Dans le monde de l'égyptologie de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècle, peu de chercheurs ont contribué avec autant de constance et de rigueur à l'inventaire et à la publication des antiquités égyptiennes que Georges Émile Jules Daressy. Né le 19 mars 1864 à Sourdon, dans le nord de la France, il consacra l'essentiel de sa vie professionnelle à l'Égypte, où il réalisa des fouilles et des travaux scientifiques d'une portée considérable, avant de mourir le 28 février 1938 à Cormeilles-en-Parisis.
La carrière de Daressy prit son véritable essor en 1887, lorsqu'il fut nommé conservateur adjoint du Musée d'Antiquités égyptiennes de Boulaq, institution alors modeste mais appelée à un grand avenir. Ce musée, qui avait été fondé quelques décennies plus tôt pour abriter les découvertes archéologiques réalisées sur le sol égyptien, fut ensuite transféré à Gizeh avant de trouver son emplacement définitif sous la forme du Musée égyptien du Caire, inauguré en 1902. Daressy traversa ces transformations institutionnelles en demeurant fidèle à sa mission de conservation et d'étude des collections, accumulant une connaissance encyclopédique des objets dont il avait la charge.
Parallèlement à son travail muséal, Daressy mena des fouilles à travers toute l'Égypte, s'illustrant particulièrement dans les sites les plus riches en découvertes de son époque. La vallée des Rois, ce panthéon souterrain des pharaons thébains, figura parmi ses terrains de prédilection ; il y conduisit notamment des fouilles entre 1898 et 1899 qui donnèrent lieu à une publication détaillée. Il travailla également à Médinet Habou, le complexe funéraire monumental du pharaon Ramsès III, à Karnak et à Louxor, deux des sites religieux les plus impressionnants de l'Égypte ancienne, ainsi qu'à Malqata, résidence royale du pharaon Amenhotep III, et à Abydos, l'une des cités sacrées les plus anciennes du pays.
La production scientifique de Daressy fut remarquablement abondante et diversifiée. En 1893, il publia la Notice explicative des ruines du temple de Louxor, suivie en 1897 de la Notice explicative des ruines du temple de Médinet Habu. Ces travaux descriptifs, destinés à un public à la fois savant et cultivé, témoignaient de sa capacité à synthétiser des données archéologiques complexes dans un exposé accessible. À partir de 1901, il contribua de manière déterminante au Catalogue général des antiquités égyptiennes du musée du Caire, entreprise monumentale visant à répertorier et à décrire l'ensemble des collections de l'institution. Dans ce cadre, il publia des volumes consacrés aux ostraca en 1901, aux fouilles de la vallée des Rois en 1902, aux textes et dessins magiques en 1903, à la faune momifiée de l'antique Égypte en 1905 et aux statues de divinités en 1905 et 1906.
L'une de ses contributions les plus originales concerne les mathématiques égyptiennes anciennes. En 1906, il publia dans le Recueil de Travaux Relatifs de la Philologie et l'Archéologie Égyptiennes et Assyriennes une étude intitulée Calculs égyptiens du Moyen Empire, qui apportait un éclairage précieux sur les pratiques mathématiques des scribes égyptiens durant cette période. Ce type de travail pluridisciplinaire, croisant archéologie, philologie et histoire des sciences, illustrait la largeur d'esprit d'un chercheur qui ne se cantonnait pas à un domaine étroit.
En 1909, il publia les Cercueils des cachettes royales, volume consacré aux spectaculaires découvertes réalisées dans les tombeaux où des prêtres avaient dissimulé les momies de nombreux pharaons pour les protéger des pillards. L'année suivante, en 1910, il participa à la publication du catalogue des objets découverts dans la tombe de la reine Tiyé, dans le cadre des fouilles financées par l'Américain Theodore M. Davis dans la vallée des Rois.
La polyvalence de Daressy s'illustra également par un travail d'histoire des sciences qu'il réalisa en collaboration avec le minéralogiste Alfred Lacroix : en 1922, ils coéditèrent une étude consacrée à Dolomieu en Égypte, restituant le séjour qu'avait effectué le célèbre géologue Déodat de Dolomieu sur les terres du Nil du 30 juin 1798 au 10 mars 1799, lors de l'expédition napoléonienne. Cet ouvrage, qui retrouvait et commentait cinq études tardives de Dolomieu sur Alexandrie et sa région, témoignait de l'attachement de Daressy à une histoire de l'Égypte envisagée dans toutes ses dimensions.
L'œuvre de Georges Daressy illustre ce moment particulier de l'histoire de l'égyptologie où les grands chantiers de fouilles et les vastes entreprises d'inventaire et de publication se complétaient pour constituer les fondements de la discipline moderne. En traversant plus d'un demi-siècle de recherches, de Boulaq au musée du Caire, de la vallée des Rois aux temples de Médinet Habou, il contribua de manière décisive à la connaissance et à la préservation d'un patrimoine que les siècles avaient enseveli mais que la science du dix-neuvième siècle s'employait à ressusciter.
