière universitaire.
En 1936, il épousa celle qui allait devenir Muriel Humphrey Brown, une compagne de route indéfectible qui lui succéderait au Sénat en 1978, après sa disparition. L'année suivante, Humphrey retourna étudier à l'Université du Minnesota, où il décrocha ses diplômes sans toutefois achever son doctorat. Cette lacune dans son parcours académique lui ferma plus tard les portes de l'enseignement à cette même université, qui refusa en 1969 de l'accueillir comme professeur, une amère ironie du destin pour cet homme épris de savoir.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Humphrey s'impliqua dans la coordination de la production industrielle dans son État, contribuant à l'effort de guerre depuis le front intérieur. En 1944, il joua un rôle déterminant dans la fusion entre le Parti démocrate du Minnesota et le Parti travailliste et paysan pour créer le Minnesota Democratic-Farmer-Labor Party, une coalition qui allait devenir l'un des bastions progressistes des États-Unis. Après un premier échec en 1943, il fut élu maire de Minneapolis en 1945, puis largement réélu en 1947, se révélant un édile entreprenant et réformateur.
C'est lors de la Convention démocrate de 1948 que Humphrey s'imposa sur la scène nationale avec un discours sur les droits civiques qui fit l'effet d'une bombe. Face aux démocrates conservateurs du Sud, les Dixiecrats, il lança avec une fougue mémorable : « À ceux qui disent que le programme des droits civiques est en contradiction avec le droit des États, je dis que le temps est arrivé aux États-Unis pour le parti démocrate de sortir de l'ombre du droit des États et de se tourner enfin vers l'éclat lumineux des droits de l'homme. » Ces mots provoquèrent une véritable tempête mais consacrèrent Humphrey comme le champion du libéralisme progressiste américain.
Cette même année 1948, il fut élu sénateur démocrate du Minnesota, un poste auquel il serait réélu en 1954 et en 1960. Au Sénat, il se distingua comme l'un des défenseurs les plus ardents des causes libérales : les droits civiques, le contrôle des armes à feu, la limitation des essais nucléaires et la création de programmes sociaux ambitieux. Il fut également à l'origine de la Americans for Democratic Action, une organisation politique promouvant les idéaux de gauche au sens américain du terme, qui influença durablement le débat public.
En 1960, Humphrey tenta d'obtenir l'investiture démocrate pour la présidence, mais il fut battu lors des primaires par le sénateur John F. Kennedy, plus jeune, plus charismatique et bénéficiant d'une machine électorale mieux huilée. Cette défaite, cuisante sur le moment, ne brisa pas sa trajectoire politique. Quatre ans plus tard, en 1964, il fut choisi par le président Lyndon B. Johnson comme colistier, et le ticket démocrate remporta une victoire écrasante sur le républicain Barry Goldwater. Humphrey devint ainsi le trente-huitième vice-président des États-Unis, fonction qu'il occupa de 1965 à 1969.
Son mandat de vice-président fut profondément marqué par le paradoxe de l'époque. Il défendit loyalement la politique de Johnson, y compris l'escalade militaire au Vietnam, alors même que cette guerre déchirait l'Amérique et érodait son propre capital de sympathie auprès de la base progressiste. En 1968, il brigua la présidence démocrate dans un contexte de chaos politique inédit : l'assassinat de Robert Kennedy, les émeutes de Chicago lors de la convention du parti, et l'implosion de la coalition libérale rendirent sa candidature particulièrement difficile. Il fut battu de peu par Richard Nixon lors de l'élection présidentielle, dans un scrutin d'une rare intensité émotionnelle.
Après cette défaite douloureuse, Humphrey retrouva le Sénat en 1971 et y siégea jusqu'à sa mort. Ces dernières années furent marquées par un renouveau de son engagement et une reconnaissance croissante de son apport historique. Diagnostiqué d'un cancer de la vessie en 1976, il continua à exercer ses fonctions jusqu'à ses dernières forces, incarnant une certaine idée de la dignité politique. Il s'éteignit le 13 janvier 1978 à Waverly, dans le Minnesota, laissant derrière lui l'héritage d'une vie consacrée à la quête d'une société plus juste et plus équitable.
Le bilan de Hubert Humphrey, que ses amis surnommaient affectueusement « le joyeux guerrier », est celui d'un artisan essentiel du libéralisme américain du vingtième siècle. Il contribua au vote de la loi sur les droits civiques de 1964, l'un des textes législatifs les plus importants de l'histoire américaine, et défendit sans relâche les causes des plus démunis tout au long de sa carrière. Sa trajectoire illustre à la fois les triomphes et les tragédies d'une époque où l'Amérique cherchait, non sans douleur, à tenir les promesses de ses idéaux fondateurs.


