Peu d'événements de l'Antiquité ont autant fasciné les générations suivantes que l'éruption du Vésuve en l'an 79 de notre ère. Cette catastrophe volcanique, l'une des plus documentées de l'histoire ancienne, ensevelit sous les cendres et les débris pyroclastiques plusieurs cités florissantes de la Campanie romaine, préservant pour la postérité un instantané unique de la vie quotidienne dans l'Empire romain.
Le Vésuve n'avait pas connu d'éruption documentée depuis probablement 217 avant notre ère, et les Romains le considéraient comme un volcan éteint. En 62 de notre ère, un violent tremblement de terre avait secoué la région, mais ce séisme avait été perçu comme un phénomène banal, sans lien apparent avec une menace volcanique. Les habitants de Pompéi, d'Herculanum et des localités environnantes vivaient donc à l'ombre d'un volcan dont ils ignoraient totalement le potentiel destructeur.
La date exacte de l'éruption a longtemps fait l'objet de débats. La tradition historiographique avait retenu le 24 août, d'après la première lettre que Pline le Jeune adressa à Tacite, dans laquelle on lit la date de nonum kal. septembres, soit neuf jours avant les calendes de septembre. Malheureusement, la partie des Histoires de Tacite où il utilisait vraisemblablement cette lettre ne nous est pas parvenue. Des archéologues, à commencer par Carlo Maria Rosini dès 1797, ont depuis lors accumulé des preuves suggérant que l'éruption se produisit en réalité en octobre plutôt qu'en août. Les corps découverts sous les cendres portent des vêtements plus chauds que ceux typiques de l'été. Les boutiques renfermaient des fruits d'automne — figues, mûres, grenades, olives — et les grands vases de fermentation du vin, appelés dolia, étaient scellés, une opération qui se pratiquait habituellement vers la fin d'octobre. Une pièce de monnaie trouvée dans la bourse d'une femme ensevelie commémorait la quinzième acclamation de l'empereur Titus, qui eut lieu le 8 septembre. En 2007, une étude de Rolandi, De Lascio et Stefani sur les données météorologiques de vingt ans recueillies à Rome et à Brindisi confirma que les vents soufflant lors de l'éruption correspondaient davantage à une configuration automnale, les vents d'est dominant hors de la période juin-août.
L'éruption se produisit sous le règne de l'empereur Titus, fils de Vespasien qui était mort cette même année 79. Titus, seul maître de l'Empire au moment de la catastrophe, dépêcha des secours et se rendit lui-même sur place pour organiser l'aide aux populations déplacées. L'année suivante, en 80, il dut faire face à une autre catastrophe, un grand incendie qui ravagea Rome, multipliant les épreuves pour ce règne pourtant bref.
Nous connaissons le déroulement de l'éruption grâce au témoignage exceptionnel de Pline le Jeune, administrateur romain qui se trouvait à Misène avec sa mère lorsque le Vésuve entra en éruption. Il décrivit dans ses lettres adressées à Tacite la colonne de fumée qui s'éleva du volcan, comparable selon lui à un pin parasol géant. Son oncle, Pline l'Ancien, auteur de la célèbre Histoire naturelle, commanda une flotte pour porter secours aux habitants en danger et tenter d'observer le phénomène de plus près. Pline l'Ancien périt au cours de cette tentative, victime probable des émanations toxiques et des cendres qui s'abattirent sur la côte.
La violence de l'éruption fut considérable. Le volcan projeta des colonnes de gaz, de cendres et de pierres ponces à des altitudes extraordinaires, avant qu'une série de nuées ardentes ne déferle sur les cités environnantes. Pompéi fut ensevelie sous plusieurs mètres de cendres et de lapilli, tandis qu'Herculanum fut recouverte par des coulées pyroclastiques qui se solidifièrent en une roche compacte, préservant la cité dans un état de conservation remarquable.
Les fouilles archéologiques engagées à partir du XVIIIe siècle et poursuivies jusqu'à nos jours ont mis au jour un tableau saisissant de la vie romaine du premier siècle. À Pompéi, les moules de plâtre coulés dans les cavités laissées par les corps ont révélé les postures des victimes dans leurs derniers instants, un témoignage poignant sur la rapidité et la brutalité de la catastrophe. Ateliers, thermes, maisons décorées de fresques colorées, tavernes, temples et bordels ont livré aux chercheurs une documentation inégalée sur la société romaine provinciale. L'éruption du Vésuve en 79, en détruisant ces cités, les a paradoxalement immortalisées, offrant à l'humanité une fenêtre unique sur un monde disparu depuis deux millénaires.


