Edgar Allan Poe vit le jour le 19 janvier 1809 dans une modeste pension de famille du 62, Carver Street, à Boston, dans le Massachusetts. Ses parents, David Poe Jr. et Elizabeth Arnold, étaient tous deux comédiens — un statut socialement fragile à cette époque. Sa mère, Elizabeth Arnold, née en 1787, était la fille de deux acteurs londoniens et avait débarqué à Boston le 3 janvier 1796, alors qu'elle n'avait que neuf ans, avant de monter sur les planches trois mois plus tard. Elle avait épousé en premières noces le comédien Charles Hopkins, mort en 1805, puis David Poe Jr., un acteur alcoolique et instable. Les parents de Poe moururent tous deux dans sa petite enfance, laissant l'enfant orphelin avant même d'avoir connu la stabilité familiale.
Recueilli par John et Frances Allan de Richmond, en Virginie, Edgar grandit dans une aisance relative sans jamais être légalement adopté par son tuteur, ce qui laissa sa situation personnelle dans une ambiguïté permanente. Il passa quelques années en Angleterre et en Écosse avec les Allan, recevant une solide éducation. De retour en Amérique, il se distingua par des aptitudes intellectuelles précoces, mais ses relations avec John Allan, homme d'affaires austère et peu enclin à la compréhension des temperaments artistiques, se détériorèrent progressivement.
La carrière littéraire de Poe débuta discrètement. En 1827, il publia anonymement Tamerlane and Other Poems, un mince recueil de poèmes signé seulement « par un Bostonien ». Cette publication passa presque inaperçue, mais elle marquait l'irréversible engagement de Poe dans la voie de la littérature. Après un bref passage à l'université de Virginie et des tentatives infructueuses de carrière militaire — à West Point notamment —, il rompit définitivement avec les Allan et s'installa à Baltimore, auprès de sa famille paternelle, abandonnant progressivement la poésie pour la prose narrative.
C'est à Baltimore que Poe commença à construire son identité littéraire propre. En juillet 1835, il devint rédacteur-assistant au Southern Literary Messenger de Richmond, une revue qu'il contribua à transformer, augmentant significativement son nombre d'abonnements et développant un style de critique littéraire incisif et exigeant. La même année, à vingt-six ans, il épousa sa cousine germaine Virginia Clemm, alors âgée de treize ans seulement — une union qui témoigne des conventions sociales très différentes de l'époque, et qui allait prendre une dimension tragique avec la maladie progressive de la jeune femme.
Les années suivantes furent marquées par une productivité intense mêlée à d'incessantes difficultés financières. Après l'échec de son roman Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, Poe publia en 1839 son premier recueil de nouvelles, les Contes du Grotesque et de l'Arabesque, qui réunissait certains de ses textes les plus célèbres. Il travailla successivement au Burton's Gentleman's Magazine puis au Graham's Magazine à Philadelphie, ville où nombre de ses œuvres les plus connues furent composées et publiées. Il caressait le projet de fonder sa propre revue, The Penn, rebaptisée plus tard The Stylus, qui ne vit jamais le jour malgré ses efforts répétés.
En février 1844, Poe s'installa à New York, la grande métropole littéraire américaine. Il travailla au Broadway Journal, une publication dont il finit par devenir le seul propriétaire. Et c'est là qu'en janvier 1845 parut Le Corbeau, le poème qui allait lui apporter la célébrité instantanée. Ce poème d'une musicalité obsédante, explorant le thème du deuil et de la folie dans un décor nocturne et fantastique, s'imposa immédiatement dans la conscience américaine et fit de Poe une figure nationale incontournable.
L'essor était cependant miné par le drame personnel. Le 30 janvier 1847, Virginia, l'épouse de Poe, succomba à la tuberculose après plusieurs années de déclin. Cette perte dévasta un homme déjà fragile, livré à des périodes d'alcoolisme et de désespoir profond. Poe envisagea de se remarier, approchant plusieurs femmes, mais aucun projet ne se concrétisa. Sa vie personnelle restait aussi désordonnée et imprévisible que son génie littéraire était fulgurant.
Le 7 octobre 1849, Edgar Allan Poe mourut à Baltimore, à l'âge de quarante ans, dans des circonstances qui n'ont jamais été élucidées. Les causes de sa mort ont été attribuées tour à tour à l'alcool, à une drogue, au choléra, à la rage, à une maladie cardiaque ou encore à une congestion cérébrale. Le mystère entourant sa disparition semble presque en accord avec l'univers de l'étrange qu'il avait créé.
L'héritage de Poe dépasse de loin les frontières de la littérature américaine. Il est considéré comme l'inventeur du roman policier moderne, précurseur d'un genre qui allait produire Conan Doyle, Agatha Christie et des générations d'auteurs. Ses récits ont préfiguré la science-fiction et le fantastique littéraire. Sa théorie de l'effet unique — selon laquelle tous les éléments d'un texte court doivent concourir à produire un seul et même impact sur le lecteur — a révolutionné l'art de la nouvelle. Fait remarquable pour un auteur américain, c'est en France qu'il fut d'abord reconnu à sa juste valeur, grâce aux traductions et à la défense ardente de Charles Baudelaire et de Stéphane Mallarmé, qui virent en lui un maître absolu et un frère spirituel.

